《Changement : Version Pile [French]》
Prologue : Pile
C''est ¨¦trange. Je ne pensais pas que ces souvenirs reviendraient ¨¤ un moment pareil. C''est peut-¨ºtre ce qu''on appelle voir sa vie d¨¦filer devant ses yeux. Je me suis toujours demand¨¦ si j¡¯avais fait le bon choix. ¨¤ ce moment o¨´ ma vie a bascul¨¦.
Le jour o¨´ tout a commenc¨¦. Je m''en souviens parfaitement. C''¨¦tait le 20 avril 2041.
Je m''appelle Nils Nocquat. Un pr¨¦nom un peu particulier mais mes parents aimaient bien. Je suis en terminale au lyc¨¦e Tolkien, pr¨¨s de Paris. Enfin, j''¨¦tais, aujourd''hui beaucoup de choses ont chang¨¦es. Bon ce n''est pas important pour l''instant, revenons au d¨¦but de cette histoire. J''¨¦tais en sortie cano? au lac artificiel Martin Heuyters, dans la banlieue parisienne, avec ma classe. Une sortie qui s¡¯annon?ait plut?t sympa. Pas super int¨¦ressant, et surtout rien ¨¤ voir avec mes cours, mais je n''allais certainement pas me plaindre. Mes profs l¡¯avaient annonc¨¦ comme une sortie sportive, mais l¡¯ambiance d¨¦tendue indiquait clairement une sortie juste relaxante avant la fin d¡¯ann¨¦e et le stress des derniers mois, des admissions et des examens.
On ¨¦tait donc tous l¨¤, 28 ¨¦l¨¨ves surexcit¨¦s dans un tout petit bus, et m¨ºme assez ancien, car je me souviens qu''il n''avait pas de pilotage automatique. J''¨¦tais assis ¨¤ c?t¨¦ de Stefan, un de mes plus ancien amis. En fait on ¨¦tait potes depuis la maternelle donc on se connaissait plut?t bien. Casque sur les oreilles, j''¨¦coutais en boucle une chanson dont je ne me rappelais plus le nom et je fredonnais les paroles sur le bout de mes l¨¨vres.
-T''¨¦coute quoi?
Stefan me demanda d¡¯un air vaguement int¨¦ress¨¦, cherchant simplement un peu de conversation.
-De la musique.
Je lui r¨¦pondis, un sourire au l¨¨vres. J¡¯¨¦tais un peu fatigu¨¦, pr¨¦f¨¦rant passer le trajet dans le calme. On ¨¦tait sorti en ville assez tard hier soir, en sachant qu''on pourrait justement dormir dans le bus.
-Sans d¨¦c??
Il soupira et sembla se d¨¦sint¨¦resser de moi, me laissant ¨¤ ma tranquillit¨¦. Le fait qu¡¯il soit si peu invasif ¨¦tait probablement une des raisons de notre si longue amiti¨¦. Il entama la conversation avec Ed et Louis, deux potes qui ¨¦taient assis devant nous, qui ¨¦taient d''ailleurs sortis avec nous le jour pr¨¦c¨¦dent.
-Et tu savais que monsieur Arlais ¨¦tait absent demain?
-S¨¦rieux!! Cool je d¨¦teste ce prof et ses interros ¨¤ tout les cours. En plus, la derni¨¨re fois¡
Apr¨¨s plusieurs minutes ¨¤ ¨¦couter d''une oreille distraite leur discussion sur le comportement de mon prof de maths, et la difficult¨¦ de ses interros surprise, je sentis mes paupi¨¨res s''alourdir et le sommeil me gagner¡ Je lutte difficilement, laissant mon attention se disperser.
Que se serait-il pass¨¦ si j¡¯¨¦tais rest¨¦ concentr¨¦? Est-ce que j¡¯aurais pu changer quelque chose? C¡¯est peu probable, mais l¡¯id¨¦e m¡¯a toujours un peu taraud¨¦.
Encore une question qui restera toujours sans r¨¦ponse.
Je fut r¨¦veill¨¦ par un bruit que je n¡¯arrivait pas ¨¤ identifier. C''¨¦tait un bruit r¨¦p¨¦titif. Un Biiiip-Biiiip-Biiiip qui acc¨¦l¨¦ra alors que je reprenais peu ¨¤ peu mes esprits, comme un r¨¦veil strident. J''entendis alors une voie de femme inconnue r¨¦sonner assez fortement dans mes oreilles, provoquant une douleur lancinante ¨¤ travers tout mon corps :
-Docteur, il se r¨¦veille, on dirait qu''il va reprendre connaissance!
Je mis un certain temps ¨¤ comprendre ce que cette voix disait. Je n''arrivais pas ¨¤ ouvrir les yeux, mes paupi¨¨res semblaient trop lourde. La douleur ne cessa de grandir, je sentais tout mon corps br?ler.
-Je¡ O¨´¡
Trop de questions se bousculaient dans mon esprit, je ne savais pas par quoi commencer.
-Docteur, il essaye de parler!
-Ses signes vitaux se stabilisent!
-Il va vivre docteur, vous l''avez sauv¨¦!
-Il n''est pas encore hors de danger! Il faut¡
Submerg¨¦ par toutes ces paroles, tout ces sons qui me torturaient en ravivant une douleur insoutenable, je m¡¯¨¦vanouis sans avoir r¨¦ussit ¨¤ comprendre quoi que ce soit.
On y arrive. Au moment o¨´ ma vie a bascul¨¦. Peut-¨ºtre aurais-je d? mourir, ce jour-l¨¤. Comme tous les autres.
Lorsque j''ouvris les yeux, j''¨¦tais plong¨¦ dans l''obscurit¨¦. La douleur, le bruit, tout avait disparu. J''¨¦tais seul face au monde, face ¨¤ cette obscurit¨¦ infinie, au moins en apparence. Je suis rest¨¦ assis, attendant... quelque chose. Un signe. Un message. N''importe quoi. Et la lumi¨¨re fut. Une lueur, lointaine, t¨¦nue au d¨¦but, qui ne faisait que grandir, dissipant les t¨¦n¨¨bres.
Je me dirigea lentement vers cette lueur. Si je dis diriger et pas marcher, c''est parce que je ne bougeais pas, je flottais. Bizarrement cela ne me surprit m¨ºme pas. Aujourd''hui, c¡¯est un des d¨¦tails qui me confirme clairement qu¡¯il s¡¯agissait bien d¡¯un r¨ºve.
D''ailleurs est-ce-que tout ceci n''est pas un r¨ºve? Et si j''¨¦tais dans le coma depuis cet instant et que j''attendais toujours de me r¨¦veiller? Ou alors¡ Peut-¨ºtre suis-je d¨¦j¨¤ mort.
Je ne sais pas combien de temps s''est ¨¦coul¨¦ avant que j''atteigne cette lumi¨¨re. Peut-¨ºtre ¨¤ peine quelques instant, peut-¨ºtre des jours, voir des ann¨¦es, tout ¨¦tait si confus, si froid, si obscur. Et mon esprit semblait s¡¯¨¦tirer ¨¤ l¡¯infini, comme pour me pousser ¨¤ rebrousser chemin. Mais je ne fis pas demi-tour.
Lorsque je finis par arriver, je fus imm¨¦diatement surpris par le d¨¦calage entre l¡¯endroit que je contemplait et le reste du monde qui m''entourait. Derri¨¨re moi, tout ¨¦tait froid, sombre et semblait mort, alors que devant moi la chaleur de quelques lampes et bougie m¡¯accueillait dans une ¨¦treinte douce et protectrice.
Ils ¨¦taient tous l¨¤.
Devant moi se tenait six personnes, quatre hommes et deux femmes. Ils ¨¦taient attabl¨¦s ¨¤ une grande table, trois d''un c?t¨¦, trois de l''autre. ¨¤ ma gauche se tenait une jeune femme, qui avait l''air d''avoir dix-huit ou dix-neuf ans. Elle portait des habits assez ordinaire mais elle donnait une impression de majest¨¦ et d''autorit¨¦. ¨¤ sa gauche se tenait un homme pale et assez fr¨ºle bien qu''il f?t assez grand ( presque deux m¨¨tres). Cet homme ¨¦tait tr¨¨s distingu¨¦, il portait un costard et une cravate et il semblait avoir une trentaine d''ann¨¦e. M¨ºme s''il semblait parfaitement calme et avait un visage serein, on pouvait discerner dans son regard une rage intense, qu''il semblait s''effor?er de ma?triser. L''homme ¨¤ sa gauche semblait ¨ºtre son oppos¨¦. Il portait un jean et un sweat d¨¦chire, ¨¦tait plut?t baraqu¨¦, malgr¨¦ sa petite taille. Tout en lui respirait la f¨¦rocit¨¦, et il ne tentait pas de la cacher, contrairement ¨¤ son voisin. On aurait dit un chasseur s¡¯appr¨ºtant ¨¤ attaquer ses victimes. Et si il ¨¦tait un chasseur, ses proies ¨¦taient les trois personnes situ¨¦s de l''autre c?t¨¦ de la table.
¨¤ ma droite, face ¨¤ la ?princesse? se tenait un homme d''une soixantaine d''ann¨¦e. Il avait des cheveux long et une toute aussi longue barbe grise. Il avait tout du vieux sage qu''on voit dans les films. Il semblait empreint d''une certaine s¨¦r¨¦nit¨¦. ¨¤ sa droite se tenait le plus grand et le plus massif des hommes que j''avais jamais vu. Il mesurait au moins deux m¨¨tre trente et devait peser dans les 300 kilos. Un vrai g¨¦ant qui dominait toute l''assembl¨¦ avec sa masse consid¨¦rable. Il portait un anneau brillant sur son majeur droit, d¡¯une taille ridiculement imposante. Son anneau pouvait sans doute me servir de bracelet sans aucun probl¨¨me. Il semblait ¨¤ l''oppos¨¦ de celui ¨¤ qui il faisait face, ?l''homme distingu¨¦?. Il ¨¦tait lui aussi calme et il arborait un regard tout aussi agressif, m¨ºme si je doutais que l¡¯homme en face ne puisse faire quoi que ce soit ¨¤ un homme qui avait l''air aussi puissant. La derni¨¨re personne de la table ¨¦tait une vieille femme, qui devait avoir au moins une soixantaine d''ann¨¦e. Malgr¨¦ son age, une force brute et une certaine sauvagerie semblait se d¨¦gager de son corps, et elle affichait un sourire provocateur au ? chasseur? qui lui faisait face.
Une ?princesse?, un ?vieux sage?, un ?homme distingu¨¦?, un ?g¨¦ant?, un ?chasseur? et une ?vieille femme?¡ Je ne comprenais strictement rien ¨¤ ce qu''il se passait, ¨¤ part que mes surnoms ¨¦taient un peu nuls.
Lorsque je finis par m¡¯arr¨ºter ¨¤ quelques m¨¨tre d''eux, ils se retourn¨¨rent vers moi. Une voix claire, douce et chaleureuse r¨¦sonna autour de moi.
-Pourquoi tu t¡¯arr¨ºtes?? Tu devrais nous rejoindre, Nils.
Le ?vieux sage? rebondit rapidement sur la phrase de la ?princesse?.
-Elle a raison, rejoins-nous et prends une chaise, jeune homme.
Je les ai regard¨¦ pendant quelques instants avec un air ¨¦berlu¨¦ et je finis par les rejoindre. Pendant que j''avan?ais, une septi¨¨me chaise apparut au bout de la table et je m''y assis, dans un silence bien trop inqui¨¦tant. Je ne pouvais m¡¯emp¨ºcher de me dire que je n¡¯avais jamais prononc¨¦ mon pr¨¦nom. Alors comment la jeune femme le connaissait-elle? Le vieil homme reprit rapidement.
