《Les Kerns de l'Oubli - tome 1 : L'Exil [FR]》 Prologue Prologue Siham, la narratrice Je dois me ha?ter. Mon c?ur s¡¯arre?te de battre. La mort me guette. Je n¡¯ai plus que la force d¡¯e?crire ces quelques lignes. Pour toi, mon fils. Autrefois l¡¯e?gale des reines, je ne suis plus aujourd¡¯hui qu¡¯une infirme. Une aveugle victime de ses dernie?res visions. Blesse?e. E?corche?e en mes chairs et a?me, par la folie des hommes.Unauthorized use of content: if you find this story on Amazon, report the violation. Tout a commence? la nuit de ma mutilation. Je me suis mise a? faire des re?ves. A? revivre a? travers eux des e?ve?nements qui n¡¯e?taient pas les miens. Je percevais des pense?es, des paroles appartenant au passe?. Je devenais le te?moin involontaire de l¡¯Histoire. Histoire que je te le?gue, mon fils, par ce manuscrit. Ainsi le dictent les e?toiles. Qu¡¯il me soit donne? de rester pour toujours a? tes co?te?s. Ma vie n¡¯est plus. Adieu. Ta me?re qui t¡¯aime. Chapitre 1 – Roch, le Grand Gardien Mes muscles se crispent sous l¡¯effort. Je manque de souffle. Je te?tanise, pendu par une main au-dessus du vide. Sans aucune prise pour continuer l¡¯ascension, je me rabats contre la falaise et trouve en ha?te le refuge d¡¯une maigre fissure. Je respire. Un e?clair de?chire la nuit, me livrant la beaute? d¡¯un spectacle saisissant. L¡¯i?le se dresse devant moi, re?ve?lant toute la majeste? de notre cite?. Elle flotte, nimbe?e d¡¯embruns, sous les fracas e?ternels des chutes d¡¯Almen. En bas, au pied des a?-pics, les eaux noires du lac m¡¯attirent par les effets d¡¯un vertige. Le piton d¡¯Almenarc¡¯h s¡¯illumine de nouveau, offrant comme en plein jour la vue de ses habitations mille?naires. Elles s¡¯agrippent aux parois, profitant du moindre replat pour s¡¯e?lancer vers le sommet. Vers le palais. Vers la tour du Castel qui, du haut de ses huit cents pas, de?fie sous mes yeux le courroux des cieux. Une charge de senteurs me?talliques me met en bouche le gou?t du sang. De quoi me vicier l¡¯humeur. ¡ª Me refuser l¡¯acce?s du castel ? A? moi ? Le Grand Gardien ? L¡¯homme en charge de la de?fense de cette cite? ? Mais, foi de Roch ! Grise? par ce sursaut de rage, j¡¯arrache a? mes bras l¡¯effort de couvrir les dernie?res toises. Je dois savoir. Surplomber ces lieux interdits. Dominer du chef les hautes terrasses de cette tour. Je jette un pied dans le creux d¡¯une faille, et reporte tout mon poids sur cette ultime prise. Mon regard se perd aussito?t dans les ramuresdu Premier, l¡¯Imputrai? sacre?. Le monde bascule. La terrasse, sous les de?charges de lafoudre, me re?ve?le le de?sert de ses dalles. ¡ª Non ! Les fulminations de?cuplent mes forces. J¡¯enfonce un piton de fer, d¡¯un geste brutal, et assure ma descente. Elle est rapide. Trop rapide. La corde fait fumer mes e?pais gants de cuir. Mais depuis combien de temps je me balance, pantin imbe?cile, au bout des fils de ce pouvoir occulte ? Je touche violemment le sol et rappelle la corde. ¡ª Alors ? Votre fils ? Fagar. Gardien de Port-Marin. Mon second, l¡¯homme en quij¡¯ai le plus confiance. J¡¯explose d¡¯un coup de poing contre la roche. ¡ª Personne, Fagar ! Erkan n¡¯est pas la?-haut ! ¡ª Roch, contenez-vous, mon ami. Sans doute se retire-t-ildurant la nuit ? ¡ª Jour et nuit, Fagar ! Il devait avoir le cul visse? a? cette terrasse pour finir je ne sais quelle formation ! Le roi lui-me?me me l¡¯a assure? ! Tu m¡¯entends ? Alkar en personne ! Cet incapable ! ¡ª Vous de?bordez, mon ami. ¡ª Je de?borde ? Il m¡¯interdit des portes ? Dans ma cite? ? Et maintenant il me vole mon fils ? Eh bien crois-moi, Fagar, ces portes je vais te les faire voler en e?clats ! Le ciel m¡¯approuve de son premier coup de tonnerre. Je jette se?chement ma cape sur mes e?paules et attrape mon compagnon d¡¯armes par un bras. ¨C Suis-moi ! Au palais ! Je l¡¯entrai?ne sur les passerelles de corde, vers les galeries excave?es du quartier d¡¯Arc¡¯h. La lumie?re blanche des e?clairs nous aveugle, pe?ne?trant les boyaux jusque dans leurs recoins les plus sombres. Des chai?nes raclent ci et la? les dalles du sol, chahute?es par les coups de vent. Elles se balancent avec nonchalance, tandis qu¡¯elles retiennent, plus haut, des poutres d¡¯Imputrai? lourdement ferre?es. Les battoirs du bastion d¡¯Arc¡¯h se tiennent pre?ts a? assommer quiconque voudrait en violer les portes. Voila? des sie?cles que personne ne les a de?croche?s. Qui peut encore imaginer une arme?e se lanc?ant a? l¡¯assaut d¡¯Almenarc¡¯h par cet acce?s effile? et ce pont suspendu ? ¡ª Messire Roch, Grand Gardien, un messager est la? pour vous. Un garde nous attend, une lampe tempe?te a? la main. ¡ª En pleine nuit ? Il ne pouvait pas attendre le petit matin ? ¡ª Il est e?puise?, Messire, et refuse de quitter le porche sansvous avoir vu. Si vous voulez bien me suivre. Fagar se contente de hausser les e?paules en re?ponse a? moncoup d¡¯?il interrogateur. Les gardes e?clairent un homme affale? au pied d¡¯un contrefort. Il porte l¡¯habit des coursiers du roi. ¡ª Eh ! Toi ! Bouge ! Le Messire est la? ! L¡¯homme se tourne vers moi en ge?missant et me tend un pli cachete?. Je reconnais le sceau et l¡¯e?criture cursive de Gurtel, le Gardien des Hautes-Mers. J¡¯arrache la missive de ses mains et brise le cachet de cire. Quelques lignes ha?tives m¡¯annoncent l¡¯approche d¡¯une flotte importante, battant pavillon noir et razziant sans distinction tout bateau croise? au large de Port-Marin. Almenarc¡¯h est menace?e. ¡ª Messager, de quand date cette missive ? L¡¯homme prend sur lui de me re?pondre, malgre? son e?tat. ¡ª Messire... Sir Gurtel me l¡¯a remise... il y a quatre jours. Je suis venu a? vous... aussi vite que me l¡¯ont permis les vents de l¡¯oce?an Lybe?rian... ¡ª Gardes, allumez sur-le-champ les brasiers d¡¯alerte. ¡ª Feux rouges, Messire ? ¡ª Feux blancs. Un coup de gong. Que la Garde d¡¯Airain setienne en vigilance. ¡ª Bien, Messire. ¡ª Roch, que se passe-t-il ? ¡ª Fagar, Gurtel nous annonce l¡¯approche d¡¯e?cumeurs. Rejoins ton secteur et fais tirer les chai?nes de Port-Marin. La rade doit e?tre ferme?e. ¡ª Mais d¡¯ou? sortent-ils ? De Rajaya ? ¡ª Mon ami, peu m¡¯importe de savoir d¡¯ou? sortent ces chiens ! Que leur menace soit se?rieuse, car je ne suis pas d¡¯humeur a? plaisanter, cette nuit ! Fagar claque des talons et s¡¯e?lance sur le pont. Je le vois s¡¯e?loigner, sous les e?clairs et les redoublements du tonnerre. Les haubans d¡¯Acian hurlent, secoue?s depuis les hauteurs par les violences d¡¯une tempe?te naissante. La pluie s¡¯abat, soudaine et froide. Elle me griffe le visage de ses rideaux de grenaille. ¡ª Messire Roch ! Messire ! Un vieillard vous re?clame a? la porte ouest ! ¡ª Mais vous avez tous de?cide? de pourrir ma nuit ? Qui est-il ? ¡ª Messire... L¡¯homme est blesse?. Il vient de la passe des Plateaux, mais personne ne comprend ses de?lires. ¡ª Et, bien su?r, ma charge supre?me