AliNovel

Font: Big Medium Small
Dark Eye-protection
AliNovel > Whimpers of the Light [French Version] > 01 - La Maison

01 - La Maison

    Partie 1


    And I will show you something different from either


    Your shadow at morning, striding behind you


    Or your shadow at evening rising to meet you;


    I will show you fear in a handful of dust.


    —


    “The Wasteland”, T.S. Eliot


    <hr>


    Chapitre 1


    ~ La Maison ~


    De légers flocons flottaient autour de lui, leurs couches épaisses effa?ant les signes distinctifs d’un chaos délaissé. Il y avait comme un ordre dans leurs mouvements, comme un rythme dans leur flux. Ou peut-être n’était-ce que lui. Le produit d’une imagination qui cherchait une structure à laquelle se rattacher.


    Ses bottes vinrent froisser la neige, chaque pas la compactant en un rappel de sa présence. Une piste qu’il n’aimait guère laisser derrière, mais il avait foi qu’elle serait bient?t recouverte et son chemin oublié. Il tourna plut?t son attention vers une batisse plus loin. Une vieille maison en briques batie sur deux étages et dont les poutres apparentes lui constituaient comme des c?tes brisées.


    Le silence régnait. Tout dans cette ville était soit mort soit mourant. Seules remuaient les délicates taches blanches qui venaient s’écraser sur les fenêtres. Ces dernières avaient été barricadées il y a bien longtemps, vestige d’une vague de désespoir, une folie qui avait contraint un grand nombre à se réfugier chez eux, attendant que la fin vienne. Mais jamais elle n’était venue.


    Ce n’avait été que le début d’un long tourment.


    Malgré l’état de la maison, une porte solide en gardait toujours l’entrée. C’était plut?t bon signe. Peut-être qu’il resterait des ressources à l’intérieur. Il y a toujours une chance. Mais celle-ci était bien souvent faible.


    Il marqua son chemin vers la porte et l’ouvrit patiemment, scrutant l’ouverture à la recherche du moindre mouvement. Mais rien ne se jeta sur lui. Tout demeurait immobile. Satisfait, il alluma sa lampe torche, le blanc faisceau tra?ant un chemin dans la pénombre. Le temps avait usé la pièce, mais il pouvait encore y ressentir une impression de confort.


    Non loin, un canapé décrépit gisait face à une cheminée sans vie. Il pouvait presque l’imaginer. Un feu crépitant, une chaleur diffusée. Mais il n’avait rien qu’il puisse br?ler. Rien de plus que des pensées futiles.


    Il ferma la porte derrière lui.


    Une légère poussière flottait dans l’air, chaque particule fuyant alors qu’il s’avan?ait. La lumière captait la brume pour la transformer en un mur scintillant, de quoi parasiter sa vision. Il coupa alors la torche et attendit que ses yeux s’habituent.


    La maison ralait dans le silence, le poids du vent s’engouffrant dans des fissures à l’étage. Cela donnait presque l’illusion qu’elle était encore vivante. Qu’elle abritait encore en son sein la douceur d’une famille, et le réconfort insidieux d’un lieu où vivre. Mais s’il restait encore quelque chose cachée dans ses entrailles, elle n’avait pas l’envie de le dévoiler. Elle attendait.


    Lui aussi attendait, écoutant la maison respirer en attendant que des formes émergent à nouveau de l’ombre. Sa vision restaurée, il s’agita de nouveau. Son corps connaissait la routine. Pièce par pièce, il fouilla. Balayant chaque recoin d’une mémoire musculaire ; le dos toujours tourné vers les lieux déjà vérifiés.


    D’un escalier il atteint l’étage supérieur. Poutres brisées et fenêtres en miettes laissaient entrer les lueurs du jour, comme pour rappeler ce qu’aurait pu être cet endroit. La poussière et la neige eux jonchaient le sol, et les échos d’une vie révolue persistaient dans quelque relique abandonnée. Des photos aux visages il y a longtemps effacées, des livres aux histoires jamais plus racontées, et des jouets abandonnés aux décombres.


    Il n’y avait là rien de surprenant. Rien de précieux ou de vivant dans ce musée d’un monde perdu.


    Depuis la chambre principale, la ville s’étendait en contrebas, enfouie sous son frais manteau. à cette époque de l’année, elle ressemblait presque à ce qu’elle fut autrefois. Une étendue infinie de béton et de métal sans presqu’aucune verdure. Une vaste mer de pierre. Un monument érigé à l’orgueil de l’humanité qui s’effondrait désormais sous le poids du temps.