-Nous sommes, je crois, tous ravis de vous rencontrer aujourd''hui, jeune homme.
-Euh¡ Je¡
Je ne savais pas quoi r¨¦pondre, toujours aussi perturb¨¦ de cette rencontre. Heureusement, la ? princesse ? me sauva en reprenant la parole.
-Je pense qu''il vaudrait mieux commencer par nous pr¨¦senter et par lui expliquer.This text was taken from Royal Road. Help the author by reading the original version there.
Sans laisser le temps aux autres de parler, le ? chasseur ? s''empressa de s''exprimer.
-Tr¨¨s bien, alors je vais me pr¨¦senter en premier, on me nomme Raowk, et je suis ce que les humains appellent un loup-garou, bien que je pr¨¦f¨¨re l''appellation ?Luga?.
Stup¨¦fait, je mis un certain temps ¨¤ comprendre ce qu''il disait. J''ouvris alors la bouche pour parler mais je fut interrompu par la ?vieille femme? qui m¡¯arr¨ºta d''un geste de la main:
-D''abord les pr¨¦sentations, puis les explications ! Je fais pour ma part partie d''un esp¨¨ce nomm¨¦ ? Chiga ?, ce que vous les humains appelleraient, si ils avaient connaissance de l''existence de mon esp¨¨ce, chien-garou. On m''appelle Kargana.
Imm¨¦diatement, le ?g¨¦ant? et ?l¡¯homme distingu¨¦? encha?n¨¨rent l¡¯un apr¨¨s l¡¯autre.
-Quand ¨¤ moi, je suis un Immortel, je fait aussi parti d''un peuple que les humains ne connaissent que peu. Pour faire simple, je suis tr¨¨s r¨¦sistant et je r¨¦cup¨¨re tr¨¨s vite. Je m''appelle Fa?r''Tas.
-Mon nom est Racaul, et je suis un Vampire.
Mon regard s¡¯¨¦carquilla alors qu¡¯un sourire pale et mena?ant d¨¦voilait deux canines pointues, marque, s¡¯il en est, de l¡¯esp¨¨ce ¨¤ laquelle il appartient.
-Un vampire!?
-Ne t''inqui¨¨te pas, je ne boirais pas ton sang, enfin pas tout de suite.
Il avait l¡¯air assez amus¨¦.
La ?princesse? f?t la suivante ¨¤ prendre la parole, vite suivie par le vieil homme:
-Je m''appelle Aylin et je suis une D¨¦mone.
-Tr¨¨s bien je vais donc finir les pr¨¦sentation je me nomme Karel et je suis un Ange.
-Que¡ Quoi? Je¡ Je ne comprends pas¡ C''est un r¨ºve c''est ?a? Ceci¡ n''est pas r¨¦el?
Je r¨¦pondis, surpris par leurs paroles, et me pin?ant le bras esp¨¦rant sortir de mon r¨ºve, m¨ºme si le simple fait d¡¯y penser me convainquait d¨¦j¨¤ de la v¨¦racit¨¦ de l¡¯instant. Karel ne se priva pas de me r¨¦pondre, un sourire aux l¨¨vres.
-Bien s?r que c''est un r¨ºve, mais pourquoi faudrait-il en conclure que ce n''est pas r¨¦el?
-Il faudrait tout lui expliquer, ce sera plus clair pour lui.
Racaul vint ¨¤ ma rescousse, et Kargana reprit la parole
-Oui¡ Qui veut le faire?
-Je vais m''en charger!
Karel r¨¦pondit rapidement, clairement bien trop heureux de s¡¯en occuper.
Il se retourna alors vers moi et commen?a ¨¤ parler:
-En fait, jeune homme, les humains ne sont pas les seuls habitants de cette plan¨¨te. En effet, il existe six autres races que l''on nomme les Sonen, plus quelques autres, mais ce n''est pas tr¨¨s important. Ces six races, les Sonen sont s¨¦par¨¦s en deux groupes, d''un c?t¨¦ la ?Lumi¨¨re?, si on peut appeler ?a comme ?a, et de l''autre les ?T¨¦n¨¨bres?. Comme tu l''as sans doute devin¨¦, les Anges, les Chigas et les Immortels sont la ?Lumi¨¨re?, tandis que les D¨¦mons, les Lugas et les Vampires sont les ?T¨¦n¨¨bres?.
-Mais et moi alors? Je suis un humain, non?
Aylin reprit, d¡¯une voix calme et assur¨¦.
-Toi, Nils, t''es un Changeur, un humain poss¨¦dant la capacit¨¦ de devenir membre d''une autre race.
-Un Changeur? Mais pourquoi¡
Karel s¡¯empressa de me r¨¦pondre.
-Pourquoi ton pouvoir s''active maintenant? Et bien, vois-tu, le pouvoir d''un Changeur s''active lorsqu''il subit un choc, physique ou ¨¦motionnel, voire les deux¡
-Un choc? Je n''ai pas subis de chocs?
-O¨´ est-tu, ¨¤ ton avis?
Raowk me demanda, ayant l¡¯air un peu triste.
-Euh¡ avec vous¡
-Il veut dire dans la vraie vie.
Kargana clarifia rapidement.
-Euh¡ j''¨¦tais¡ dans le bus, non?
Bizarrement, je n''¨¦tais pas du tout s?r de ce que je disais. Quelque chose de vague me revenait ¨¤ l''esprit. Je vis alors Aylin me regarder avec un air triste, encore plus que celui de Raowk.
-En fait, tu es ¨¤ l¡¯h?pital¡
-¨¤ l''h?pital? Mais qu''est-ce que je fais ¨¤ l''h?pital?
Le vieil Ange (?) me r¨¦pondit lentement, comme s¡¯adressant ¨¤ un enfant.
-Tu ne te souviens vraiment pas? .
-Non, je¡
C''est ¨¤ ce moment l¨¤ que quelque chose revint. Une ombre, du sang, des cris, et puis une intense douleur. Je sentis une larme couler sur ma joue.
-Je¡ J''¨¦tais avec ma classe¡ dans le bus¡ Je me souviens¡ Il y a eu une ombre¡ Elle avait une arme et elle a¡ elle a¡et les autres, le reste de ma classe, o¨´ sont-ils?
Korgana brisa tout mes espoirs.
-Tu es le seul survivant.
D''un coup, je fut submerg¨¦ par une immense tristesse. Alors ce que je pensais ¨¦tait vrai¡ Ils ¨¦taient tous morts, tous mes amis, toute ma classe. Stefan, Ed, Louis et tous les autres¡ Je ne les reverrais plus jamais.
-Mais comment¡ Qui¡
-Qui, bonne question, en fait il s''agit sans doute de l''un de ces ¨¦missaires des t¨¦n¨¨bres.
Karel avait un air agressif dans ses yeux, avec m¨ºme une certaine dose de haine, tourn¨¦e dans la direction d¡¯Aylin. Cette derni¨¨re, de glace, lui r¨¦pondit rapidement.
-Ne l''¨¦coute pas, il y a bien plus de chance que ce soit un de ces enfoir¨¦s de la lumi¨¨re qui ait fait le coup.
-Restez polie, Aylin, mais il faut que tu saches, jeune homme que c''est sans aucun doute un Sonen qui a fait le coup, pour te pousser ¨¤ ?changer?.
J''ai alors essuy¨¦ mes larmes avant de me retourner vers eux:
-C''est¡ un d''entre vous¡ qui a tu¨¦ mes amis?
Raowk s¡¯empressa de se d¨¦douaner, suivit par Kargana, puis par Fa?r-Tas et Racaul.
-C''est tr¨¨s probable, mais moi et mon peuple ne se seraient jamais abaiss¨¦s ¨¤ cela et nous ne somme de toute mani¨¨re pas suffisamment en manque d''hommes pour tuer une trentaine de personnes juste pour un Changeur.
-C''est le cas pour moi aussi, les Chigas sont les S?nen les plus nombreux.
-Je pense que tu l''aurais remarqu¨¦, si c''¨¦tait un Immortel qui avait fait ?a¡ Nous ne sommes pas particuli¨¨rement discret.
-Les vampires n''appr¨¦cient pas ¨¦norm¨¦ment la lumi¨¨re du soleil, c''est d''ailleurs presque la seule chose vrai dans ce qu''on raconte sur eux. L¡¯un des notre n¡¯aurait pas fait ?a en plein jour.
Aylin et Karel h¨¦sit¨¨rent tout les deux, avant de me r¨¦pondre aussi.
-Je n''ai malheureusement pas d''alibi ¨¤ te fournir, si ce n''est que nous, les D¨¦mons, ne faisons pas cela.
-Les Anges non plus.
-Je vois¡ Alors le coupable refuse d''admettre son crime¡ Et je dois choisir entre les six peuples en sachant que l''un d''entre vous a tu¨¦ mes amis¡ Mais au fait j''y pense, pourquoi ¨ºtes vous en conflit?
Aylin reprit son explication, dans une ambiance bien moins d¨¦tendue que juste avant.
-En fait, notre dispute concerne les humains, les T¨¦n¨¨bres veulent laisser les humains libre de vivre leur vie sans ¨ºtre confront¨¦e aux dangers du surnaturels, alors que la Lumi¨¨re veut transformer tout les humains en esclaves ¨¤ leur service.
Karel ne put se retenir et l¡¯interrompit.
-Cette d¨¦mone te ment, Nils, tout ce que nous voulons, c''est offir aux humains une opportunit¨¦ de batir un monde meilleur, sans guerres, sans maladies, sans probl¨¨me climatique¡ Alors que eux profitent de la faiblesse et de l''ignorance des humains pour les exploiter et les contr?ler.
Alors que Aylin et Raowk s¡¯appr¨ºtaient ¨¤ r¨¦agir violemment ¨¤ ces paroles et que Kargana et Fa?r''Tas hochaient la t¨ºte pour manifester leur soutien ¨¤ Karel, Racaul prit la parole :
-Nous ne sommes pas ici pour d¨¦battre de nos id¨¦es, mais pour que ce gar?on rejoignent un de nos peuples. Il va ¨ºtre temps de choisir, jeune homme, que veux-tu ¨ºtre?
-Mais¡ je¡ je suis oblig¨¦ de¡ choisir l¡¯un d¡¯entre vous? Je ne peux pas continuer ma vie comme avant? Redevenir humain?
-Il est trop tard pour ?a, jeune homme. Au moment o¨´ tu es apparu ici, ton destin ¨¦tait trac¨¦. Ni toi, ni aucun d¡¯entre nous ne pourrons sortir d¡¯ici avant que tu ais choisi un de nous six. Le temps s¡¯¨¦coule diff¨¦remment dans cet endroit.
-Mais pourquoi? Comment? Qui a d¨¦cid¨¦ ?a?
-C¡¯est juste comme ?a que sont les choses, gamin. Tu dois les accepter ainsi.
J¡¯¨¦tais compl¨¨tement terrifi¨¦ par leur demande . Je n''avais aucune id¨¦e de quel peuple choisir. Et si je faisais le mauvais choix ? Et si je choisissais ceux qui avait tu¨¦s mes amis ? J''essayais de me concentrer. Je ne voulais pas ¨ºtre un Chigas ou un Lugas. L''id¨¦e de me transformer en chien, o¨´ m¨ºme en loup, ne m¡¯int¨¦ressais pas vraiment. Un Vampire peut-¨ºtre¡ Non, je voulais pouvoir continuer de me balader au soleil sans cramer. En tout cas, pas question d''¨ºtre un Immortel, je n''avait pas vraiment le gabarit.