me permettra de mieux les entendre ! E?cartez-vous ! Le garde me laisse bien vite le passage, de?stabilise? par mon emportement. La pluie redouble tandis que je traverse Arc¡¯h vers son autre porte. Qu¡¯ils demandent au roi, tous, ce qui me vaut ces e?carts d¡¯humeur. ¡ª Messire, est-ce bien vous ? Je de?passe le factionnaire et les portes fortifie?es sans re?pondre. Des silhouettes se massent dans la pe?nombre, battues par des trombes d¡¯eau. ¡ª Ne me dites pas que vous l¡¯avez laisse? sous la pluie ? ¡ª Messire, pardonnez-nous, mais il n¡¯est pas transportable. C¡¯est de?ja? une gra?ce du ciel qu¡¯il nous soit parvenu ici en vie. Un garde pose sa gourde sur les le?vres du blesse?. ¡ª Ne le faites pas boire. Poussez-vous. Je m¡¯agenouille aupre?s du vieillard, reportant le poids de sontorse souffrant contre mes cuisses. Ses bronches ronflent, envahies par le sang. L¡¯homme balance la te?te en tous sens, e?tourdi par la douleur, m¡¯obligeant a? l¡¯immobiliser par la force. Un garde approche sa lampe.This tale has been unlawfully lifted without the author''s consent. Report any appearances on Amazon. ¡ª Non ! Ces vieux traits creuse?s et ruisselants ! Maleek ! Le vieux Maleek ! L¡¯ami de mon pe?re ! ¡ª Maleek ! Regarde-moi ! C¡¯est moi, Roch ! Maleek ! Qu¡¯est-il arrive? ? Pris d¡¯une quinte de toux, il laisse e?chapper un filet noira?tre de bien mauvais augure. ¡ª Maleek, parle-moi ! L¡¯homme serre ce qui lui reste de dents et, dans un effort sans nom, expire ses derniers mots. ¡ª Roch... pe... petit... le... p... le plateau... Roch... L¡¯Aaltus ! Des milliers d¡¯hommes... a... avancent vers la cite?... Je... j... ¡ª Maleek ? Maleek ! Il se rela?che brusquement. Pour lui, le temps n¡¯est plus. J¡¯apaise ses traits du plat de la main, et me penche sur les causes de sa mort. ¡ª Garde, ta lampe. La lueur de la torche re?ve?le une pointe d¡¯acier, dans le creux de ses reins. Une fle?che de bien mauvaise facture. Maleek, mon vieil ami, ou? as-tu encore trai?ne? ta carcasse ? ¡ª Portez-le a? la chapelle d¡¯Arc¡¯h. Je vais rendre visite a? sa femme, elle saura me dire d¡¯ou? il venait. Et faites donner un deuxie?me coup de gong. ¡ª A? vos ordres, Messire. L¡¯e?tat de vigilance vient de monter d¡¯un cran. La Garde d¡¯Airain va de?sormais occuper les lieux. ¡ª Et refermez les portes derrie?re moi ! Je quitte la galerie pour descendre sur les coursives secondaires, a? flanc d¡¯abrupts. La vieille Inna n¡¯habite qu¡¯a? quelques rampes. Je m¡¯agrippe aux cordes, ouvre une trappe, et glisse plus bas. Toujours plus bas. C¡¯est ici que mon pe?re m¡¯amenait, enfant, quand le devoir le poussait loin de notre cite?. Je suivais Maleek des jours durant, sur les falaises, face au grand Lybe?rian, pour ramasser des ?ufs de tripte?res. Maleek, il n¡¯y avait pas homme plus paisible que toi dans tout Almenarc¡¯h. Je gagne un chemin de planches porte? par une ligne de pontons ae?riens, et frappe a? la dernie?re porte des lieux. Un vif chagrin me serre soudain la gorge. Inna, comment t¡¯annoncer si triste nouvelle ? ¡ª Inna ? Une rafale m¡¯envoie un revers de cape dans le visage, etemporte ma voix vers le grand large. Je frappe encore. ¡ª Inna ! De la lumie?re filtre sous les panneaux, accompagne?e des bruits d¡¯un pas trai?nant. Une voix inquie?te me re?pond. et... ¡ª Roch ? Mon petit ? Mais que viens-tu faire ici par ce temps, ¡ª Qui est la? ? ¡ª C¡¯est moi. Roch. La barre de fer racle le bois et quitte ses crochets. La portes¡¯entrouvre sur un bout de femme ride?. Un e?clair illumine mon visage. ¡ª Inna, tu dois e?tre forte. Je frissonne. Guerroyer est plus facile que de faire pareille annonce au milieu de la nuit. La vieille femme se met a? trembler. ¡ª Ton homme est mort. Tue? par une fle?che. Je n¡¯ai que le temps de l¡¯attraper avant qu¡¯elle s¡¯effondre. ¡ª Maly... ¡ª Inna, e?coute-moi, c¡¯est tre?s important. Je dois savoir ou? il e?tait. ¡ª Maly... ¡ª Inna, ou? e?tait-il ? ¡ª La Vole?e, Roch... Il e?tait parti pour la Vole?e... ¡ª Mais que faisait-il, si loin ? ¡ª Il devait y rester seulement trois ou quatre jours, pour...Oh ! Maly... Mais qui a pu vouloir ta mort ? ¡ª C¡¯est ce que je veux de?couvrir, Inna. ¡ª Ou? est-il ? Je veux le voir ! ¡ª Inna, e?coute-moi. J¡¯ai fait mettre son corps a? l¡¯abri. Tu leverras demain. Tu ne peux pas sortir seule de nuit sous cette tempe?te, tu m¡¯entends ? ¡ª Oui... Non... ¡ª Je dois te laisser, Inna. La cite? est en danger. J¡¯embrasse les mains fripe?es de la vieille femme. ¡ª C?a ira ? ¡ª Oui... Merci mon petit... tu es un bon garc?on. Tu as toujours e?te? un bon garc?on... Je renverrai sa fle?che au fourbe qui a ose? mettre fin a? la viede cet homme. Je referme la porte, la gorge e?trangle?e, et agrippe l¡¯e?chelle de corde qui me?ne a? la passe des plateaux. Je laisse derrie?re moi les meurtrie?res du dernier poste de garde. Les feux d¡¯alerte disparaissent, avale?s par la pluie, tandis que ma course m¡¯entrai?ne a? la conque?te des a?-pics. Le de?file? re?sonne, au loin, du pas cadence? de la Garde d¡¯Airain. Mes hommes verrouillent un a? un les points ne?vralgiques de la cite?. De?fier l¡¯Imprenable. De me?moire d¡¯homme, aucune arme?e n¡¯a commis la stupidite? de venir risquer ici sa pie?taille. Surtout par ces sentes taille?es dans le vif du roc ! Le monde va donc si mal pour se laisser choir a? de tels actes de de?sespoir ? L¡¯effort, mes muscles le refoulent sans fie?vre ni fatigue. Je ne pre?te pas plus attention aux affres de l¡¯orage. E?trange nuit. Ma cole?re ne vaut plus rien sur ces hauts surplombs. Un sang de glace coule de?sormais dans mes veines. Rien ne me de?tournera de mon devoir. ¡ª Moi, Grand Gardien de la cite? d¡¯Almenarc¡¯h, repousserai cette vermine a? la mer et a? la mort ! Par Almenburh, l¡¯e?pe?e desGardiens, j¡¯en fais le serment ! Je rentre mon poing et redonne du rythme a? ma course, pendu au-dessus des premiers gouffres hurlants de l¡¯oce?an. Mon regard s¡¯e?chappe le long d¡¯un rocher de?fiant seul, de son doigt pe?remptoire, le Lybe?rian : la Pointe-Couche?e. Elle me fait penser a? mon fils. Lui qui enfant e?chappait souvent a? notre vigilance pour venir contempler, depuis ce promontoire, les vols en pique? des tripte?res argente?s. ¡ª Erkan, mais ou? es-tu, mon gars ? Une bourrasque me jette a? terre et m¡¯envoie rouler vers le vide. Je n¡¯ai que le temps d¡¯entendre claquer ma main contre la pierre. Elle y reste accroche?e, par re?flexe. Je beugle devant mon imprudence. ¡ª Imbe?cile ! Mais tu veux donc mourir ? Mon fils me trouble a? ce point l¡¯esprit pour oublier qu¡¯a? ce de?tour de falaise, au plus fort de la tempe?te, souffle un vent fou connu me?me des simples d¡¯esprit ? Je me rele?ve, arque? contre la furie des e?le?ments, et repars a? l¡¯assaut de ces trois mille pas de de?clivite? qui me se?parent encore de l¡¯Aaltus. Maleek, vieux brigand, revenir en vie de la Grande Guerre, et te faire