    Autrefois la ville était plus haute. Plus aiguisée. Ses tours défiant le ciel aujourd’hui brisées dans des angles arrondis par des années d’usure et de négligence.


    Un jour il n’en restera plus que des décombres.


    Il chassa la pensée ; il y avait encore des portes à sécuriser. C’était sa routine, de les ouvrir en dernier. C’est plus s?r ainsi. En redescendant, il avan?a avec la même détermination, sachant fort bien que même dans ce monde à l’apparence vide, la prudence le maintenait en vie.


    Quand vint la dernière porte, quelque chose l’inquiéta : un escalier plongeait dans un puit de ténèbres, mais c’était l’odeur qui le frappa en premier. Un mélange maladif de pourriture et d’abandon. Un mélange qui prit forme alors qu’il descendait. L’odeur de la mort.


    Trois carcasses gisaient sur le sol, leurs os per?ant une peau déchirée. Le premier appartenait à une femme, grande et mince. Peut-être qu’elle avait été belle. D’une étrange manière, elle l’était encore. Sa robe collait au sol et son tissu était parsemé de taches de moisissure qui florissaient telles de grotesques fleurs. Elles marquaient la première étape d’une infection grandissante.


    Les deux autres corps étaient probablement masculins, même si c’était toujours plus dur de juger lorsque la chair avait fondu. L’un avait les proportions d’un enfant, étalé sur une chaise en bois, la tête penchée comme s’il dormait. L’autre reposait affalé sur le plancher, une main squelettique serrant le métal d’une poignée enfoncée dans le sol.


    La pièce était une cave carrée à l’odeur renfermée. Des étagères en bois longeaient le mur, portant toujours sur elles des bouteilles poussiéreuses, dont certaines avaient depuis longtemps laissé échapper leur contenu. Comme leurs propriétaires. S’agenouillant, il fouilla poches et ceintures, cherchant tout ce qui pouvait être utile et qui n’aurait plus d’intérêt pour eux.


    Ils s’agissaient sans doute de civils, mais la cause de leur mort demeurait incertaine. Non pas qu’elle avait un quelconque intérêt. Ils étaient morts voilà tout, comme tous les autres il y a de ?a des années.


    étrangement, il se sentait toujours plus seul en présence des morts. Leurs corps sans vie coincés entre l’ancien monde et le nouveau, comme un rappel qu’il n’appartenait lui-même à aucun. Mais il avait renoncé à tout sentiment d’appartenance depuis un certain temps. Seul comptait le prochain objectif. La prochaine raison de continuer.


    Ensure your favorite authors get the support they deserve. Read this novel on Royal Road.


    Et puisque les corps n’en proposèrent pas, il se tourna vers la poignée.


    Une couche de poussière recouvrait les bords d’une trappe laissée à l’abandon mais toujours là. Elle aussi attendait. Il poussa le corps sur le c?té et ses doigts abimés essuyèrent la crasse jusqu’à retrouver le bois sombre qui s’étendait dessous.


    Un craquement soudain figea sa main.


    Ce n’était pas seulement le bruit du vent. Pas seulement le bruit de la maison qui s’affaissait. C’était des pas lents et délibérés traversant l’étage supérieur, fouillant la maison d’un rythme mesuré. Tout comme il avait pu lui même le faire. Ils ont suivi les traces.


    Il évalua ses options avant d’agir. Remonter à l’étage signifierait avoir à se battre ; l’escalier le mènerait inévitablement droit vers la lame d’un couteau. Ou pire, vers une arme à feu tendue au bras d’un homme en attente. Non. De plusieurs. Davantage de pas avaient rejoint les premiers et deux paires distinctes erraient maintenant au-dessus de sa tête. L’envie de disparaitre par-delà la trappe devenait chaque seconde plus tentante. Se battre n’en voudrait pas la peine. Pas si près de la ville.


    Il for?a la trappe, tachant d’en limiter le bruit. Sa torche s’éclaira et il balaya la lumière en contrebas. Elle révéla un tunnel étroit et humide gravé dans le béton qui s’étendait au-delà de l’obscurité. Un endroit idéal pour dispara?tre sans laisser de trace.


    Sans un bruit, il se laissa tomber dans l’inconnu.