Ce qui ne laissait plus que les Anges et les D¨¦mons. Mais ils ¨¦taient ceux ayant le plus de chances d''avoir tuer mes amis. Je n''avais pas vraiment de mani¨¨re pour les d¨¦partage. Les argument pour ou contre leurs factions respectives ne m''atteignait pas vraiment. Je n''est jamais ¨¦t¨¦ particuli¨¨rement int¨¦ress¨¦ en politique et j''¨¦tais compl¨¦tement incapable de d¨¦m¨¦ler le vrai du faux dans leurs affiramations. Je ne pouvais pas dire qui avait raison et qui avait tort. En plus de tout ?a, je ne pouvais pas me concentrer, avec les images du sort de mes amis repassant en boucle dans ma t¨ºte, apportant chacune une bouff¨¦e de tristesse et de col¨¨re.
Alors que j''h¨¦sitais, je sentis un objet au fond de ma poche. Une poche. Quelle poche ? Je n''avais m¨ºme pas r¨¦alis¨¦ que j''avais des habits, ce qui ne m''emp¨¦chait pas d''¨ºtre reconnaissant pour ?a. Sans plus y penser, je saisis cet objet qui se r¨¦v¨¦la ¨ºtre une pi¨¨ce de monnaie. De dix centimes, pour ¨ºtre pr¨¦cis. Je souris alors qu''une id¨¦e me v?nt ¨¤ l''esprit. Et si je d¨¦cidais ?a ¨¤ Pile ou Face. Je faillis ¨¦clater de rire en voyant ma propre insouciance. Jouer le choix le plus important de ma vie ¨¤ Pile ou Face¡ Tr¨¨s bien, je vais le faire. Si c''est face, je serais un Ange et si c''est pile, je serais un D¨¦mon.
Et si jamais j¡¯apprenais que celui que j¡¯avais choisi ¨¦tait celui qui avait tu¨¦ mes amis, et bien, je les vengerais. Du mieux que je le pourrais, au moins.
Sous les yeux ¨¦bahis des Sonens me regardant, je lan?a ma pi¨¨ce en l''air.
Je la rattrapa et la retourna.
Pile.
C''est d¨¦cid¨¦, je serais un D¨¦mon.
...
...
Et si elle ¨¦tait tomb¨¦ sur face, que se serait-t-il pass¨¦?
Chapitre 1 : Le r茅veil
Un sentiment de puissance et d¡¯adr¨¦naline emplit mon corps. Une ¨¦nergie pure, brute et presque violente me traverse, partant de ma poitrine vers chacun de mes membres. Je me sens ¨¦lectris¨¦, renforc¨¦ de l¡¯int¨¦rieur par celle-ci. J¡¯ouvre les yeux brusquement, et je commence ¨¤ sentir comme un balancement tout autour de moi, ainsi que le bruit l¨¦ger d¡¯un moteur ¨¦lectrique. Je vois au-dessus de moi le toit bas d¡¯une petite camionnette dans laquelle je suis allong¨¦.
Je suis sur une couchette ressemblant ¨¤ un lit d¡¯h?pital, accroch¨¦ par des cordes, desquelles j''extrais facilement mes mains. Elles ¨¦taient probablement juste install¨¦es pour que je ne tombe pas en route. Je ne porte qu¡¯une simple blouse, blanche, et un cale?on que je peux sentir presser contre ma peau.
Deux personnes sont ¨¤ mes c?t¨¦s, deux filles d¡¯¨¤ peu pr¨¨s mon age. Je connais la premi¨¨re, cette jeune femme qui ¨¦tait dans mon r¨ºve. Son nom est Aylin, si j¡¯ai bien compris. En face d¡¯elle, une deuxi¨¨me fille est un peu pench¨¦e sur moi. Sa main est pos¨¦e sur ma poitrine, ¨¤ l¡¯endroit m¨ºme o¨´ j¡¯ai senti cette vague d¡¯¨¦nergie pure, indescriptible, rentrer dans mon torse. Elle a l¡¯air ¨¤ peine plus jeune qu¡¯Aylin, elle doit donc avoir ¨¤ peu pr¨¨s mon age. Elle ne d¨¦gage pas la m¨ºme sensation d¡¯autorit¨¦ et de majest¨¦ que cette derni¨¨re, mais elle est tout aussi impressionnante. Ses longs cheveux bruns descendent et ondulent dans son dos, et elle arbore une petite cicatrice en-dessous de son ?il gauche, qui, combin¨¦ avec son grand sourire, d¨¦gage une ¨¦trange image de puissance et de f¨¦rocit¨¦ assez impressionnante pour une fille un peu plus petite que moi.
J¡¯ouvre la bouche ¨¤ plusieurs reprises sans savoir quoi dire pendant que les deux filles me regardent, tel un poisson bloqu¨¦ dans un aquarium, mais je finis par me concentrer et me reprendre suffisamment pour leur adresser la parole.
-Qu¡¯est ce qu¡¯il¡ Ah. Mon r¨ºve¡ ce n¡¯¨¦tait pas vraiment un r¨ºve, c¡¯est ?a ?
La deuxi¨¨me fille l¨¨ve sa main de ma poitrine et regarde Aylin, qui n¡¯attend pas longtemps avant de prendre la parole.
-Non, ce n¡¯¨¦tait pas un r¨ºve, Nils. C¡¯¨¦tait la r¨¦alit¨¦, et tu es maintenant un D¨¦mon, tout comme nous.
Sa voix semble diff¨¦rente, plus r¨¦elle, moins fantomatique. Un millier de questions se bousculent dans ma t¨ºte. O¨´ suis-je ? Qui sont-ils r¨¦ellement ? Toutes ces histoires d¡¯anges et de d¨¦mons ¨¦taient donc vrai ?
Cependant, avant que je n¡¯ai eu le temps de poser la moindre de ces questions, Aylin commence ¨¤ r¨¦pondre ¨¤ certaine d¡¯entre elle.
-Je n¡¯ai pas vraiment eu le temps de me pr¨¦senter durant ton r¨ºve. Je m¡¯appelle Aylin Valara, fille unique de Vassago, un des lieutenants de l¡¯arm¨¦e des enfers. Et voici, dit-elle en pointant du doigt la jeune fille en face d¡¯elle, Sahana Kara, mon amie et garde du corps. Nous t¡¯amenons ¨¤ notre QG, au centre ville de Valiute, o¨´ tu pourras rencontrer tout les membres de notre groupe.
Valiute¡ ce nom me dit quelque chose. Je crois que c¡¯est une ville du nord de la France, pr¨¨s de Lille. C¡¯est une assez grosse ville, mais je n¡¯y suis jamais all¨¦. Mais avant de me disperser, il y a une question que je dois poser.
-Alors mes amis¡ ceux qui ¨¦taient dans ma classe¡ ils sont vraiment¡
Je finis par me taire alors que je croise le regard grave d¡¯Aylin et son petit hochement de t¨ºte. Elle pose sa main sur mon avant-bras, comme pour me soutenir. Sahana, elle, ¨¦vite mon regard, regardant au loin, sans doute g¨ºn¨¦e par ce genre de moment.
Et dans un ¨¦clair de souffrance, tout me revient. Je me souviens du bus qui s¡¯¨¦tait arr¨ºt¨¦ au milieu de la route, du chauffeur qui s¡¯¨¦tait effondr¨¦ sous mes yeux, son corps presque d¨¦coup¨¦ en deux par une ¨¦p¨¦e large ensanglant¨¦e. Les cris, les pleurs, les portes du bus qui refusaient de s¡¯ouvrir et tout les autres qui se faisaient massacrer, comme de vulgaires b¨ºtes, tout autour de moi. Ceux qui avaient tent¨¦s de r¨¦pliquer. Deux de mes amis, Louis et Ed, s¡¯¨¦taient jet¨¦s sur l¡¯¨ºtre. Envelopp¨¦ dans une cape pourpre duquel ne d¨¦passait qu¡¯un masque blanc, sans yeux ou bouche, celui-ci progressait m¨¦thodiquement, plantant son ¨¦p¨¦e de mani¨¨re bien trop calme et calcul¨¦e dans les corps des jeunes lyc¨¦ens, s¡¯assurant bien de leur mort.
Lorsque mes deux amis l¡¯ont attaqu¨¦, il les a rejet¨¦s violemment vers l¡¯arri¨¨re du bus, o¨´ ils ont percut¨¦ les vitres arri¨¨res dans un grand fracas. Dans la panique, je me suis jet¨¦ sur une des boites contenant un marteau pour briser les vitres du bus, j¡¯ai saisi l¡¯objet, alors que le monstre continuait ¨¤ avancer, silencieusement, et que tout les autres s¡¯effondraient dans la douleur et les cris. Tout autour de nous, plusieurs alarmes r¨¦sonnaient, ajoutant toujours plus de chaos. Une voix robotique, presque surr¨¦elle, d¨¦crivait les nombreux probl¨¨mes des syst¨¨mes du bus. Les coups ¨¦taient si puissants qu¡¯ils tranchaient sans ralentir un seul instant ¨¤ travers les si¨¨ges des fauteuils. Il ¨¦tait d¨¦j¨¤ arriver ¨¤ la moiti¨¦ du bus, et les gens commen?aient ¨¤ pousser vers le fond, s¡¯¨¦loignant de toute issue. Stefan, mon meilleur ami, s¡¯¨¦tait mis ¨¤ c?t¨¦ de moi, et emp¨ºchaient les gens de trop me bousculer. J¡¯ai saisi le marteau, et j¡¯ai frapp¨¦ de toute mes forces sur la vitre, qui affichait une image montrant qu¡¯il s¡¯agissait d¡¯une vitre brisable. Sous la puissance de l¡¯impact, ma seule issue m¡¯a ¨¦chapp¨¦e des mains, et est tomb¨¦e sur le fauteuil au dessus duquel je me tenais. Mes yeux se sont ¨¦carquill¨¦s alors qu¡¯une sensation de d¨¦sespoir s¡¯emparait de plus en plus de mon esprit. Au moment o¨´ le marteau avait touch¨¦ la vitre, un esp¨¨ce de flash lumineux m¡¯avait aveugl¨¦. Il avait repouss¨¦ mon coup, et la vitre ¨¦tait rest¨¦ intacte, comme intouch¨¦e.The narrative has been taken without authorization; if you see it on Amazon, report the incident.
Les quelques personnes, qui, dans leur panique, m¡¯avait vu essay¨¦ de briser la vitre et s¡¯¨¦tait amalgam¨¦s autour de moi me fix¨¨rent tous pendant une fraction de seconde, leur col¨¨re, leur haine, leur d¨¦sespoir et leur peur me transper?ant, comme autant de lames plant¨¦es dans mon corps. Et ¨¤ ce moment, l¡¯¨¦p¨¦e longue s¡¯abattit. Et plusieurs personnes s¡¯effondr¨¨rent, dans des cris de peur et de douleur, implorant la merci du d¨¦mon qui nous surplombait. Mais son bras ne faiblit pas, et les coups continu¨¨rent de pleuvoir. ¨¤ partir de l¨¤, mes souvenirs sont confus, trop confus. Je me souviens de Stefan hurlant, prenant le marteau dans ses mains, alors que je restait immobile, acceptant mon destin. Je me souviens du bruit des sir¨¨nes de la police, et du moteur des drones se rapprochant ¨¤ toute vitesse. Je me souviens de la douleur dans ma poitrine, alors que je m¡¯effondrait, que cette ¨¦p¨¦e sanguinaire r¨¦clamait une nouvelle vie.
En levant ma main jusqu¡¯¨¤ la poitrine, je sens imm¨¦diatement une irr¨¦gularit¨¦ sur ma peau, une longue ligne qui ressort, et la douleur qui vient avec mon toucher. Je r¨¦ussis ¨¤ baisser mon regard, malgr¨¦ les larmes que je retient difficilement, et je voit, ¨¤ l¡¯emplacement de mon c?ur, une balafre blanchatre, compl¨¨tement cicatris¨¦e.