voler ta mort par la fle?che d¡¯un mise?reux ! Je prie le ciel pour qu¡¯Almenarc¡¯h me?rite ton sacrifice ! ***** La nuit demeure mais l¡¯orage s¡¯e?vanouit dans les lointains. Je m¡¯arre?te un instant, m¡¯e?veillant de ma longue course, essuyant d¡¯un revers de manche l¡¯eau charge?e de sueur qui me bru?le les yeux. Les plateaux devraient s¡¯e?taler ici de toutes parts, mais je ne distingue que les jeux pesants du brouillard. Inutile de chercher une arme?e la? ou? je ne distingue me?me plus mes propres pieds. Je m¡¯adosse contre un rocher, a? l¡¯abri du vent, et laisse venir le petitmatin.Je frissonne sous la chaleur des premiers rayons du soleil. J¡¯ouvre les yeux, en sursaut, fa?che? de mon pre?sent somme, et retrouve aussito?t mon poste d¡¯observation. Le jour chasse les brumes re?siduelles, faisant danser au milieu des frimasses hydres sans te?te et monstres marins. Mais un mouvement affu?te soudain ma vigilance. Des formes courtaudes, e?trange?res a? ce paysage, progressent pe?niblement entre les roches. A? leurs armes le?ge?res, je pencherais pour des e?claireurs. Je glisse, de bloc en bloc, furtivement, et serre au plus pre?s cette poigne?e d¡¯hommes. Ils sont quatre. Non, cinq. Quatre. Mais ? Ces falots ne voient donc pas les falaises ? Voila? qu¡¯un deuxie?me bredin disparai?t sous mes yeux, avale? par le vide ! Il me faut surgir au milieu d¡¯eux pour garder de la mort le dernier de ces malheureux ! Il vacille, sans gra?ce, au bout de mon bras, la gorge broye?e dans l¡¯e?treinte de ma poigne de fer. Je l¡¯approche de mon visage pour mieux le voir, et l¡¯interroge frai?chement. ¡ª Dis-moi, ignoble pourceau, qui me?ne ainsi ses gens a? lamort ?Je rela?che ma prise, subtilement, pour laisser le passage d¡¯une re?ponse. Mais l¡¯homme pre?fe?re me rendre le jus noir d¡¯un mauvais crachat. J¡¯ignore quelle racine puante ma?chouille ce mise?reux, mais voila? typiquement le genre de re?ponse qui m¡¯insupporte. Je resserre vivement ma prise. ¡ª Qui me?ne la? ces hommes ? Cette fois, menace? d¡¯asphyxie, l¡¯e?claireur panique. ¡ª Ign... Ignule de Talland¡¯Ar, l¡¯grand commandeur des arm...Arhhh ! Voila? une re?plique qui n¡¯est en rien pre?fe?rable a? l¡¯autre. Talland¡¯Ar, ce fide?le allie? des contreforts, viendrait ici en trai?tre ? Mais que se passe-t-il ? Je croyais que nous avions des relations de?tendues avec les territoires du nord ? ¡ª Combien d¡¯hommes ? ¡ª Rha?a?a... ¡ª Je donne l¡¯impression d¡¯aimer re?pe?ter mes questions ?Combien ? ¡ª Rha?rg ! Tout c¡¯que l¡¯nord compte d¡¯affame?s et de... et de... Cette fois, je ne suis pas la cause de son ra?le. Deux pointes de fer jaillissent simultane?ment de sa poitrine, faisant fi de sa cuirasse et de ses courtes plates. Deux fle?ches puissantes qui m¡¯arrachent un frisson d¡¯effroi. Ces plumes pourpres et ces jeux de ligatures savantes ne sont d¡¯usage que dans la male-contre?e. Saham serait derrie?re cette sombre maraude ? L¡¯ennemi ve?nal aurait fait le tourde la Terre depuis ses grands me?ridions pour nous revenir par ces passes ? Ridicule ! Je brise une hampe d¡¯un coup sec pour re?cupe?rer l¡¯empenne. Sifflement. Impact. Une troisie?me fle?che orne maintenant le dos du malheureux. L¡¯archer qui ajuste ainsi ses cibles dans la pe?nombre d¡¯une brume matinale, au bruit de nos voix, me?rite toute mon attention. Le moindre cliquetis peut m¡¯e?tre fatal. Je la?che le mort, le ce?dant par la? aux lois de la pesanteur, et me retire en silence. Je me coule derrie?re un rebord de falaise et m¡¯engage dans une descente effre?ne?e. Chapitre 2 : Calagalak, le mercenaire Le vent me crache de nouveau ses embruns au visage. Peste soit cette contre?e qui jamais ne se?che. Je vomis ces relents de mer, et ce sel qui m¡¯encrasse le poitrail. Par certains atours, ce plateau de?charne? pourrait pourtant me se?duire. Telles ces ombres leve?es en cohortes par la nuit tombante, e?manations hurlantes, rampant entre les roches en que?te de re?surrection. Horreur et de?gou?t, ce ne sont pas les te?ne?bres qui glapissent, mais ces te?tards efflanque?s qui s¡¯en viennent refluer a? mes pieds ! Je cauchemarde les yeux ouverts. ¡ª Ayara Gara Atharza ! Pauvres choses de?ge?ne?re?es ! Je croyais ces geignards fatigue?s de marcher, mais ils en trouvent, des forces, pour nous branler leur camp de fortune ! ¡ª Aya ! Maraza Arma Fraha ! Vite ! Il faut se prote?ger de la nuit ! Vermines tremblantes, ramassis de fonds de sac se?minal, vous oseriez vous comparer a? ceux de ma race ? Mais mon cheval seul viendrait a? bout de votre arme?e de tiques ane?mie?es ! Mise?rables cul-terreux, juste bons a? crever de faim la gueule ouverte, a? co?te? du grenier du monde. Ah ! mais non, vrai de vrai, les braves s¡¯en vont piller Almenarc¡¯h ! ¡ª Amarha Fakah ! Mes deux soudards se pre?parent au combat, me?thodiques, sans descendre de cheval. L¡¯ide?e de souiller leurs bottes de cette fange les re?vulse autant que moi. Cahamak s¡¯enduit le torse de musc et d¡¯huile de pourpre. Voila? les valeurs viriles de mon peuple ! Le cuir noir de mon pantalon grince contre celui de ma selle. Mon pur-sang piaffe et souffle. Il sent l¡¯orage qui approche mais tressaille a? peine devant le premier e?clat de foudre. Le menu fretin, lui, s¡¯affole un peu plus a? nos pieds. Je me tourne vers mes comparses. ¡ª Ara ? Aka Marha ? Cahamak lustre une dernie?re fois les tatouages de son cra?ne chauve et pose sa main sur la poigne?e de son e?pe?e. ¡ª Aha. Fins pre?ts. J¡¯e?peronne mon destrier. La mare?e de soiffards nous ouvre le passage, sur le seul ordre silencieux de nos prestances. Je ne peux re?primer un rictus a? la vue de ce chefaillon qui, juche? sur son poney nain, se fait donner du ? grand commandeur ?. L¡¯imbe?cile appelle ses crevards aux bombements de torse, comme s¡¯il s¡¯agissait la? du secret de la victoire. Regardez-moi ces gueules be?ates... quel triste spectacle. Mais que ce chef est grotesque ! Si je n¡¯avais pas de plus hauts devoirs, je prendrais plaisir a? e?tudier de pre?s l¡¯anatomie de ce monsieur ! Je tente de me recentrer sur ma mission. Ce guerrier, ce Roch Targe del Arc¡¯h, gardien d¡¯Almenarc¡¯h, devra se pre?senter au meilleur de sa forme. Mon mai?tre et seigneur m¡¯a promis un duel digne de ma personne. Aka-harza ! Un vrai combat a? mort, voila? bien la seule perspective qui me re?chauffe encore les sangs ! Les sabots du poney nain viennent a? notre rencontre. Cheveux et crins filasses se confondent en une masse molle et bondissante. Deux yeux d¡¯un regard lavasse tournent autour de moi sans jamais me trouver. Je serre tre?s fort la ma?choire pour re?sister a? l¡¯ide?e de me payer une de?collation, et trouve a? rabattre ma fureur sur un hexapode de passage. Un taon, dans l¡¯erreur, qui au terme de sa que?te de sang vient de rencontrer le plat de ma main. Je ferme les yeux et fais rouler ma te?te pour de?contracter les muscles de mon cou. Une voix