    <hr>


    Ses bottes en cuir tapotaient à travers une fine couche d’eau, le bruit résonnant d’une force aga?ante dans l’espace confiné. Lorsque les intrus trouveraient la trappe, il fallait qu’il soit le plus loin possible en dehors de leur portée, aussi loin que cette maudite galerie le porterait.


    En continuant sa route, il espéra que son instinct était le bon et que ce couloir ne le trahirait pas avec une impasse. Autrefois, des tunnels serpentaient à travers la ville comme des lignes de vie, des artères vibrantes d’activité. à l’époque où le sol fourmillait encore d’énergie, il les avait connus presque par c?ur. à présent, ce n’étaient plus que des veines asséchées, vides et silencieuses. Vides à l’exception des choses qui en avait fait leur refuge. Des choses qu’il préférait laisser tranquille.


    Ce tunnel-là, cependant, semblait différent. Construit avec un but au-delà du commun, un dessein oublié avec les années. Mais pour lui, le seul dessein qui importait était de trouver une sortie. Idéalement, une qui l’emmènerait aux abords de la ville avant la tombée de la nuit. Avant que le crépuscule ne gagne chaque recoin des ruines.


    Pourtant le tunnel s’étendait sans signe de s’arrêter, donnant au flot de pas et de respirations un rythme monotone. Le temps semblait s’étendre jusqu’à ce qu’enfin une forme apparaisse devant lui. Un mur séparant le couloir en deux passages. Ni panneau ni indice n’indiquait la bonne route, alors il paria sur la gauche, effleurant des doigts l’humide mur à sa droite.


    C’est après quelque temps, que sa lampe torche capta quelque chose de nouveau : de minuscules particules qui dansaient dans l’air. Cette fois, ce n’était pas de la poussière.


    Des spores.


    Sonc c?ur bondit et d’un geste répété, il laissa tomber son sac à dos. Ses doigts vinrent secouer le contenu à la recherche d’un masque. Chaque précieuse seconde défilait alors qu’il retenait sa respiration.


    Lorsqu’il le trouva, il enfila le masque à gaz, scellant sur sa tête le rempart vital avant de prendre une longue inspiration.


    Il avait commis une erreur. Celle d’entrer dans la maison.


    Il aurait d? se douter qu’elle avait été dépouillée de toute ressource ; les pillards avaient ratissé la plupart des recoins de ces terres depuis longtemps. La ville n’était plus qu’une carcasse vide, un cimetière de débris et d’ossements poussiéreux. Chaque fouille était un pari risqué. Un danger trop grand pour une récompense trop faible. Et pourtant, il ne semblait pouvoir s’arrêter. Ne rien tenter c’était s’assurer d’une mort lente ; essayer, même avec le risque, c’était comme vivre. La survie exigeait le pari.


    Ces derniers temps, la chance lui avait souri. Quelques trouvailles ces dernières semaines rendues possibles par l’approche de l’hiver. Car avec le froid, un calme étrange s’étendait sur la ville, et ainsi il pouvait se permettre d’agir autrement. De tenter des choses auxquelles il aurait autrement renoncé. Grace à ?a il avait déniché des conserves, de quoi tenir quinze jours avec un rationnement rigoureux. Et un stock de batteries, la plupart corrodées, mais certaines tenaient encore la charge.


    ?a avait été juste assez pour lui donner un avant-go?t de possibilités, et raviver son addiction. C’était sans doute pour ?a que la maison avait attiré son attention. Je pensais gagner de nouveau.


    D’autant que sans ses paris précédents, la situation aurait été bien différente : perdu dans le noir sans torche pour l’éclairer. Il remerciait le ciel que ?a ne soit pas le cas, même s’il ne croyait en aucune entité divine. Il aimait seulement faire semblant. Cela donnait un sens à ce jeu de hasard. Et, debout dans le tunnel obscur, il réalisa que ses mains tremblaient d’impatience pour la prochaine mise.


    Son souffle saccadé embuait le verre de son masque. Le tunnel semblait vouloir l’aveugler, le piéger, si bien que les spores s’épaissirent autour de lui. Sa lampe peinait à percer la brume, réduisant sa visibilité à quelques mètres. Mais ici il ne pouvait risquer l’éteindre, jamais ses yeux ne pourraient s’habituer à une telle obscurité.


    Chaque nerf était en alerte, chaque muscle tendu, son ou? tachant de compenser le manque de vision. Et c’est alors qu’il l’entendit. Un léger grattement rythmique se mêlant au ruissellement de l’eau.