Je sens une larme solitaire couler sur ma joue. Je repense ¨¤ eux, ¨¤ mes amis, ¨¤ tout ces gens que j¡¯ai connu, et qui sont morts. ¨¤ cette attaque. Et je me promets d¡¯honorer leur m¨¦moire. Je retrouverais celui qui les as tu¨¦s, et je les vengerais.
Les quelques minutes qui suivent sont tr¨¨s silencieuses, aucun de nous trois ne dit quoi que ce soit. Je pense qu¡¯Aylin et Sahana comprennent que j¡¯ai besoin de silence, pour r¨¦fl¨¦chir.
Je ne cesse de me demander si j¡¯avais pu faire quelque chose. Si j¡¯avais r¨¦ussit ¨¤ briser la vitre, aurais-je pu les sauver ? Je ne sais pas, et cette ignorance me d¨¦vore de l¡¯int¨¦rieur. Lorsque j¡¯ai frapp¨¦ avec le marteau¡ Cette lumi¨¨re¡ Elle doit ¨ºtre magique, donc peut-¨ºtre que si je d¨¦couvre quelle magie fait ?a, je pourrais retrouver l¡¯assassin de mes amis.
Perdu dans mes d¨¦lires de vengeance, mon cerveau commence ¨¤ s¡¯engourdir, et je plonge rapidement une nouvelle fois dans les t¨¦n¨¨bres d¡¯un long sommeil sans r¨ºve.
* * *
Je me r¨¦veille un peu plus tard dans un lit bien plus confortable que la couche d¡¯h?pital dans laquelle je me suis endormi. Je suis emmitoufl¨¦ dans une couette molle et mon dos est enfonc¨¦ profond¨¦ment dans le matelas sur lequel je suis allong¨¦. Je remarque imm¨¦diatement que je suis compl¨¨tement nu. Un rapide regard autour de la salle me rassure cependant. Je suis seul, dans cette petite chambre centr¨¦e autour du lit deux places dans lequel j¡¯ai passer la nuit. Ou la journ¨¦e. Je n¡¯en sais rien, honn¨ºtement. Sur les murs, la tapisserie grise semble avoir ¨¦t¨¦ pos¨¦e quelques heures avant mon arriv¨¦e, et les quelques meubles, une penderie, deux ¨¦tag¨¨res et un bureau, n¡¯ont pas l¡¯air plus ancien. Sur une chaise pos¨¦e ¨¤ c?t¨¦ de mon lit, je peut voir des habits assez commun, un jean noir, des chaussettes, un cale?on, et un t-shirt tout aussi sombres. Je me l¨¨ve et m¡¯habille rapidement, avant de me rapprocher de la fen¨ºtre situ¨¦e en face du lit, ¨¤ travers laquelle je peut enfin apercevoir quelque chose.
La lumi¨¨re du jour qui vient du soleil levant ¨¦claire l¨¦g¨¨rement quelques arbres surplombant un jardin assez grand, bord¨¦ de chaque c?t¨¦ par un mur de 3 m¨¨tres de haut. Je suis au deuxi¨¨me ¨¦tage, et ma position sur¨¦lev¨¦e me permet d¡¯apercevoir les rues qui bordent un des c?t¨¦s du mur. L¡¯activit¨¦ et les buildings qui s¡¯¨¦tendent ¨¤ perte de vue m¡¯indiquent que nous sommes sans doute au centre ville de Valiute, donc dans le fameux QG d¡¯Aylin. Ces immeubles d¨¦peignent une sc¨¨ne surr¨¦elle, que je ne peux qu¡¯imaginer, de cette maison ¨¤ l''air ancienne au milieu des tours noirs et lumineuses modernes. De ce jardin immacul¨¦ dans cet oc¨¦an de technologie, survol¨¦ ¨¤ chaque instant par un drone diff¨¦rent.
En parlant de modernit¨¦, je sens une inqui¨¦tude monter en moi. Je touche mes poches et commence ¨¤ fouiller la chambre, un peu paniqu¨¦, presque submerg¨¦ par ce moment d¡¯angoisse pourtant si familier, avant de tomber sur mon t¨¦l¨¦phone, tranquillement pos¨¦ sur une plaque. Je l¡¯ouvre, et v¨¦rifie s¡¯il est charg¨¦ ¨¤ bloc. L¡¯¨¦cran se d¨¦plie, et l¡¯ic?ne de la batterie pleine, tout comme ces quatre symboles, 100 %, me rassure rapidement. Avant de pouvoir l¡¯¨¦tudier plus en d¨¦tail pour v¨¦rifier si quoi que ce soit a chang¨¦, j¡¯entends toquer ¨¤ la porte.
Je me retourne vers celle-ci, h¨¦sitant ¨¤ r¨¦pondre ¨¤ la personne qui vient de toquer. Je suis convaincu qu¡¯il doit s¡¯agir d¡¯Aylin, ou peut-¨ºtre de Sahana, mais la voix grave et masculine d¡¯un homme ag¨¦ me contredit quelques secondes apr¨¨s.
-Monsieur Nocquat, puis-je entrer ?
Surpris par cette voix, je r¨¦ponds sans m¨ºme y r¨¦fl¨¦chir.
-Oui, oui, rentrez.
La porte s¡¯ouvre quasi imm¨¦diatement, et je suis salu¨¦ par un homme d¡¯une soixante d¡¯ann¨¦e, dont le visage couvert de rides et les cheveux blancs n¡¯ont pas r¨¦duit un instant la pr¨¦sence et le charisme. Il est petit, bien plus que moi, mais se tient droit et fier et arbore ce qui ne peut ¨ºtre qu¡¯un habit de majordome. Il rentre dans la pi¨¨ce silencieusement et, alors qu¡¯il refait le lit, m¡¯adresse une nouvelle fois la parole.
-Vos camarades vous attendent en bas, au rez-de-chauss¨¦. Ils seront ravis de vous rencontrer.
Toujours aussi impressionn¨¦ par l¡¯homme, je hoche la t¨ºte et quitte la salle silencieusement, pour me retrouver devant un grand escalier, avec deux voies montantes au centre et une descendante sur chacun des c?t¨¦s. L¡¯endroit est tr¨¨s classieux et d¨¦gage toujours cet aspect un peu ancien, comme sorti tout droit d¡¯un mus¨¦e ou d¡¯une s¨¦rie. Le sol est en marbre et des grands tapis en recouvrent une bonne partie. Je descend les marches silencieusement et traverse les ¨¦tages jusqu¡¯au rez-de-chauss¨¦, sans r¨¦ellement savoir o¨´ ce chemin m¡¯am¨¨nera. En bas, je fais face ¨¤ un grand hall et ¨¤ une grande porte en bois, qui doit mener ¨¤ l¡¯ext¨¦rieur, comme l¡¯indiquent les larges fen¨ºtres la bordant des deux c?t¨¦s.
¨¤ ma gauche et ¨¤ ma droite, deux portes plus petites donnent acc¨¨s ¨¤ d¡¯autres parties du batiment, qui me fait de plus en plus penser ¨¤ un v¨¦ritable manoir. L¡¯affirmation du vieil ange selon lequel les d¨¦mons profitent des humains ¨¤ sans doute au moins une part de v¨¦rit¨¦, au vu de cet endroit. Le fait que rien ne soit automatis¨¦, et l¡¯absence ¨¦vidente d¡¯HI me perturbe, mais en m¨ºme temps, je me dis que magie et technologie ne fonctionne probablement pas si bien ensemble.
Une des portes est orn¨¦ d¡¯un petit ¨¦criteau indiquant la mention ¡®salon¡¯. Si ces ¡®camarades¡¯ m¡¯attendent, c¡¯est tr¨¨s probablement ici qu¡¯ils se trouvent. Je prends une grande inspiration, encore h¨¦sitant, mais je me rassure. Je n¡¯ai pas surv¨¦cu ¨¤ tout ?a pour rien. Je vais tout faire pour devenir puissant, suffisamment pour venger mes amis, et ?a commence ici, dans cette salle devant moi.
Les D¨¦mons n¡¯ont pas l¡¯air mauvais, en tout cas ceux que j¡¯ai rencontr¨¦ jusqu¡¯¨¤ maintenant, Aylin et Sahana, contrairement ¨¤ ce que le terme d¨¦mon sous-entend. Je me dois de leur laisser une chance, et de toute fa?on, j¡¯en suis un aussi maintenant, alors je n¡¯ai pas vraiment le choix.
Je dois faire face, rencontrer ces gens.
Je m¡¯avance vers la porte et saisit la poign¨¦e. Je souffle une derni¨¨re fois, et l¡¯ouvre en grand.
Je suis pr¨ºt.
Chapitre 2 : Les D茅mons
Je pousse lentement la porte du salon, qui me semble lourde et peu maniable, et je me retrouve devant un groupe surprenamment vari¨¦ de personne.
Je reconnais imm¨¦diatement Aylin au milieu de la pi¨¨ce, assise sur un fauteuil, en train de boire une boisson de couleur orang¨¦ dans une ¨¦cocup portant une inscription que je ne peux pas d¨¦chiffrer, ainsi qu¡¯une image d¡¯aile de chauve-souris, ce qui ne peut que me rappeler l¡¯absurdit¨¦ de la situation, et le fait que je me trouve en ce moment-m¨ºme face ¨¤ des d¨¦mons, des cr¨¦atures mythiques sortit tout droit de quelques anciens livres religieux en lesquels je ne croyais m¨ºme pas, en tout cas pas avant mon accident, et le caract¨¨re trop ¡®normal¡¯, presque humain de ces ¨ºtres me fait toujours quelque peu garder mes doutes au sujet d¡¯une entit¨¦ supr¨ºme ayant cr¨¦¨¦ notre monde.
Pour ¨¦viter de continuer ¨¤ me perdre dans des consid¨¦ration m¨¦taphysiques avant m¨ºme d¡¯avoir eu une explication d¨¦taill¨¦e de la situation, je me d¨¦cide de me re-concentrer sur la pi¨¨ce.
Celle-ci porte bien son nom de salon. Une grande table basse y est pos¨¦ en plein milieu, entour¨¦ de quatre fauteuils, et deux canap¨¦s, tous orient¨¦s, au moins l¨¦g¨¨rement, vers l¡¯¨¦cran de t¨¦l¨¦vision accroch¨¦ au mur. Surprenamment, c¡¯est un assez vieux mod¨¨le, ¨¤ priori sans projecteur holographique, m¨ºme si j¡¯y reconnais le sigle FORGE dessus, celui de la compagnie de technologie la plus riche et puissante du monde. C¡¯est assez dr?le, en un sens, que les d¨¦mons utilisent la m¨ºme technologie que les humains.
En parlant de d¨¦mon, la pi¨¨ce n¡¯est pas vide. En plus d¡¯Aylin, qui est toujours assise dans son fauteuil, et qui l¨¨ve ses yeux dans ma direction, pendant que mon regard survole la pi¨¨ce, deux autres personnes se partage un des canap¨¦s, tandis que Sahana, la fille qui accompagnait Aylin, et qui m¡¯a soign¨¦e, est ¨¤ moiti¨¦ allong¨¦ sur un autre.