aigrelette met fin a? mes derniers espoirs de tranquillite?. Ignule, chef des veules, prend la parole. ¡ª ... Nous nous arre?tons la? pour la nuit, mercenaires. Trouvez-vous une place dans le camp et tenez-vous tranquilles. Votre pre?sence rend mes hommes nerveux. Chercherait-il a? m¡¯exce?der ? Mais que fait-il ? ¡ª Toua? a?ttendre re?ponse de kcheva?l a? moua? ? ¡ª P... Pardon ? ¡ª Fi?xer oei?i?l kcheva?l a? moua? a?st coutu?me a? toua? ? Moua?a? devoua?r pa?rler a? po?ney ? ¡ª Mais nullement, je ne voulais pas vous manquer de respect, et... Il insiste pour donner la re?plique a? mon cheval. Pour son salut, je vais donc m¡¯adresser a? son poney. Apre?s tout, l¡¯?il de cet animal brille de la me?me intelligence. ¡ª Aha ! Toua? pa?s peur, peti?t po?ney. Nous pa?rti?r. Nous pro?fi?ter nu?i?t pour reco?nnaissance. ¡ª Ah... Mais inutile de vous donner cette peine, mercenaire, j¡¯ai de?ja? envoye? dix de mes cavaliers sur les plateaux, peu avant la nuit. ¡ª Toua? ksu?r qu¡¯i?ls pa?s kse perdre, peti?t po?ney ? ¡ª ... J¡¯ai toute confiance en mes hommes, Messire Calagalak... Je vous assure... vous pouvez vous reposer l¡¯esprit tranquille. Les mots qui sortent de cette bouche ont-ils le me?me sens que ceux qui entrent dans mes oreilles ? ¡ª Confi?ance, tra?qui?le... Je pra?fa?re reco?nnaissance moua?-me?me. ¡ª ... Messire Calagalak, j¡¯insiste pour... ¡ª Ksu?ffi?t ! Je reco?nnaissance ! Ayamar, Aya Maraha ! Tayataya taya ! Je pars au galop a? travers le camp moribond, suivi de mes deux bretteurs. Ce gueux vient a? l¡¯instant de m¡¯o?ter un dernier doute. E?craser a? moi seul cette arme?e de cre?ve-la-faim ne m¡¯apporterait aucun plaisir. Nous chevauchons sous la pluie battante. Flotte et roche se re?pondent. L¡¯eau ruisselle sur nos corps huile?s et perle en flaques contre nos cuirs, menac?ant a? tout instant d¡¯en pe?ne?trer la graisse. Ce pays est plus humide qu¡¯un fond de puits ! Je me sens moisir !This content has been misappropriated from Royal Road; report any instances of this story if found elsewhere. ¡ª Taya ! Aha ! Mon cheval rena?cle et tente de se cabrer, harasse? lui aussi par ce mauvais grain. ¡ª Tata Aya Maraka ! Il n¡¯y a rien, ici. Que du vide et des reflux marins. Et ces plantes gluantes qui empoissent mes bottes ! Me prendraient-elles pour une mouche ? Seigneur et mai?tre, il faudra en aligner, de la pourpre, pour me faire oublier ceci ! ¡ª Ahaaah... Hah ! Je pousse ma monture vers le bord de la falaise et me tient un instant a? l¡¯arre?t. Ce vent de?boussole?, il me porte des bruits de voix. La?, devant nous, des cavaliers palabrent en de?sordre. ¡ª Ayarah, Amana Kahal... Mes compagnons opinent du chef. Nous approchons doucement. ¡ª ... et y¡¯a que tchi a? gagner par ci, je vous le dis moi, la jeunesse. Notre seule assurance est d¡¯y trouver le tre?pas ! ¡ª Chu¡¯ ! Taisez-vous ! Y¡¯a du bruit pas de nature par la?... Hola ? Qui va la? ? Nous venons de trouver les vaillants e?claireurs du chefaillon, et leurs terribles poneys de guerre. Un moment de de?tente se profilerait-il enfin ? ¡ª Hey ! Re?pondez-y, vous autres ! ¡ª Ca?lme. Moua? ma?ssi?re Calagalak et eux, ho?mmes a? moua?. ¡ª Ah ! Hum... Messire... Vous prenez l¡¯air ? Heu... Je veux dire, vous e?tes la?... ¡ª I?gnu?le di?re di?x reco?nnaissances. Moua? compter vous neuf petits po?neys et qua?tre reco?nnaissances. Ahara Tarka Magdalah ? ¡ª Hi ! Quelqu¡¯un a t¡¯y compris ce qu¡¯il dit, ce bestiau ? Je de?gage d¡¯un geste ma lame de son fourreau, et, ce faisant, la te?te de ce singe parlant. ¡ª Moua?-je mi?eux pa?rler langue a? vous, ma?tenant. Ou? reco?nnaissances ? J¡¯attrape a? pleine main la crinie?re du poney le plus proche, et le soule?ve de terre. L¡¯animal pousse un hennissement de terreur. L¡¯homme qui le monte se lique?fie devant ma force brute. Je plonge dans le fond de ses yeux. ¡ª Moua? da?voua?r kchercher langue a? toua? dans go?rge ? ¡ª Nne... ne... non ! ¡ª Pa?rle ! ¡ª Je... je va parler ! Pas loin de la?, nous est tombe?s sur un vioque qui fuyait la campagne, en faisant courir ses jambes. Nous y avons donne? la chasse, mais-y courait bien, le saligaud, y courait bien mieux que nos chevaux ! ¡ª Po?neys ! ¡ª Pa... Pardon ? ¡ª Vous po?neys nains ! C?a?, kcheva?l. ¡ª Ou... Oui. Bah, y aurait pas toutes ces trous de crevasses dans le plateau, on y courrait mieux ! Enfin, le temps de passer une crique, et le ve la? qu¡¯il avait pris du large ! Mais on a fini par le chopper. ¡ª Lu?i? i?ci? ? ¡ª Euh... Non. Scottse?n lui a refile? une fle?che dans le dos, bien cale?e entre les omoplates. Un tre?s fameux archer, le Scottse?n ! Vous auriez vu c?a ! Le vieux saligaud, il a pas fait long pour de?rocher dans le vide ! ¡ª Ou? ? ¡ª ... Be?... c?a... c¡¯est-a?-dire... avec ce temps, on sait pas trop. ¡ª Toua? ksu?r lu?i? mo?rt ? ¡ª Heu... oui ? Hein, les gars, dites-y voir au sire... Un e?clair fracasse le ciel. L¡¯homme devient livide en surprenant mon regard perdu sur les damasquins de ma lame. Je serre d¡¯un peu plus pre?s la crinie?re de son poney. ¡ª Je vouloua?r entendre Sco?ttse?n, peti?t kso?lda?t. Il ravale un hoquet. ¡ª Scottse?n... Il a vire? dans le vide, cause que sa cavale elle a glisse? des quatre fers par-dessus le bord de la falaise. C¡¯est pour c?a qu¡¯on est la?. Nous, on garde les chevaux, et... ¡ª Po?neys ! ¡ª ... ¡ª Ou? e?tre vo?s o?tres ? ¡ª Y... Y trouvent la passe a? pied, pour... ¡ª Ksi?lence ! Moua? plu?s confi?ance en bon pi?ed du? po?ney de Sco?ttse?n que dans bon fle?che de Sco?ttse?n ! ¡ª Euh... oui... j¡¯comprends pas tout, mais, oui... ¡ª Vous pa?s voua?r ho?mme-fu?i?r mo?rt ! Vous inca?pa?bles ! Amaha ! Laisser s¡¯e?chapper un te?moin ! Autant annoncer haut et fort a? tout Almenarc¡¯h que le grand Ignule se pre?pare a? livrer bataille ! Je passe ma lame en travers de la gorge du mauvais bavard et rela?che son poney. L¡¯animal, de surcroi?t affole? par un coup de tonnerre, part en ruades, biento?t suivi dans le vide par le reste de la troupe. Ne tiennent-ils pas plus a? la vie, dans ces contre?es du nord ? ¡ª Cahamak, Carazak ! Agarma Al Cahama ! Parabla A I?gnu?le Da Cabalah ! ¡ª Aha, Calagalak. Mes deux lieutenants tournent bride et piquent des deux en direction du camp. Le chefaillon va devoir faire marcher ses troupes de nuit. Il est hors de question de laisser dormir ces inca- pables pendant qu¡¯Almenarc¡¯h se pre?pare a? nous recevoir. Quant a? moi, je vais improviser une petite chasse. Un fuyard, cinq e?claireurs perdus au bord d¡¯une falaise, et une tempe?te : voila? enfin de quoi m¡¯ouvrir l¡¯appe?tit ! Je mets un pied a? terre, et abandonne mon cheval sur une vaste dalle. ¡ª Amah¡¯Tar. L¡¯animal baisse les oreilles. Il se tiendra tranquille jusqu¡¯a? mon retour. Je poursuis ma piste le long d¡¯une ligne de cre?tes. Le jour se le?ve, timide, re?ve?lant a? travers un brouillard de lait cinq silhouettes tre?buchantes. Petits e?claireurs, je vous ai