    Quelque chose se précipitait sur le sol avec un léger couinement.


    Rien qu’un rat. Un frisson familier le parcourut. Les rats étaient devenus rares, leur nombre diminuant chaque saison. Puisque la source de leur nourriture avait disparu il y a longtemps, et que les survivants refusaient de partager, sans doute mourraient-ils de faim. Du moins, c’était sa théorie. L’une d’entre elles tout du moins. L’autre impliquait que quelque chose les chassait jusqu’à extinction. Une possibilité bien moins réjouissante.


    Aussi vite qu’il était apparu, le rongeur avait disparu dans l’obscurité. Les murs se resserraient, et il sentit sa concentration faillir. Il détestait cette sensation. La perte de contr?le. Le contr?le c’était la survie. Des pas soigneusement choisis et des décisions calculées. La recette d’une vie gardée. Mais ici-bas, les choix ne lui appartenaient pas entièrement.


    Pendant des années, il s’était accroché à ses règles et à ses dures le?ons, mais l’ironie ne lui échappait pas : il n’avait jamais était aux manettes.


    Même à l’époque, sa vie suivait un chemin tracé par d’autres. Un avenir tracé par ses parents, comme on pose des pierres sur un chemin.


    La biologie. C’est ce qu’ils avaient suggéré. Une discipline s?re et raisonnable. Alors il avait passé des années dans des amphithéatres avant la fin, suivant des professeurs guère soucieux d’enseigner et des étudiants guère soucieux d’écouter. Il avait été plus attentif que d’autres simplement parce que c’était mieux que de rester sans rien faire. Et pourtant, rien de ce qu’il avait appris n’avait eu d’importance lorsque tout s’était effondré. Ni s?r ni raisonnable.


    C’est là qu’il avait rencontré sa copine, quelqu’un pour égayer sa routine monotone. Copine. Le mot sonnait comme une relique d’une langue ancienne, un terme plus absurde que jamais.


    à l’époque, elle avait pris toutes les décisions aussi facilement qu’il les suivait. Les détails s’estompaient mais la chaleur demeurait : l’écho fantomatique de son rire ; le rythme d’une chanson estivale jouant dans sa voiture. Des souvenirs ternis par le temps. Elle était morte, probablement. Et c’était sans doute mieux ainsi.


    Il avait cessé de penser à elle par son nom, ?a aussi avait fondu comme la cire d’une bougie. à la place il la nommait Soleil parce qu’il avait besoin d’un surnom quand il pensait à elle, et que ces souvenirs étaient chaleureux et brillants.


    Ses pensées furent interrompues.


    Le faisceau de la torche avait capté le contour d’une chose métallique : une échelle, rouillée et déformée. Elle était ancrée dans le mur et menait vers le haut. Il espérait qu’elle mènerait à la surface.


    Son pouls accéléra dans un rare élan d’espoir, et il effleura le métal avec ses gants. La rouille s’effritait mais l’échelle semblait solide. Bient?t, il serait dehors.


    Quelque chose bougea.


    Un léger mouvement dans sa vision périphérique. La torche balaya le tunnel.


    Elle se tenait là. Enorme.


    Une silhouette à quelques mètres de lui. Grande et en attente. Elle avait une allure humano?de, mais ses bras étaient trop longs. Ils trainaient presque au sol. Sa chair humide et pale luisait sous la lumière. Gonflée et rosatre. L’air autour de la créature bougeait à chacune de ses respirations laborieuses, sa poitrine haletant par à-coups irréguliers.


    Paralysé, il fixait les yeux noirs et creux de la chose : vides comme les tunnels eux-mêmes, mais toujours attentifs. Une terreur primitive le submergea, grouillant dans ses veines. Puis, un raclement se fit entendre, comme un manège qui s’arrête.


    Les articulations de la créature craquèrent quand elle bondit.


    Merde.


    Dans l’obscurité du tunnel, la pensée soudaine de la lueur du Soleil lui traversa l’esprit, les respirations rauques s’approchant chaque seconde. J’ai pris la gauche.


    Il aurait préféré tourner à droite.


    ***
『Add To Library for easy reading』
Popular recommendations
Shadow Slave Beyond the Divorce My Substitute CEO Bride Disregard Fantasy, Acquire Currency The Untouchable Ex-Wife Mirrored Soul