Les deux hommes qui partagent le premier canap¨¦ (ou plut?t les deux g¨¦ants, je n¡¯arrive pas ¨¤ comprendre comment ils tiennent ¨¤ deux dessus) sont, comme je viens de le dire, des vrais armoires ¨¤ glace. Ils font tout les deux plus de deux m¨¨tres de haut, et presque autant de large, et arborent une certaine f¨¦rocit¨¦ qui n¡¯est pas sans me rappeler celle de l¡¯homme qui s¡¯¨¦tait pr¨¦sent¨¦ comme un Luga (loup-garou ? ) dans mon r¨ºve. Malgr¨¦ leur taille impressionnantes, les deux colosses ne semblent pas beaucoup plus vieux que moi. Ils se ressemblent comme deux gouttes d¡¯eau, avec les m¨ºmes longs cheveux bruns, et la barbe bien fournie de la m¨ºme couleur. Un d¡¯entre eux regarde avec attention une vid¨¦o, (ou un live ? ) sur l¡¯¨¦cran de t¨¦l¨¦vision comme le souligne clairement l¡¯interface facilement identifiable de Deblike, et les contours rouge et violet de la vid¨¦o, pr¨¦sent¨¦ par un Debliker qui m¡¯est compl¨¨tement inconnu. L¡¯autre fr¨¨re, car ils ne peuvent pas ¨ºtre autre chose que des jumeaux, me regarde attentivement depuis que j¡¯ai ouvert la porte, et semble ¨ºtre pr¨ºt ¨¤ bondir sur ses jambes au moindre signe suspect de ma part.
Sahana, elle, tient son t¨¦l¨¦phone dans sa main, et me d¨¦visage de sa position ¨¤ moiti¨¦ allong¨¦ (ce qui doit ¨ºtre un peu p¨¦nible, car elle est presque dos ¨¤ moi), avec, ¨¤ ce que je peux deviner, un peu de curiosit¨¦.
Alors que j¡¯h¨¦site encore pour choisir la bonne mani¨¨re d¡¯entamer la conversation, Aylin prends la parole.
-Ah, Nils, tu es enfin r¨¦veill¨¦. Tu te sens mieux maintenant ?
Elle a sur son visage un air interrogatif sinc¨¨re, et semble se soucier vraiment de ma sant¨¦, donc je me d¨¦p¨ºche de la rassurer sur mon ¨¦tat.
-Je vais bien, je me sens beaucoup mieux apr¨¨s un peu de sommeil, et merci aussi pour le soin. Un homme m¡¯a dit de venir ici ?
Je sais bien que son intention en me posant cette question concerne plus mes blessures mentales que physiques, mais je sens aussi que c¡¯est un terrain sur lequel je ne pr¨¦f¨¦re pas me risquer pour l¡¯instant, donc je me contente d¡¯une rapide r¨¦ponse, d¡¯un remerciement dirig¨¦ ¨¤ Sahana, qui semble s¡¯¨ºtre occup¨¦e de la majorit¨¦ du soin, avant de changer le sujet.
Aylin semble avoir compris ma r¨¦ticence ¨¤ propos de ce qui m¡¯est arriv¨¦ dans le bus, au moins pour l¡¯instant, et apr¨¨s un petit regard compatissant, r¨¦pond ¨¤ mon interrogation.
-Ah, tu as rencontr¨¦ Ovaalar. Tu auras sans doute beaucoup d¡¯occasions de le croiser, c¡¯est le majordome de cet endroit depuis des si¨¨cles maintenant. D¡¯ailleurs, il serait peut-¨ºtre temps que je fasse les pr¨¦sentation.
Je hoche la t¨ºte en r¨¦ponse ¨¤ ce qui ne semble pas vraiment ¨ºtre une question, et Aylin continue de parler, en se tournant vers les autres personnes dans la pi¨¨ce. Le deuxi¨¨me colosse, celui qui regardait une vid¨¦o, d¨¦tourne son attention de celle-ci et se retourne lui-aussi vers moi, alors que l¡¯autre semble s¡¯¨ºtre un peu relax¨¦, et moins pr¨ºt ¨¤ me sauter dessus.
-Tu as d¨¦j¨¤ rencontr¨¦ Sahana hier, donc je ne te la repr¨¦sente pas.
L¡¯int¨¦ress¨¦e me fait un signe de la main pour me saluer, auquel je r¨¦ponds par un sourire et un hochement de t¨ºte.
-Et voici Mayaal, ¨¤ gauche, et Warukunar, ¨¤ droite. Ce sont deux fr¨¨re jumeau, si jamais tu n¡¯avais pas encore remarqu¨¦.
En voyant son petit sourire amus¨¦ alors qu¡¯elle explique cela, je lui r¨¦ponds sur le m¨ºme ton.
-?a m¡¯aurait presque ¨¦chapp¨¦ ! Enchant¨¦, je suis Nils.
J¡¯h¨¦site un petit peu sur ce que je devrais rajouter ¨¤ cela, mais le duo ne me laisse pas le temps, et l¡¯un d¡¯entre eux, ( Warukunar ? ) me r¨¦ponds, d¡¯une voix roque et basse, comme le grognement d¡¯un ¨¦norme chien.
-Enchant¨¦ aussi, Nils. Bienvenue dans le clan Valara.
Mayaal n¡¯ajoute rien de plus, mais il hoche la t¨ºte de mani¨¨re ¨¤ me signifier clairement qu¡¯il est d¡¯accord avec son fr¨¨re, et c¡¯est la voix douce d¡¯Aylin qui vient briser les quelques secondes de silence.This tale has been unlawfully lifted from Royal Road. If you spot it on Amazon, please report it.
-La majorit¨¦ des membres du clan sont en balade ou occup¨¦s ¨¤ cette heure ci de la journ¨¦e, donc je te les pr¨¦senterait plus tard. Mais c¡¯est l¡¯occasion parfaite pour t¡¯en raconter un peu plus sur le fonctionnement de notre petit groupe, donc viens t¡¯asseoir ici.
Tout en me disant ?a, elle tapote le fauteuil presque en face du sien, qui est pos¨¦ ¨¤ c?t¨¦ du canap¨¦ occup¨¦ par Sahana. Je me dirige presque m¨¦caniquement vers celui-ci et m¡¯assoit lentement dessus, m¨ºme si j¡¯ai un peu du mal ¨¤ me relaxer dedans tant que je n¡¯ai pas un peu mieux compris tout ce qui se passe ici.
Aylin m¡¯observe silencieusement pendant une poign¨¦e de secondes, alors que les trois autres d¨¦mons reprennent tous leurs activit¨¦s et se d¨¦sint¨¦ressent de nous.
La jeune fille se d¨¦cide enfin ¨¤ prendre la parole.
-Je suis une d¨¦mone sup¨¦rieure, fille d¡¯un des seigneurs d¨¦mons, et j¡¯ai donc la possibilit¨¦, ou plut?t l¡¯obligation, de fonder un clan de d¨¦mon, qui seront mes servants. Tu es maintenant l¡¯un d¡¯entre eux.
Cette r¨¦v¨¦lation me choque un petit peu. Ce fonctionnement f¨¦odal, qui semble compl¨¨tement archa?que, me semble tr¨¨s diff¨¦rent de l¡¯impression que j¡¯avais des d¨¦mons, eux qui revendiquent la libert¨¦ et l¡¯ind¨¦pendance. Ais-je fais le bon choix, en devenant l¡¯esclave volontaire d¡¯une inconnue ? Mes questionnements et mes doutes doivent ¨ºtre assez visible sur mon visage, ou Aylin particuli¨¨rement dou¨¦ pour analyser les gens, car elle reprit rapidement la parole pour r¨¦pondre ¨¤ quelques unes de mes interrogations, avant m¨ºme que je n¡¯ai eu le temps de les formuler.
-Ne t¡¯inqui¨¨te pas, ?a ne veut pas dire que tu es mon esclave ¨¦ternel, ni que tu es oblig¨¦ de faire tout ce que je te demande. En r¨¦alit¨¦, c¡¯est plus un contrat, un accord mutuel entre nous deux. Tu acceptes de me prot¨¦ger, de tout faire pour prot¨¦ger notre clan, et d¡¯aider les autres membres, et en ¨¦change, je te fournis logement, nourriture et ¨¦ducation. Et lorsque le temps qui m¡¯est laiss¨¦ pour former mon clan est ¨¦coul¨¦, ce qui a peu de chances d¡¯arriver avant une d¨¦cennie ou deux, tu seras libre de rester ou de partir. La loyaut¨¦ et la fid¨¦lit¨¦ sont bien trop importants dans un clan pour qu¡¯on puisse forcer quelqu¡¯un ¨¤ en ¨ºtre membre.
-?a me rassure, donc, si j¡¯ai bien compris, on s¡¯occupe de moi en ¨¦change d¡¯une possible loyaut¨¦ future ?
Elle rit une nouvelle fois en entendant ma r¨¦ponse. Elle semnle particuli¨¨rement amus¨¦e par la mani¨¨re dont j''ai traduit son explication. Apr¨¨s un petit temps, elle reprend, sans se d¨¦barasser de son sourire.
-Tu as bien compris, en effet. Pour l¡¯instant, mon clan comporte huit membres, en te comptant. Tu as d¨¦j¨¤ rencontr¨¦ Sahana, Mayaal et Warukunar, il y a de plus deux autres d¨¦mons d¡¯origine d¨¦moniaque, Otukk et Narase, ainsi que deux autres anciens Changeurs, Louis et Marie. Tous sont l¨¤ depuis au moins deux ans, quand Narase nous a rejoint, donc j¡¯esp¨¨re que tu n¡¯auras pas trop de probl¨¨me ¨¤ t¡¯int¨¦grer dans le groupe. Ils t¡¯aideront tous, et seront tous amicaux avec toi, donc n¡¯h¨¦site pas ¨¤ leur demander conseil si tu doutes de quelque chose.
-D¡¯accord. Merci, de m¡¯avoir accueilli. J¡¯esp¨¨re que j¡¯ai fait la bonne d¨¦cision.
-Je suis s?re que tu ne t¡¯es pas tromp¨¦ en nous rejoignant.
Apr¨¨s ces quelques mots, et un sourire chaleureux de la part d¡¯Aylin, elle reprit dans sa main un livre que je n¡¯avais m¨ºme pas vu jusqu¡¯¨¤ maintenant, qui ¨¦tait pos¨¦ sur le si¨¨ge ¨¤ c?t¨¦ d¡¯elle. Son titre Les mille et un clans et leur histoire, ne m¡¯¨¦voque rien, mais si je dois deviner, c¡¯est probablement un livre sur les d¨¦mons, donc il y a assez peu de chances de le retrouver dans une boutique traditionnelle. La seule pr¨¦sence de ce livre est d¡¯ailleurs assez surprenante, et une fois de plus, je remarque que les d¨¦mons semble vivre dans le pass¨¦, entre leur maison, assez ancienne, leur syst¨¨me hi¨¦rarchique, et la lecture de livre papier. Il ne doit pas rester plus d¡¯une dizaine de librairies non num¨¦riques dans toute la France !
Je profite de cet instant de silence pour repenser un petit peu ¨¤ tout ce qui s¡¯est pass¨¦. J¡¯ai toujours la sensation d¡¯avoir fait un choix aussi d¨¦cisif de ma vie sur un coup de t¨ºte, sans y avoir vraiment pens¨¦. Certes, je n¡¯ai pas vraiment eu le temps de prendre une d¨¦cision m?rement r¨¦fl¨¦chi, et je me connais assez bien pour savoir que parfois, mon ind¨¦cision est un probl¨¨me, mais d¨¦cider ?a ¨¤ pile ou face ! C¡¯¨¦tait sans doute stupide.
Au moins, la pi¨¨ce semble ¨ºtre avec moi. Malgr¨¦ leur mani¨¨res assez vieillottes, je partage plus les id¨¦es des d¨¦mons que celle des anges. En tout cas, le principe de libert¨¦ me semble plus attirant que celui d¡¯une humanit¨¦ en esclavage permanent, m¨ºme si une solution facile aux probl¨¨mes du monde est une offre difficilement refusable.