de?busque?s. Je me glisse derrie?re eux jusqu¡¯a? trouver le bon poste de tir, et attrape mon arc en os pourpre. Je choisis deux fle?ches dans mon carquois de peau, encoche l¡¯une d¡¯elles, et m¡¯immobilise. Ces animaux ne sentent me?me pas venir le danger. Mahaya. Pourtant, pour vous, mes agneaux, je suis la mort. Qu¡¯avez-vous fait de votre instinct ? Je bande mon arc, lentement, et bloque ma respiration. Les battements de mon c?ur font sauter la pointe de me?tal, doucement. De plus en plus doucement. Je ferme les yeux, pe?ne?tre le silence, et de?coche un trait. Puis deux. Je sens les corps sans vie basculer dans le vide. Sans un cri. Deux nouvelles fle?ches fendent les airs, portant a? quatre le nombre des victimes sacrificielles voue?es a? l¡¯autel de ma cruaute?. Je feule de contentement. Mais je souffle biento?t ma rage par les naseaux. Amahara ! Quelqu¡¯un s¡¯invite au milieu de ma partie de chasse ! Qui voudrait me voler ce mauvais gibier ? Le vioque de Scottse?n ? Non, celui-ci me parai?t fort et vigoureux. Sa voix tonne et re?clame de la palabre. Un ce?re?bral. Je vais lui distiller quelques finesses de mon pays. Je ferme les yeux, laisse le vent guider mes sens. Encoche, bande et la?che un trait aussito?t double?. Je pre?pare une dernie?re e?missaire. Pour toi, homme d¡¯Almenarc¡¯h. Guide-moi, brise le sceau de cette harmonie naturelle, charme la te?te de ma fle?che ! Un craquement re?pond a? mon appel. Je la?che un trait qui, sans passion, rencontre de nouveau la cuirasse de l¡¯e?claireur. Trois fle?ches pour un sac d¡¯os, c¡¯est bien de trop. Ce corps peut bien s¡¯effondrer, il me manque une cible. Je respire les moindres variations du vent, pre?t a? de?cocher la mort, mais n¡¯entends que les plaintes du large. Aha. Notre visiteur s¡¯est retire?, sans un bruit. Du grand art, mon ami. J¡¯aurais pu tuer dix des plus fiers lascars d¡¯Ignule sans qu¡¯ils comprennent quoi et qui les trahissait. Mais par ta fuite, menu coquin, tu me livres le secret de ta passe ! J¡¯e?craserai de ma botte le gardien d¡¯Almenarc¡¯h avant que se?che le sol... Chapitre 3 : Roch, le Grand Gardien Je profite un instant de la vue offerte par une troue?e dans les nuages. La rade de Port-Marin m¡¯apparai?t, prise sous la tempe?te et baigne?e des de?bris d¡¯une armada en flammes. Les furies du Lybe?rian ont eu raison des strate?gies d¡¯un mauvais capitaine ? Aucun corsaire n¡¯e?craserait ainsi sa flotte contre nos re?cifs et nos chai?nes sans espoir de butin. Les brumes s¡¯e?le?vent et se de?chirent pendant ma descente des hauts surplombs, pousse?es par les fume?es chaudes de l¡¯incendie. J¡¯aperc?ois l¡¯i?le de la cite?, au fond de son fjord, souveraine. Les feux d¡¯alerte de?versent leurs cascades d¡¯e?tincelles sur les murs de la ville. Je passe de?ja? sous les meurtrie?res de la porte des Plateaux. Mon ?il averti devine la pre?sence de reflets me?talliques dans les creux de la roche. Alimtel a de?ploye? ses amazones. Plusieurs compagnies d¡¯arche?res me tiennent en joue, parfaitement immobiles, pre?tes a? tuer. Ma course tombe en arre?t devant les premie?res armures de la Garde d¡¯Airain. Elles me font face, en files infinies de statues, attendant mon ordre pour prendre vie. Je frappe du poing contre mon c?ur. L¡¯arme?e entie?re me re?pond, d¡¯un seul homme, posant le bouclier a? terre dans un gong de bronze. A? mon approche, les premiers gardes pivotent et me livrent passage. Les armes claquent, les regards se figent. Je sens couler dans leurs veines toute la vigueur de l¡¯Almen. Les rangs se reforment derrie?re moi a? mesure que je progresse. Un homme vient a? ma rencontre, accompagne? de la doyenne des amazones. Ses pas fendent les lourds tabliers d¡¯acier qui tombent de ses jupes et plastron. Corzah le Bestial, Gardien de la porte d¡¯Arc¡¯h. ¡ª La Garde est pre?te a? broyer de l¡¯os, Messire Roch. ¡ª Bien, Corzah. L¡¯arme?e de Talland¡¯Ar me talonne. ¡ª Talland¡¯Ar ? Mais que viennent faire ici ces pieds plats ? ¡ª Mendier. ¡ª Une arme?e de mendiants ? Et pourquoi ne pas leur livrer bataille sur les plateaux ? Les surplombs vont nous ga?cher le plaisir ! ¡ª La sagesse nous l¡¯interdit, Corzah. Il n¡¯y aura aucune gloire a? tirer des faits du jour. Alimtel, ve?ne?rable doyenne, nous aurons besoin de toutes vos ressources, aujourd¡¯hui. ¡ª Seigneur Roch, mes arche?res sont a? vos ordres. ¡ª Eh bien que brillent les feux rouges de la guerre ! La ve?te?rane sourit, et choisit dans son e?tui une fle?che munie en pointe d¡¯une poche de cuir rouge. Elle bande son arc, le?ve la te?te, et livre son trait par-dela? la brumaille aux caprices du vent. Le feu du castel s¡¯embrase soudain de grenat, donnant le signal, de brasier en brasier, a? toute la cite?. Pas un Grand Gardien depuis Artel, mon pe?re, n¡¯avait fait donner l¡¯alerte rouge. Pourvu que je sois digne de lui en ce jour. Je salue mes deux Gardiens, et m¡¯engage prestement dans les brumes du pont suspendu. La porte de l¡¯i?le prend place, doucement, au sommet de son escarpement. La garde se range sur mes ordres. Un homme m¡¯attend, pare? de son armure. Il rele?ve la visie?re de son heaume. ¡ª Fagar ? Tu n¡¯es pas a? Port-Marin ? ¡ª Ma pre?sence au port est inutile, Grand Gardien. Arka a pris la rele?ve. Je tenais a? m¡¯entretenir avec vous de vive voix. ¡ª Je dois m¡¯e?quiper au plus vite, marchons vers la salle d¡¯armes. Qu¡¯y a-t-il ? ¡ª Le port n¡¯a jamais e?te? menace?. Les pirates n¡¯ont pousse? que des bateaux de planches mortes contre nos chai?nes. Une flotte sans e?quipages, Roch. Nos arche?res n¡¯ont me?me pas de?coche? une fle?che. Puis des bacs incendiaires sont venus percuter le tout, sans autre effet que d¡¯ajouter de la fume?e a? la brume ! ¡ª Une diversion ? ¡ª A? l¡¯e?vidence. ¡ª Les pirates de Rajaya n¡¯ope?rent jamais sans raison. ¡ª Et les plateaux ? ¡ª Talland¡¯Ar qui nous envoie ses troupes dans ce qui ressemble a? un raid de?sespe?re?. Mais j¡¯ai aussi en poche une empenne de Saham. ¡ª Saham ? ¡ª Oui, je n¡¯en sais pas plus long. E?coute, passe les troupes en revue. Moi, j¡¯ai a? parler au roi. Mon second disparai?t dans le brouillard tandis que je remonte les ruelles de?trempe?es d¡¯Almenarc¡¯h. La ville se remet doucement des violences de l¡¯orage. Les gouttie?res de pierre de?versent des torrents d¡¯eau sur la chausse?e bombe?e. Me?me les embruns largue?s par les chutes portent en eux d¡¯inhabituelles senteurs de terre. Je de?passe les dernie?res tours de?fensives des hauts-quartiers de l¡¯i?le, et gagne par des coursives de?robe?es les abords du palais. Aucun pillard n¡¯a jamais atteint l¡¯ombre de ces blocs monolithiques. Le soldat de faction m¡¯ouvre la porte pie?tonne qui s¡¯enfonce ici entre les contreforts de la muraille. J¡¯entre dans les ba?timents de la garde, les hommes font claquer leurs cuirasses sur mon passage. Je re?ponds aux saluts, traverse les longs couloirs de l¡¯avant-corps, et