Je me demande un petit peu comment le monde fonctionne r¨¦ellement. Est-ce que les gouvernements savent ? Est-ce qu¡¯ils ont un positionnement, un avis sur le sujet ? Est-ce qu¡¯ils sont contr?l¨¦s dans l¡¯ombre par un des deux camps, voire les deux ? Ma cha?ne de pens¨¦e est arr¨ºt¨¦e nette quand je sens une main tapoter mon ¨¦paule.
Je tourne la t¨ºte, interrogateur, et je vois Sahana en train de se lever silencieusement. Elle range son t¨¦l¨¦phone, et s¡¯¨¦tire un petit peu, j''attends silencieusement qu''elle finnisse et elle prend la parole quelques secondes plus tard.
-Tu veux que je te fasse visiter ?
Un peu d¨¦sar?onn¨¦ par cet proposition soudaine, je ne prends cependant pas vraiment le temps de r¨¦fl¨¦chir, et lui r¨¦ponds quasi imm¨¦diatement.
-Ouais, ce serait sympa ! Merci !
-Ne commence pas ¨¤ me remercier pour tout et pour rien, l¡¯entraide est importante ici, donc aider les autres est normal.
-D¡¯accord. Tant mieux, ?a va me rendre la vie un peu plus facile !
Je retiens difficilement un autre merci. Je sais que j¡¯ai parfois tendance ¨¤ trop remercier les gens, et ¨¤ trop m¡¯excuser, et je ne suis pas encore assez ¨¤ l¡¯aise dans ce groupe pour passer ¨¤ un langage plus familier. Sahana semble remarquer mon effort, car elle me r¨¦pond avec un sourire amus¨¦, avant de me montrer la porte par laquelle je suis rentr¨¦.
-C¡¯est par l¨¤, la visite va commencer, ne ratez pas le d¨¦part.
Chapitre 3 : Exploration
La maison des d¨¦mons est juste¡ immense. ?a fait presque quinze minutes que Sahana me montre les pi¨¨ces une par une, de l¡¯unique salle ¨¤ manger aux nombreux salons et salles de bains, et il reste encore des ailes enti¨¨res que je n¡¯ai m¨ºme pas aper?ue. Tout est dans un style assez ancien, mais enti¨¨rement r¨¦nov¨¦ et avec une sensation de ¡®comme neuf¡¯, qui vient me perturber toujours plus.
Le gars de tout ¨¤ l¡¯heure, Ovaalak ? S¡¯il s¡¯occupe tout seul de cet endroit, son travail est assez incroyable. Tout est vraiment impeccablement nettoy¨¦, et j¡¯ai parfois l¡¯impression d¡¯¨ºtre le premier ¨¤ d¨¦couvrir ces pi¨¨ces.
¨¦videmment, mon admiration n¡¯a pas ¨¦chapp¨¦e ¨¤ Sahana, qui m¡¯a ensuite expliqu¨¦e que la magie aidait beaucoup pour ce genre de taches. Ce qui m¡¯a beaucoup intrigu¨¦. De la magie ? C¡¯est vrai qu¡¯Aylin et le vieil ange en avaient parl¨¦, dans mon r¨ºve. Il faudra d¡¯ailleurs aussi que je me renseigne ¨¤ ce sujet, si anges, d¨¦mons et autres ¨ºtres surnaturels peuvent venir squatter mes r¨ºves, j¡¯aimerais le savoir.
Et c¡¯¨¦tait d¡¯ailleurs probablement de la magie aussi, qui m¡¯a permis de gu¨¦rir aussi vite de ma blessure ¨¤ la poitrine. De le magie utilis¨¦e par Sahana ? Elle avait la main pos¨¦e sur ma poitrine quand je me suis r¨¦veill¨¦ dans la voiture.
Je la suis dans le couloir suivant, celui qui nous am¨¨ne aux chambres lorsque j¡¯interromps ses explications pour la remercier de ce moment.
-Au fait, je sais que tu m¡¯a dis de ne plus te remercier, mais je viens de me rappeler qu¡¯en venant ici¡ c¡¯est toi qui m¡¯a soign¨¦. Donc merci, une derni¨¨re fois.
Elle me jeta un regard d¡¯abord un peu d¨¦sapprobateur, mais surtout amus¨¦, avant de me r¨¦pondre.
-Tes capacit¨¦s r¨¦g¨¦n¨¦ratives ont fait le plus gros du boulot, je n¡¯ai fait que donner un petit coup de pouce. Un d¨¦mon, quel que soit son age, est difficile ¨¤ tuer.
-Mon age ? Je suis consid¨¦r¨¦ comme un nouveau n¨¦ ?
Elle grima?a un peu en entendant ?a, comme un peu g¨ºn¨¦e de la question. Elle h¨¦sita quelques instants suppl¨¦mentaires puis daigna m¡¯accorder une explication.
-C¡¯est compliqu¨¦. Les d¨¦mons-n¨¦s, comme Aylin ou moi, enfin pas moi ou Aylin, les autres, ont tendance ¨¤ consid¨¦rer les nouveaux Changeurs comme des b¨¦b¨¦s. Apr¨¨s tout, m¨ºme avec ton age¡ Les d¨¦mons de ton age ont le corps et la mentalit¨¦ d¡¯un enfant de quoi, 6 ans ? Donc oui, pour certains, tu es presque un nouveau n¨¦. Mais personne ici ne te traitera comme tel, ne t¡¯inqui¨¨te pas.
?a me rassure un petit peu, mais pas compl¨¨tement. Si personne ¡®ici¡¯ ne me traitera comme un b¨¦b¨¦, cela sous-entend fortement que quelqu¡¯un, ailleurs, le fera. Devenir un ¨ºtre surnaturel pour ¨ºtre trait¨¦ comme un gosse n¡¯a pas l¡¯air d¡¯¨ºtre une si bonne id¨¦e que ?a. J¡¯esp¨¨re pouvoir ¨¦viter de rencontrer les d¨¦mons qui font ce genre de choses. D¡¯ailleurs, si les d¨¦mons de 17 ans sont comme des enfants de 6 ans, ?a veut dire qu¡¯ils se d¨¦veloppent, qu¡¯ils grandissent, quoi, trois fois plus lentement que nous ? ?a devrait forc¨¦ment avoir des effets sur eux, sur leur perception du monde.
Cependant, avant que je n¡¯ait le temps de poser la question ¨¤ Sahana, une voix lente et assez¡ s¨¦duisante nous interrompt.
-Le traiter comme quoi ?
Sahana grima?a une nouvelle fois. C¡¯est une habitude chez elle ? Elle se retourna dans la direction d¡¯o¨´ la voix provenait. Une autre fille, brune, qui a l¡¯air un peu plus jeune que moi, remonte le couloir des chambres dans notre direction. Habill¨¦e d¡¯un mini-short et d¡¯un d¨¦bardeur noir montrant des larges portions de sa peau bronz¨¦e, elle porte aussi un petit sac en cuir noir et devait ¨ºtre en train de sortir quand elle nous a entendu parler.
Elle m¡¯adresse un regard un peu surpris, qui se transforme rapidement en petit sourire s¨¦duisant, alors que Sahana se donne la peine de lui r¨¦pondre, et de nous pr¨¦senter.
-Oh. Salut Narase. Narase, voici Nils, c¡¯est un nouveau Sonen, on en a parl¨¦ avant-hier soir au repas. Nils voici Narase, c¡¯est une d¨¦mone, comme tu peux l¡¯imaginer. C¡¯est aussi la plus jeune et la plus r¨¦cemment arriv¨¦e dans notre petit groupe.
-Plus maintenant, on dirait. Enchant¨¦e, Nils, j¡¯ai entendue que tu n¡¯es pas du coin, donc si jamais tu veux d¨¦couvrir les meilleurs endroits de Valiute, n¡¯h¨¦site pas ¨¤ venir me voir.
Je suis un peu d¨¦sar?onn¨¦ par sa proposition, et par elle en g¨¦n¨¦ral, mais j¡¯arrive ¨¤ r¨¦pondre de mani¨¨re coh¨¦rente et relativement assur¨¦.
-Je suis enchant¨¦ aussi. Je n¡¯h¨¦siterais pas si j¡¯ai besoin d¡¯aide, merci.
L¡¯air satisfaite par ma r¨¦ponse, Narase repart d¡¯un pas assur¨¦e vers les escaliers, qui est l¡¯endroit d¡¯o¨´ l¡¯on vient, et, en repartant, elle nous fait un petit signe de la main, en nous adressant quelques mots.
-Super, bon, ¨¤ la prochaine, Sahana, Nils.
Apr¨¨s avoir ¨¦chang¨¦ un regard avec ma guide, je r¨¦ponds en m¨ºme temps que cette derni¨¨re un ¡®Salut¡¯ ¨¤ Narase. Cela fait sourire Sahana, et m¡¯arrache un petit rire. Une fois que nous nous sommes tout les deux calm¨¦s, Sahana revient sur notre rencontre.
-Donc voil¨¤, tu as rencontr¨¦ Narase. C¡¯est la plus jeune ici, et elle est parfois un peu immature, donc ne fait pas trop attention ¨¤ elle et ne lui en veut pas si elle fait une b¨ºtise. Elle est gentille, au fond. ¨¦vite juste de trop lui faire confiance, et d¡¯¨¦couter tout ce qu¡¯elle dit, et tout se passera bien.
-D¡¯accord. Je vais essayer.
Apr¨¨s un petit hochement de t¨ºte approbateur, Sahana reprend la visite. Nous passons rapidement devant chacune des chambres, sauf celle d¡¯Aylin, qui n¡¯est pas ici. Leurs habitants sont tous absents, sauf dans la derni¨¨re, o¨´ j¡¯ai l¡¯occasion de rencontrer un autre membre de notre petit groupe. Love what you''re reading? Discover and support the author on the platform they originally published on.
Elle ¨¦tait en effet dans sa chambre lorsque nous sommes pass¨¦s devant cette derni¨¨re. Ayant entendue notre conversation, elle a ouvert la porte pour venir voir ce qui se passait, et c¡¯est ainsi que j¡¯ai d¨¦couvert la quatri¨¨me, et derni¨¨re, fille de la maison.
Par une simple d¨¦duction, ce doit ¨ºtre Marie, donc une Changeuse, tout comme moi. Habill¨¦ simplement d¡¯un jean fonc¨¦ et d¡¯un sweat large, et un peu grand pour elle, avec ses cheveux chatains coup¨¦ court retenu par une queue de cheval. Elle semble, elle aussi, surprise de me voir. Pourtant Sahana a mentionn¨¦ un repas durant lequel ils ont parl¨¦ de moi, donc ?a ne devrait pas ¨ºtre si choquant.
Alors qu¡¯elle balbutie, clairement h¨¦sitante et ne savant pas trop quoi dire, je fais le premier pas, et me pr¨¦sente ¨¤ elle.
-Salut, je m¡¯appelle Nils. Ravie de te rencontrer.
Je me demande pendant une poign¨¦e de secondes si je ne devrais pas lui faire la bise, ou lui serrer la main, ou n¡¯importe quel geste classique quand on rencontre quelqu¡¯un, mais je d¨¦cide finalement de m¡¯abstenir, plut?t que de risquer de la mettre mal ¨¤ l¡¯aise.
-Euh ouais. Salut ! Moi c¡¯est Marie.
Elle me r¨¦pond sur un ton enjou¨¦, apr¨¨s s¡¯¨ºtre remise de la surprise, puis reprend d¡¯un ton un peu plus pos¨¦.
-Bienvenu parmi nous, tu verras c¡¯est cool, on est sympa. H¨¦site pas ¨¤ demander si t¡¯as besoin d¡¯aide. Salut aussi, Sahana, et euh, ¨¤ ce soir.
Sans vraiment nous laisser le temps de lui r¨¦pondre, elle rentre ¨¤ nouveau dans sa chambre et ferme la porte sur ces derniers mots. Apr¨¨s quelques secondes, Sahana se d¨¦cide ¨¤ me pr¨¦senter un peu plus Marie, comme elle vient juste de pr¨¦senter Narase.
-C¡¯¨¦tait Marie, elle n¡¯est pas une d¨¦mone depuis longtemps, mais elle est plut?t dou¨¦e. Elle sort pas beaucoup de sa chambre, donc tu la verras sans doute pas beaucoup. Elle est sympa sinon.
-Ok, ouais, elle a l¡¯air sympa.
Je lui r¨¦ponds avec un sourire amical, avant que nous reprenions ma d¨¦couverte des lieux. On arrive d¡¯ailleurs finalement ¨¤ ma chambre, qui se trouve ¨¤ un des bouts du couloir. La chambre en face est vide, et celle ¨¤ gauche est celle d¡¯Otukk, un d¨¦mon-n¨¦ si l¡¯on en croit son nom, qui n¡¯est pas l¨¤ actuellement.
La salle dans laquelle je me suis r¨¦veill¨¦ n¡¯est apparemment qu¡¯une chambre d¡¯h?te, et effectivement, cette chambre est un peu plus sympa. Elle est spacieuse, plus de quarante m¨¨tre carr¨¦s, si je devais estimer. Un grand lit deux places un peu ancien est pos¨¦ fi¨¨rement au centre de la pi¨¨ce. ¨¤ quelques m¨¨tres de celui-ci, sur la droite, un grand bureau est pos¨¦, avec une chaise roulante digne des meilleurs fauteuils gaming. Un ¨¦cran d¡¯ordi est pos¨¦ sur un des c?t¨¦s du bureau, ainsi que des projecteurs holographiques. De l¡¯autre c?t¨¦, du mat¨¦riel scolaire, feuille, stylo et tablette eLearn bien rang¨¦s dans des compartiments sp¨¦cifiques.
En parall¨¨le du bureau, une grande penderie recouvre le mur de droite. Des portes en bois pliables sont grandes ouvertes, me permettant d¡¯apercevoir une grande collection de v¨ºtements, des habits plus communs tels que des t-shirts et des jeans, aux costards bien repass¨¦s. Derri¨¨re moi enfin, ¨¤ droite du couloir menant ¨¤ la porte qui donne vers le couloir, une grande salle de bain est install¨¦e, ¨¦quip¨¦e de toilettes, d¡¯une douche ¨¤ l¡¯italienne et d¡¯une grande baignoire.
Je suis un peu choqu¨¦ par tout ce luxe, moi qui ait grandi dans une petite maison moyenne, dont le rez-de-chauss¨¦ entier ¨¦tait probablement plus petit que cette chambre, mais j¡¯imagine que quand on vit des centaines d¡¯ann¨¦es, on a de quoi se faire plaisir.
Sahana, encore une fois, remarque facilement le regard de stup¨¦faction que je porte ¨¤ la pi¨¨ce, et elle arbore de nouveau un petit sourire amus¨¦.
-Alors, ?a te pla?t.
-C¡¯est¡ impressionnant. Mais oui, ?a me pla?t. Tout le monde ¨¤ une chambre aussi grande ?
Je connais d¨¦j¨¤ la r¨¦ponse, mais je lui demande quand m¨ºme, si jamais j¡¯aurais le droit ¨¤ un traitement sp¨¦cial pour une obscure raison.
-Bien s?r. Et encore, t¡¯as pas vu celle d¡¯Aylin. C¡¯est un avantage d¡¯¨ºtre un d¨¦mon. Le confort et les grands lits.
Sa r¨¦ponse me surprend un peu, et soul¨¨ve d¡¯autres interrogations dans mon esprit.
-Pourquoi, c¡¯est diff¨¦rent chez les anges ?
Elle me d¨¦visage avant de lever les yeux d¡¯un air songeur, puis reprend la parole.
-Plus ou moins. Ils peuvent vivre dans le confort aussi, mais ils sont plus adeptes des traitements¡ un peu spartiates chez les jeunes. Tu connais le film 300 ?
?a me dit effectivement quelque chose, un vieux film je crois, un des trucs du d¨¦but du si¨¨cle, je me rappelle des publicit¨¦s pour la sortie d¡¯une version holographique, mais je ne l¡¯ai jamais regard¨¦.
-Je l¡¯ai jamais vu, mais j¡¯en ai entendu parler.
-Il faudra qu¡¯on le voit, un jour, mais c¡¯¨¦tait juste pour dire que les anges sont entra?n¨¦s dans des pires conditions que nous.
Bon, j¡¯ai clairement fait le bon choix si elle me dit la v¨¦rit¨¦, et je ne vois pas pour quel raison elle me mentirait. Les anges doivent avoir un rythme de vie bien plus difficile que les d¨¦mons.
Apr¨¨s cette petite discussion, nous avons termin¨¦ la visite en jetant un petit coup d¡¯?il dans les jardins. Ceux-ci sont tout aussi impressionnant que la maison elle-m¨ºme, et tout aussi bien entretenu. Alors qu¡¯on est en train d¡¯explorer un coin du domaine, Sahana s¡¯arr¨ºte devant un abri de jardin, une petite cabane ¨¤ l¡¯air un peu miteuse, qui semble ¨¦trangement moins bien trait¨¦ que le reste de la villa. Sahana se retourne vers moi, et, les yeux remplis d¡¯une certaine joie, me pose une question.
-Tu veux voir un truc vraiment cool ?
Un peu ¨¦tonn¨¦ par cette demande, je lui r¨¦ponds rapidement.
-Euh oui, pourquoi pas. C¡¯est¡ ici ?
-Exactement ! Suis-moi.
Elle pose sa main sur un des c?t¨¦s de la cabane, et celle-ci s¡¯ouvre d¡¯un coup, dans un petit clic m¨¦canique. Se retournant vers moi avec le m¨ºme sourire, elle rentre dans la cabane, et me fais signe de la suivre. Je la suis, intrigu¨¦, commen?ant ¨¤ me faire des films sur le fait que cet cabane serait en fait un acc¨¨s un peu trop ¨¦vident ¨¤ une bat-cave.
La jeune fille traverse la cabane d¡¯un pas tranquille mais assur¨¦. Cette derni¨¨re semble parfaitement banale, m¨ºme si un peu grande. Divers outils de jardinage sont stock¨¦s sur les ¨¦tag¨¨res, du rateau au s¨¦cateur, du seau au broyeur.
Sahana s¡¯arr¨ºte au milieu de la pi¨¨ce, devant un arrosoir violet ¨¤ fleurs jaunes, clairement us¨¦ par le temps, avec m¨ºme un petit trou sur le c?t¨¦. Elle me fait encore signe de me rapprocher, et j¡¯ob¨¦is. Je ne suis maintenant plus qu¡¯¨¤ quelques centim¨¨tres d¡¯elle. Elle me prend par la main, et je ne peut m¡¯emp¨ºcher d¡¯appr¨¦cier la douceur de la sienne.
Elle tend son autre main, et appuie sur le bout de l¡¯arrosoir, et alors que je cherche ¨¤ comprendre ce qu¡¯elle veut me montrer, le sol se met ¨¤ trembler tout autour de nous, les ¨¦tag¨¨res se r¨¦tractent magiquement dans les murs en bois bien trop fin pour qu¡¯elles puissent tenir, et le sol descend sous nos pieds.
Je panique un petit peu avec la sensation de chute et tente de me raccrocher ¨¤ quelque chose, mais tout est partit et les murs d¨¦filent trop vite autour de moi. Sahana me serre la main un peu plus fort, remarquant mon agitation. Elle se retourne vers moi, et m¡¯offre un sourire amus¨¦, presque agressif, et je vois qu¡¯elle se retient un peu de rire.
Puis, en moins de cinq secondes, tout s¡¯arr¨ºte. Je r¨¦ussis ¨¤ naepas tomber, d¨¦stabilis¨¦ par les brusques changements de vitesse.
-Alors, marrant hein ?
Sans r¨¦pondre ¨¤ Sahana, j¡¯explore du regard la pi¨¨ce dans lequel je viens d¡¯arriver, ¨¦berlu¨¦.
Finalement, on dirait bien que je suis arriv¨¦ dans la bat-cave.
Chapitre 4 : La cave et la taupe
La cave est immense. Des grands murs taill¨¦s directement dans la roche entourent une salle de plusieurs dizaines de m¨¨tres carr¨¦s, et ce n¡¯est que ce que je peut voix directement, car les nombreuses portes recouvrant chacun des murs indiquent clairement que le complexe souterrain est encore bien plus vaste.
Cette premi¨¨re salle, surprenamment assez vide, semble servir de hub, de centre strat¨¦gique. Une partie de l¡¯espace est occup¨¦e par une repr¨¦sentation holographique de la maison et du complexe, avec un certains nombres de robots et de personnes se d¨¦pla?ant en temps r¨¦el dessus. De l¨¤ o¨´ nous sommes, je peux vaguement apercevoir nos deux silhouettes, ¨¤ l¡¯entr¨¦e d¡¯un v¨¦ritable d¨¦dale de couloirs et de salles bien plus large que la maison elle-m¨ºme, d¨¦j¨¤ gargantuesque.
-Cool, hein ?
-C¡¯est¡ incroyable.
Sahana se rapproche de l¡¯hologramme, et je la suit sans h¨¦siter. Nous nous arr¨ºtons juste avant de rentrer dedans, sans doute pour ¨¦viter de perturber les nombreux projecteurs dispers¨¦s sur le sol.
-Donc voil¨¤, c¡¯est ici que tu vis, maintenant. Et d¡¯ailleurs, si tu te posais la question, les cam¨¦ra holos sont d¨¦sactiv¨¦s dans les chambres et salles de bains, sauf en cas d¡¯alerte grave.
-C¡¯est rassurant, au moins on a le droit ¨¤ un peu d¡¯intimit¨¦.
Elle acquiesce, contemplant toujours silencieusement la carte. De quelques gestes de ses mains, elle la fait tourner et zoome vers la cave, et me montre notre repr¨¦sentation holographique, des petits ¨ºtres teint¨¦s d¡¯une ¨¦trange lueur bleut¨¦, dont les traits sont assez facile ¨¤ discerner.
-Regarde, c¡¯est nous. Marrant, non ?
-Ouais, ?a fait un peu bizarre de se voir comme ?a.
-Oh et regarde, il y en a d¡¯autres juste ¨¤ c?t¨¦ ! Attends, je vais essayer de deviner qui c¡¯est.
Elle fait pivoter la carte, et me montre deux autres bonhommes, situ¨¦s dans une petite pi¨¨ce sombre, qui est d¡¯ailleurs connect¨¦ d¡¯un c?t¨¦ ¨¤ ce qui semble ¨ºtre une autre sortie, un long couloir qui remonte plusieurs dizaine de m¨¨tres avant de sortir du champ d¡¯observation des cam¨¦ras.
Je ne comprends pas comment elle peut essayer de deviner quoi que ce soit en regardant juste les petites figures. En tout cas, je ne vois rien, m¨ºme en me concentrant, mais elle semble avoir trouver quand elle reprend la parole.
-Mmm, le petit l¨¤ ?a doit ¨ºtre Otukk je crois ? Et le grand ¨¤ c?t¨¦¡ je vois pas¡ ah si, c¡¯est monsieur A !
-Monsieur A ?
Ce nom ne m¡¯¨¦voque rien, il ne me semble pas qu¡¯Aylin l¡¯ait mentionn¨¦, et je pense que je m¡¯en serais souvenu si elle l¡¯avait fait. On dirait un nom d¡¯agent secret, c¡¯est un peu ¨¦trange, et je ne peux pas masquer mon air dubitatif dans la question que je pose ¨¤ Sahana.