pousse un faux parement de pierre. Une fente sombre m¡¯avale dans un re?seau d¡¯entre-murs. Ces coulisses me?nent en tout point du palais l¡¯initie? qui en connai?t les secrets. J¡¯aime le silence qui re?gne dans le ventre de ces mac?onneries titanesques. Le temps est ici comme suspendu, perdu au milieu des encheve?trements de poutres et de renforts. La?, ce pan de mur est escamotable. J¡¯e?carte la tenture qui masque cette sortie, et traverse la galerie royale. Deux vouges s¡¯abattent et se croisent soudainement sur ma route. Roch. ¡ª Nous avons ordre de ne laisser passer personne, Messire ¡ª Garde, c¡¯est de moi que tu tiens ces ordres. E?carte-toi. ¡ª Cet ordre-la? nous vient de plus haut, Messire, et il vous est pre?cise?ment destine?. L¡¯homme baisse les yeux, visiblement navre? de m¡¯adresser la parole en ces termes. Quatre gardes se placent en renfort dans le couloir, pointant en mon endroit leurs armes d¡¯hast. M¡¯interdire l¡¯aile royale ? Alkar, tu crois vraiment t¡¯en sortir comme c?a ? ¡ª Gardes ! La situation de?passe toute de?marche officielle. Je dois parler au roi, poussez-vous ! Je force le passage, d¡¯autorite?, mais les lourds battants de l¡¯antichambre s¡¯ouvrent sur le faux laquais du roi. Cataxak. Il me regarde, d¡¯une mine affecte?e. ¡ª Je m¡¯incline bien bas et vous salue, Messire Roch... Ce fourbe n¡¯en pense rien. Comment le roi peut-il supporter le persiflage de cet homme ? Cataxak poursuit, en agitant ses fausses manches sous mon nez. ¡ª Messire, le Seigneur et Roi des Hommes, le Grand Sire Alkar d¡¯Almenarc¡¯h, me fait vous dire a? quel point il e?tait... contrarie? de ne point pouvoir vous accorder audience. Le Sire attend de vous que vous de?fendiez la cite?. Naturellement, une fois la menace e?carte?e, le puissant Alkar se fera le plus grand plaisir de re?pondre a? toutes vos interrogations...If you spot this story on Amazon, know that it has been stolen. Report the violation. ¡ª Assez ! Vous n¡¯avez pas a? entraver ma route ! Vous n¡¯e?tes rien pour moi, serviteur ! Et cessez d¡¯agiter vos robes sous mon nez ! Vos parfums m¡¯insupportent ! ¡ª Messire, s¡¯il vous plai?t, soyez gentilhomme. Le Seigneur et Roi des Hommes connai?t les questions qui troublent votre esprit, et sa gra?ce est since?rement de?sireuse de s¡¯acquitter des re?ponses qui vous reviennent de droit. Mais, avant, le Sire compte obligeamment sur vos compe?tences, dirons-nous... particulie?res, pour e?carter la terrible menace que fait peser sur notre ville le trai?tre roi Froissard de Talland¡¯Ar. Il en va e?videmment de la se?curite? de notre paisible cite?, ainsi que de celle de la reine. ¡ª Milena ? Mais que... ¡ª La reine vous presse, Messire, d¡¯accomplir avec ze?le votre devoir. Allez, Grand Gardien, vos questions et tracas ne seront biento?t plus... Des pas re?sonnent dans le couloir et me de?tournent de l¡¯e?tre abject. Un coursier se fait se?chement arre?ter par la Garde Royale. ¡ª Messire Roch ! Messire Fagar m¡¯envoie vous dire que l¡¯agresseur arrive en vue des surplombs ! ¡ª Ces chiens me talonnaient donc de si pre?s ? L¡¯homme trouble du palais agite de nouveau ses brocarts. ¡ª L¡¯instant est a? la prise d¡¯armes, Messire. Vous devriez... ¡ª Vous, e?coutez-moi. Je ne suis pas homme de patience, alors ne m¡¯envoyez plus vos soieries a? la face, sans quoi je vous les fais manger jusqu¡¯au dernier fil ! Maudit bavard. Je bouscule les gardes, hors d¡¯humeur, et traverse dans l¡¯autre sens les couloirs du palais. Je dois me ha?ter. Aucun de mes hommes ne re?pandra la mort avant que je ne sois en mesure de mener l¡¯assaut. Ainsi sont faits les codes d¡¯honneur de cette cite? plusieurs fois mille?naire. Je laisse les hautes voussures de la salle d¡¯exercice et fais irruption dans ma chambre d¡¯armes, baudrier et e?pe?e des Gardiens a? la main. Mes valets arrachent aussito?t mes ve?tements de bure pour des feutres ajuste?s. Une tunique bleue, brode?e jusqu¡¯aux genoux de fils d¡¯argent. Le vieux Gahal surprend mon regard. ¡ª Messire, ces motifs sont une cre?ation de mon e?pouse. J¡¯ai pris sur moi de devancer votre anniversaire de solaison pour l¡¯occasion. ¡ª Les Cinq Chutes et ses Gardiennes ? ¡ª Les anciennes armoiries d¡¯Almenarc¡¯h, oui. Pour vous donner du courage au combat, Messire. Le vieux mai?tre d¡¯armes deviendrait-il sentimental ? L¡¯instant doit lui rappeler sa jeunesse et ses hauts faits sous le commandement de mon pe?re. Il m¡¯aide a? passer ma brigandine, et tire sur les sangles de mon corselet. J¡¯e?chappe un instant a? ses bons soins et exe?cute quelques enchai?nements. Gahal hausse un sourcil broussailleux, desserre une boucle, et reprend son ouvrage. Il suspend, une a? une, mes larges plates pectorales, et fixe spallie?res et tassettes comme pour e?paissir encore ma stature. J¡¯enfile une paire de bottes de cuir arme? de fer, reprends mon baudrier, plonge mes mains dans des gantelets d¡¯acier, et re?clame les deux dagues que le vieux mai?tre examine de son ?il valide. Ce ve?te?ran de la Grande Guerre sait mieux que personne qu¡¯au combat vivre ou mourir ne doit rien au hasard. Non, vieux mai?tre, ces tranchants ne souffrent d¡¯aucun de?faut ! Il me les remet, non sans ve?rifier une dernie?re fois leur e?quilibre, et me tend Almenburh, avec ce?re?monie. C¡¯est un honneur, pour quiconque, de toucher l¡¯e?pe?e des protecteurs de la couronne. L¡¯e?pe?e du protecteur de la reine. ¡ª Messire Roch, laissez-vous la? vos cuissards et jambie?res ? ¡ª Oui, Gahal, le temps presse. Je coiffe mon heaume, de?gaine une dague, puis l¡¯autre, tourne autour de Gahal, rentre mes lames dans leurs fourreaux, attrape Almenburh dans mon dos, la fais tournoyer au-dessus de ma te?te, et la replace dans sa longue gaine. Tout est en ordre. ¡ª Une dernie?re chose, Gahal. Regarde dans la poche de ma cape. Le vieil homme fouille mes frusques, porte l¡¯empenne pourpre a? son ?il, et se crispe brusquement. ¡ª Mais ou? avez-vous trouve? c?a, Messire ? ¡ª Dans le dos d¡¯un e?claireur de Talland¡¯Ar. Je gagne la terrasse et avance sur le corbeau d¡¯Imputrai? qui surplombe le lac. J¡¯attrape a? pleines mains les poigne?es de cuir de ma tyrolienne et m¡¯e?lance dans le vide. Le poids m¡¯emporte aussito?t en contre-bas, et me fait brutalement atterrir sur les dalles du quartier d¡¯Arc¡¯h. ¡ª Pour Almenarc¡¯h ! Pour la terre de nos ance?tres ! A? moi, la Garde ! Jusqu¡¯a? la mort ! Les brasiers d¡¯alerte explosent en gerbes de lumie?re alors que je traverse les sombres arcades en hurlant. Une pluie de fle?ches obscurcit le ciel et s¡¯abat en sifflant sur les assaillants. La Garde, jusqu¡¯ici impassible, s¡¯anime et devient subitement mortelle. L¡¯arme?e ennemie reflue, en de?sordre, prise de panique, rendant les surplombs plus meurtriers que tout homme. En cet instant, mille bras me soule?vent de terre et me propulsent sur le front. Ici et maintenant se de?chai?ne alors, sur des vies bien trop fragiles, l¡¯art mille?naire de mon entrai?nement guerrier. Je m¡¯effraie de mon efficacite? a? distribuer la mort arme? de mes seuls gantelets. Ne serais-je ne? que pour tuer ? Voila? toute ma peur au milieu du fracas des armes et des cris. L¡¯adversaire plie devant l¡¯assaut d¡¯un seul homme. Moi. Et je n¡¯ai toujours pas de?gaine?. Un colosse surgit alors des rangs. Il ne porte pour toute armure qu¡¯un froc de cuir noir et des bottes de cavalier. Sa peau, empourpre?e, de?gage l¡¯odeur d¡¯une be?te. Des tatouages s¡¯enroulent en lignes sombres autour de ses bras et de son torse. Ils remontent le long de son cou massif et viennent masquer tout entier son visage et son cra?ne lisse. Voila? donc a? quoi ressemble un Guerrier Pourpre de Saham. Voila? donc contre qui se sont battus nos ance?tres. Que viens-tu faire ici, homme du sud ? Le soudard fait alors subitement la de?monstration de sa force brute. De quelques coups de boutoir, il de?gage morts et vivants de son aire de duel. Je re?ponds a? son invitation silencieuse. Mes dagues fusent hors de leurs fourreaux, sans artifice. Je fends l¡¯air, le laissant face a? moi aussi ve?loce qu¡¯une tare de plomb, refuse son fer, et entaille son torse, profonde?ment. Toujours plus profonde?ment. Jusqu¡¯au coup fatal. En pleine gorge. Je ne suis pas sorti du combat que deux silhouettes tout aussi massives se de?tachent des rangs. Un arc de?passe de l¡¯une d¡¯elles. L¡¯autre marche sur moi, impatiente de laisser parler sa puissance. Le guerrier abat son e?pe?e sans de?tour, m¡¯obligeant a? contrer de mes lames. Les e?tincelles jaillissent de toutes parts. Peu d¡¯hommes supporteraient la densite? de ce guerrier. Mais que me veulent-ils ? Prouver leur valeur a? la face du monde, ou exe?cuter quelque basse besogne ? Ma question me vaut d¡¯e?tre violemment projete? contre la paroi. Le mercenaire pousse sa vanite? a? me donner le temps de lui faire face. Une erreur qui signe son arre?t de mort. D¡¯un seul et me?me e?lan, je me redresse et perce fe?morale, abdominale et jugulaire. Il s¡¯e?croule sur moi alors qu¡¯une morsure me bru?le la cuisse. Une empenne se prome?ne, coupable, au bout sa tige. Plumes biseaute?es, barbes rouges. Trai?tre d¡¯archer ! L¡¯homme replace lentement son arc et se saisit d¡¯une lourde lame. Il exe?cute ses gestes avec calme, faisant soigneusement rouler ses tatouages sur la surface de sa peau. Des pointes osseuses, plante?es dans ses avant-bras comme des range?es de crocs, viennent a? croiser et de?croiser la danse de ces lignes noires. Le colosse m¡¯observe, en souriant, certain de l¡¯avantage que, par fourberie, il s¡¯est octroye?. Croit-il que je vais laisser son dard me bru?ler les chairs ? J¡¯enfonce la pointe, d¡¯un geste franc. Ma vue se brouille. Ma bouche se tord. Mais mon heaume garde le secret de ma souffrance. Je serre les dents, brise la fle?che, et l¡¯arrache de ma cuisse. Puis je tire de sa gaine, tout aussi lentement que mon adversaire, la noble et prestigieuse Almenburh. Je me place en garde. Le Guerrier Pourpre me harce?le de sa ba?tarde, me poussant par esquives successives a? prendre appui sur ma jambe blesse?e. Je me trai?ne dans mes de?placements. Ce combat est devenu ine?gal, et il le sait. Il jubile et laisse s¡¯e?panouir un large sourire. Je cherche la botte ide?ale, expe?ditive, mais... ma vue se... se trouble. Le sol se met a? tanguer. J¡¯ai e?te?... drogue?. Empoisonne? ! La fle?che ! Je ne vois pas arriver la lourde lame de mon adversaire. Je ne la sens pas m¡¯e?clater le gantelet et me faire la?cher Almenburh. Et j¡¯ignore qu¡¯un pied la pousse de?ja? dans le vide. Je titube et... m¡¯e?croule sur le sol. L¡¯homme peint de pourpre fait voler mon heaume, me de?chirant une narine. Une pluie d¡¯e?toiles sombres inonde mes yeux. D¡¯une e?treinte mortelle, le guerrier me soule?ve de terre, puis me glisse a? l¡¯oreille : ¡ª Calagalak meurt toua?, ga?rdi?en, ra?mpli?ssa?nt ksa? mi?ssi?on. Il me la?che, de?daigneux, par-dela? le surplomb. Dans un dernier e?clat de lucidite?, tandis que je bascule dans le vide, je vois la Garde d¡¯Airain se soulever, Corzah le Bestial en te?te, et charger ce qui reste de l¡¯ennemi. Des cornes de brume de?chirent l¡¯air. Ma reine... Chapitre 4 : Cataxak, l’homme de l’ombre Odieuse puissance, objet de spoliation, tu e?manes des tre?fonds de cette i?le, et oses te refuser a? mes sens ? Mais je finirai, tortueuse cre?ature, par percer les secrets de ton a?me si de?licate ! En l¡¯attente de ce jour de triomphe, je me permets d¡¯admirer la magnificence de ces lieux. La salle du tro?ne d¡¯Almenarc¡¯h, immense ventre de pierre, s¡¯e?panouit sous son do?me de cristal. La beaute? de ces baies suspendues n¡¯est me?me pas alte?re?e par les rince?es de poudrin crache?es par les chutes d¡¯Almen. Je dois me?me reconnai?tre qu¡¯en ces gouttes captives le soleil mire ses reflets avec gra?ce. Il enchante par la? de ses jeux d¡¯orbes tremblants les carreaux d¡¯alba?tre que je foule pre?sentement de mes bottes en cuir fin de galuchat. La rencontre des e?le?ments, des hommes, et de leur Dieu. Me?me si ce dernier manque singulie?rement de pre?sence depuis quelque temps. Je prends pied sur l¡¯encorbellement d¡¯un escalier aux lignes simples et e?pure?es. Les hommes d¡¯Almenarc¡¯h semblent ignorer les beaute?s et raffinements subtils de leurs ance?tres ba?tisseurs. Qui emprunte encore ces galeries d¡¯un autre a?ge pour gagner les terrasses hautes du palais ? Moi seul, homme de l¡¯ombre et d¡¯ailleurs. Je m¡¯appuie au parapet et sens mes papilles s¡¯affoler. Mirifique ! Je suis aux premie?res loges du spectacle ! Mon regard embrasse toute la rade depuis ce promontoire. Pitonne?es au-dessus du lac aux e?tages infe?rieurs du quartier d¡¯Arc¡¯h, les voiles blanches des chasseurs de brume s¡¯agitent dans les moiteurs de l¡¯atmosphe?re. Elles capturent par le?gions d¡¯infimes gouttelettes, sans se soucier du combat qui s¡¯engage non loin de la?. L¡¯eau, cette substance vitale aux e?tres infe?rieurs, doit couler sans rela?che au creux des conduites. Mais l¡¯objet de mes de?lectations se porte quelques e?tages plus haut. L¡¯assaillant, arme? de guenilles, s¡¯e?crase comme vague sur roche contre une Garde d¡¯Airain plus que torpide. Ces colosses de bronze attendent que leur paladin soit en mesure de mener l¡¯assaut pour offrir la re?plique, laissant l¡¯ennemi s¡¯acharner sur leurs cuirasses rutilantes jusqu¡¯a? l¡¯e?puisement. Quelle exquise distraction je m¡¯offre la? ! J¡¯aurais du? retenir messire Roch Targe del Arc¡¯h plus longtemps. L¡¯orgueilleux chef de corps, comme re?pondant a? mes seules attentes, s¡¯e?lance dans les airs. D¡¯un cri, il met en branle son arme?e. Mirifique. Le mur de bronze avance contre les pillards, en colonnes par quatre. Deux colonnes au centre, pour donner la mort, apportant sur le front des troupes toujours frai?ches, et deux colonnes sur les ailes, pour l¡¯e?vacuation en ordre des soldats e?prouve?s. Ine?luctable rotation. Mais le moment de savourer mon ge?nie devrait arriver. Il ne peut rester en arrie?re. Pas lui, pas l¡¯homme rogue qui, quelques instants plus to?t, a porte? sur moi sa dernie?re insulte. La? ! Fide?le a? mes pre?dictions, il fend sa garnison pour jaillir a? sa te?te ! Il brille de ses parures guerrie?res, au sommet de sa gloire, volant a? sa mort par exce?s de confiance. Les hardes du nord reculent et se de?bandent devant sa coupable soif de sang. Mirifique ! Mais je me redresse contre mon parapet. L¡¯excitation fait perler quelques gouttelettes de transpiration a? la surface de ma peau. Je collecte bien vite le fruit de ces e?mois a? l¡¯aide d¡¯un petit mouchoir de Sawa, et retiens mon souffle. Le point d¡¯orgue de mon orchestration se pre?sente. Une montagne de muscles et de pourpre de?borde les rangs de Talland¡¯Ar. En un e?clair explose la violence sauvage du peuple banni. Roch virevolte, il esquive les coups sans me?me daigner sortir sa pre?cieuse gardienne. Quelle insolence ! Et voila? que, sans la moindre esquisse de feinte, il fige son action d¡¯un geste mortel. Mon guerrier s¡¯effondre. Remplace? par deux de mes plus grands champions. Les vainqueurs en duels singuliers de tous les fous de guerre de Saham. Le premier s¡¯avance. ¡ª Allez... re?duis-moi ce vantard en pie?ces de viande ! Non, pas comme ceci ! Incapable ! Je ferme les yeux et entre dans une lutte inte?rieure pour taire les mille et mille voix qui m¡¯assaillent. ¡ª Suffit ! Chaque combattant, chaque mai?tre d¡¯armes inge?re? par me?garde au hasard de mes pe?re?grinations vient me confier a? l¡¯oreille ses plus sages conseils. Plus haute, cette garde... plus profonde, cette attaque. L¡¯esquive, en l¡¯action, aurait e?te? pre?fe?rable a? cette parade... ¡ª Mais taisez-vous ! Pardon ? Plai?t-il ? Se peut-il que le silence, enfin, me parvienne ? Je rouvre les yeux, en catastrophe. Aurais-je manque? l¡¯apothe?ose de ce spectacle ?Unauthorized duplication: this tale has been taken without consent. Report sightings. L¡¯aire de duel est vide. Mon champion tient a? bout de bras tout l¡¯orgueil d¡¯Almenarc¡¯h, et le la?che dans le ne?ant. Le son des cornes de brume e?merge des galeries troglodytiques pendant que Roch Targe del Arc¡¯h, le Grand Gardien, cre?ve les nuages bas de sa chute sans fin. J¡¯espe?re que la mort laissera le temps a? ce pre?tentieux d¡¯appre?cier l¡¯e?tendue de son arrogance. Les surplombs deviennent alors le the?a?tre d¡¯une cure?e des plus abominables. Les cuirasses d¡¯airain enfoncent les lignes ennemies dans une charge d¡¯honneur. Je ne peux re?primer un rire nerveux en voyant mon homme de main devancer la Garde, a? grands coups de taille, pour se me?nager une sortie vers les plateaux. Mais je dois vous laisser la?, mes petits, car de plus hautes distractions m ¡¯a t t e n d e n t ! ¡ª Roi Seigneur des Hommes, je vous annonce la mort du cauchemar de vos jours, l¡¯auteur de vos nuits blanches, la le?gende guerrie?re qui faisait ombrage a? votre re?gne glorieux, ce rival de toujours, amant de votre tendre e?pouse, la reine Milena de la Hautecombe, fille d¡¯Hurdall de Belcastel et de Dame... ¡ª ... Comment ? Que venez-vous de dire ? ¡ª Roi Seigneur des Hommes ? Le?gende guerrie?re ? Rival de toujours ? ¡ª Non ! Que voulez-vous dire par ? amant de votre tendre e?pouse ? ? ¡ª Roi Seigneur des Hommes, vous me raillez sans me?nagement... Je sais que vous ne pouvez ignorer une telle chose. Pas apre?s avoir e?pouse? de force sa promise. Vous... ¡ª Tre?ve d¡¯impertinence ! Et cessez donc vos moulinets ! ¡ª Roi Seigneur des Hommes... je suis votre bon vouloir. ¡ª Et sa de?pouille ? Je veux voir sa de?pouille ! Que l¡¯on m¡¯ame?ne sa de?pouille ! Je veux la fouler aux pieds ! Broyer chacun de ses os ! Arracher... ¡ª Roi Seigneur des Hommes, sans vouloir vous offenser, l¡¯infortune? repose en cet instant dans les profondeurs abyssales du lac Almen... ¡ª Je veux e?tre certain de sa mort ! ¡ª Roi Seigneur des Hommes, Calagalak, mon tueur sahame?en, est aussi su?r... que la nuit suit le jour. Roch n¡¯a pas surve?cu a? ce duel. ¡ª Retrouvez-moi sa de?pouille. Et la bataille ? Je devais assister a? la bataille ! ¡ª Roi Seigneur des Hommes, magnifique. Que dis-je ? mirifique ! Pardonnez a? votre humble serviteur la survenue de contretemps perturbateurs qui ont quelque peu... pre?cipite? le lancement des hostilite?s. Mais vos troupes se sont montre?es, Grand Sire, des plus valeureuses dans l¡¯adversite? ! Et vous voila? de?barrasse?, d¡¯un me?me jet, d¡¯un rival mieux aime? que vous et d¡¯un allie? galeux. Votre re?gne va ve?ritablement pouvoir commencer... ¡ª Cataxak, votre machination e?tait ambitieuse. Un peu retorse a? mon gou?t, mais, je dois le reconnai?tre, efficace. Je vais pouvoir envahir Talland¡¯Ar, pre?textant des repre?sailles, et e?tendre ma main sur les terres du nord... Je laisse le roi a? ses re?ves e?piques, et quitte l¡¯aile de ses appartements. Je regarde d¡¯un ?il amuse? les frises mythologiques sculpte?es sur la lourde porte de bronze que deux gardes poussent devant moi. Elles figurent la cre?ation du monde par des e?tres de le?gende. Mais qui suis-je pour me laisser aller a? de telles re?cre?ations ? Croyances nai?ves ! Le jour viendra ou? je pourrai balayer ces fables sans fondement ! Je surgis dans le silence de l¡¯immense salle du tro?ne. Ce peuple arrogant s¡¯imagine e?tre a? l¡¯e?gal du no?tre, mais, devant l¡¯E?ternel, nous seuls, e?lus de Saham, sommes dignes de porter le nom d¡¯hommes ! Et savoir poser des pierres l¡¯une sur l¡¯autre ne change rien a? l¡¯affaire ! L¡¯architecture pa?le de ce palais n¡¯est que le reflet de notre glorieux passe?. Je remonte la rampe qui s¡¯e?lance vers le tro?ne, avec toute cette e?le?gance et cette le?ge?rete? qui me caracte?rise. Ce sie?ge de pierre blanche... Mais comment un objet use? par tant de vils fessiers peut-il attirer autant de convoitises ? La mienne est tout autre, et vogue en de plus nobles sphe?res. Au-dela? de cet escalier qui rec?oit ma sombre personne et qui s¡¯enroule, imperceptible, autour du pilier central. Tant de pouvoir ba?ti sur un mensonge ! J¡¯e?merge sur la courte plate-forme qui se tient perche?e en ces lieux, perdue a? trente pas du sol. Devant moi, dans l¡¯ignorance des vulgaires, se jettent des passerelles de verre. Elles enjambent le vide, sous le couvert de la haute coupole, et me?nent l¡¯imprudent a? la mort. Car en leur centre be?e un gouffre tout aussi intangible que cette sournoise matie?re. Le fou meurt, mais pas l¡¯e?rudit. J¡¯avance un pied au-dessus du vide et marche calmement vers la paroi naturelle de l¡¯i?le tout contre laquelle ce palais est adosse?. La?, dans le grain de la pierre, se dissimule l¡¯insondable chambre des Murs-Sourds. Le lieu qui n¡¯a d¡¯e?cho que l¡¯oreille... des dieux. J¡¯entre...