-C¡¯est un ami, mais pas un d¨¦mon. Je pense que ?a serait bien pour toi de le rencontrer. ?a peut t¡¯aider ¨¤ comprendre pourquoi tu as fait le bon choix.
-Comment ?a ?
-En fait, c¡¯est un ange, mais il s¡¯est rendu compte que ses pairs avaient torts, et depuis il est en contact avec nous. C¡¯est notre taupe, notre agent double.
-Un agent double ?
Entre ?a et la cave secr¨¨te en-dessous de la maison, tout ?a ressemble de plus en plus ¨¤ un mauvais film d¡¯agent secret, si on oublie toute la partie surnaturelle.
-Ouais, un agent double, comme dans les films ! C¡¯est cool, hein ?
-Ouais, j¡¯imagine.
Je ne peux emp¨ºcher un petit sourire amus¨¦ devant celui, large et joyeux, de Sahana. Je la suis ensuite pendant quelques minutes dans le batiment, et elle me fait visiter rapidement, tout en se dirigeant vers ce myst¨¦rieux monsieur A.
Quelques minutes plus tard, nous nous arr¨ºtons devant une petite porte, au milieu d¡¯un long couloir. Sahana m¡¯¨¦pate vraiment, m¨ºme en regardant pendant un petit temps cette carte holographique, je n¡¯¨¦tais absolument pas capable de me d¨¦placer sans me perdre dans ces souterrains, et elle arpentait la zone comme si elle y avait toujours habit¨¦. Ce qui est d¡¯ailleurs peut-¨ºtre vrai, maintenant que j¡¯y pense.
Elle me fait un petit sourire, puis toque ¨¤ la porte et tend l¡¯oreille, attendant clairement une r¨¦ponse de quelqu¡¯un ¨¤ l¡¯int¨¦rieur, donc soit d¡¯Otukk, soit de l¡¯ange.
Finalement, c¡¯est bien le premier qui lui r¨¦pond, en ouvrant un petit peu la porte, et en jetant un petit coup d¡¯?il. Le jeune d¨¦mon, qui n¡¯a pas l¡¯air beaucoup plus vieux que moi, et qui d¡¯ailleurs ¨¤ tout l¡¯air d¡¯un jeune assez standard, avec son teint un peu pale, ses longs cheveux noirs et ses cernes de panda. Il est aussi surprenamment petit, sa t¨ºte ne m¡¯arrive qu¡¯aux ¨¦paules. Il me d¨¦visage d¡¯en bas, perplexe, et se tourne vers Sahana, avec un sourcil ¨¤ moiti¨¦ lev¨¦.
-Euh, Saha, je peux savoir ce que t¡¯es en train de faire ? C¡¯est qui lui ? Je suis un peu occup¨¦ l¨¤.
Sahana lui r¨¦pond avec un des grands sourires que j¡¯ai d¨¦j¨¤ eu l¡¯occasion d¡¯apercevoir au cours de la visite, et lui tapote la t¨ºte comme ¨¤ un enfant.
-Otukk, combien de fois je t¡¯ai dit de ne pas m¡¯appeler Saha ? Et, comme tu as l¡¯air d¡¯avoir oubli¨¦, c¡¯est notre nouvel arrivant, il s¡¯appelle Nils, tu serrais au courant, si tu passais plus de temps ici qu¡¯¨¤ te balader partout dans cette ville. On a vu sur la carte holo que tu ¨¦tais avec A, donc je me suis dis que ce serait une bonne id¨¦e qu¡¯il explique ¨¤ Nils pourquoi il a fait le bon choix en nous rejoignant !The author''s narrative has been misappropriated; report any instances of this story on Amazon.
Il ¨¦carte sa t¨ºte pour la lib¨¦rer de la poigne de Sahana, puis la laisse terminer son explication avec un air de plus en plus dubitatif.
-Et, tu as demand¨¦ ¨¤ Aylin ?
Sahana palit visiblement, mais ne laisse pas tomber son sourire et lui r¨¦ponds, toujours aussi enjou¨¦e.
-Je suis s?re qu¡¯Aylin serait compl¨¨tement d¡¯accord avec moi si elle ¨¦tait l¨¤. En attendant, laisse nous rentrer, s¡¯il te pla?t ?
Le petit d¨¦mon soupire, exasp¨¦r¨¦, puis se retourne une derni¨¨re fois vers moi, pr¨ºt ¨¤ dire quelque chose, mais il se ravise assez visiblement et ouvre la porte en grand, tout en nous faisant signe de rentrer.
-Aller, rentrez, mais si Aylin n¡¯¨¦tait pas d¡¯accord, je dirais que tu m¡¯as forc¨¦, Saha. Et bienvenue parmi nous, Nils. Rassure-toi, tu as choisi le bon camp.
Je le remercie silencieusement d¡¯un hochement de t¨ºte, puis rentre dans la salle, pr¨ºt ¨¤ rencontrer A, si c¡¯est bien comme ?a qu¡¯on l¡¯appelle.
La pi¨¨ce est petite et obscure, quasiment vide, ¨¤ l¡¯exception d¡¯une grande table entour¨¦e de quelques chaises. Sur l¡¯une d¡¯entre elle est assis un homme encapuchonn¨¦. Je me rends imm¨¦diatement compte de la nature probablement magique de son d¨¦guisement. J¡¯ai beau le regarder avec attention, je ne peux m¨ºme pas commencer ¨¤ apercevoir un des traits de l¡¯homme en dessous, tout ce qui est sous la capuche est dans l¡¯obscurit¨¦ compl¨¨te.
L¡¯homme a le visage tourn¨¦ dans notre direction, et dans ses mains un petit bo?tier, recouvert d¡¯un logo familier qui m¡¯indique qu¡¯il s¡¯agit plus que certainement d¡¯un ordinateur portable. Il est silencieux mais je me doute qu¡¯il doit ¨ºtre en train de nous surveiller. Le silence ne s¡¯¨¦ternise heureusement pas trop, car Sahana prend la parole.
-Yo, A ! Comment allez-vous ? ?a faisait longtemps. Je ne sais pas si vous avez entendu notre conversation de dehors, mais je vais supposer que non. Je vous pr¨¦sente donc Nils, un nouveau membre de notre groupe. Nils, voici monsieur A. Monsieur A, Nils.
Elle ach¨¨ve sa pr¨¦sentation ¨¤ grand renfort de mouvements de bras, comme pour s¡¯assurer que l¡¯on sait bien parfaitement qui est l¡¯autre.
-Bonjour, monsieur.
Un peu h¨¦sitant, je lui tends la main. Je suis en pr¨¦sence d¡¯un espion, d¡¯un agent double, et l¡¯absurdit¨¦ des derni¨¨res heures commencent ¨¤ se faire ressentir de plus en plus. Entre histoire fantastique ¨¦trange et films d¡¯espion, ma vie s¡¯est retrouv¨¦ totalement boulevers¨¦ en si peu de temps. Et c¡¯est sans m¨ºme penser ¨¤ ce qui s¡¯est pass¨¦ avant, dans le bus¡ Je sens la tristesse revenir encore, et je me rends compte, confus¨¦ment, que je vais devoir apprendre ¨¤ vivre avec ?a, avec ces sentiments, toujours pr¨ºt ¨¤ d¨¦border.
Je suis ramen¨¦ ¨¤ la r¨¦alit¨¦ par la sensation d¡¯une main qui prends la mienne. Je me re-concentre et voit ce visage sombre, que je ne peut discerner, ¨¤ quelques dizaines de centim¨¨tres ¨¤ peine du mien. L¡¯homme me serre la main gentiment, presque tendrement, puis prend la parole.
-Oui, j¡¯ai entendu parler de toi. Tu as bien fait de rejoindre ce c?t¨¦. Si tu ne l¡¯avais pas fait, tu m¡¯aurais rencontr¨¦ aussi, mais dans l¡¯autre camp. Et je pr¨¦f¨¨re honn¨ºtement rencontrer les gens de ce c?t¨¦ l¨¤, o¨´ je peux ¨ºtre moi-m¨ºme, et arr¨ºter de donner sans cesse l¡¯illusion, de jouer toujours le m¨ºme r?le, celui du bon esclave de ces monstres.
Je peux clairement sentir toute la haine dans sa voix, m¨ºme si elle est ¨¦trangement d¨¦form¨¦e, sans doute grace ¨¤ la m¨ºme magie que celle qui dissimule son apparence. Tout son ¨ºtre vibre de col¨¨re, et je comprends rapidement que ses conflits avec ses confr¨¨res anges, et la raison pour laquelle il est avec les d¨¦mons aujourd¡¯hui d¨¦passent la simple question id¨¦ologique. Apr¨¨s son petit acc¨¨s de col¨¨re, il se retourne ¨¤ nouveau vers moi, gardant un air sympathique.
-Si Sahana t¡¯as amen¨¦ ici, c¡¯est sans doute parce qu¡¯elle sait que tu n¡¯es pas s?r de ton choix, j¡¯imagine ?
Il se tourne maintenant vers cette derni¨¨re, ¨¤ la recherche d¡¯une confirmation qu¡¯elle est rapide ¨¤ donner. Il semblerait que ma faible motivation soit assez visible pour tout le monde. Je hausse un peu les ¨¦paules, pour lui montrer que je suis conscient de ce fait.
-Je m¡¯en doutais. Ne t¡¯inqui¨¨tes pas, je peux t¡¯assurer que tu as fait le bon choix. Je suis presque s?r que c¡¯est Karel lui-m¨ºme qui s¡¯est charg¨¦ d¡¯attaquer ce bus dans lequel tu ¨¦tais. Les d¨¦mons ne sont pas du genre ¨¤ s¡¯abaisser ¨¤ cela, alors que pour la plupart des anges, la vie de quelques humains ne vaut absolument rien.
Son discours semble convaincant. S¡¯il fait partie de ses anges, il est sans doute le mieux plac¨¦ pour savoir ce qu¡¯ils sont capables de faire, ce qui me rassure un petit peu. J¡¯ai sans doute fait le bon choix.
-Contrairement ¨¤ toi, je n¡¯ai pas eu le choix de mon camp. Comme je suis n¨¦ parmi eux, on m¡¯a endoctrin¨¦, forc¨¦ ¨¤ croire en leurs mythes et id¨¦aux. Mais je n¡¯ai pas ¨¦t¨¦ dupe. Je me suis renseign¨¦. J¡¯ai explor¨¦, d¨¦couvert, et je me suis rendu compte qu¡¯ils avaient tort. Qu¡¯ils n¡¯offraient aucune aide pour l¡¯humanit¨¦, seulement un avenir mis¨¦reux d¡¯esclaves, un retour ¨¤ des temps anciens o¨´ ils pouvaient encore r¨¦gner sur les plus faibles en abusant de leurs pouvoirs indignes. Ce n¡¯est pas en agissant de cette mani¨¨re qu¡¯on aidera l¡¯humanit¨¦, et nous r¨¦v¨¦ler ¨¤ eux ne fera que semer toujours plus de doutes, plus de haine et plus de confusion dans les c?urs et cerveaux troubl¨¦s de ces pauvres humains. Je te le dis, gar?on, c¡¯est ici que tu trouveras le bonheur, et pas dans leurs griffes mal¨¦fiques.
Je ne sais pas vraiment quoi r¨¦pondre ¨¤ ce discours grandiloquent. La haine de l¡¯homme est visible, presque d¨¦bordante. Les anges doivent lui avoir fait des choses horribles pour qu¡¯il les d¨¦teste encore autant.
-Je¡ d¡¯accord. Je vais essayer de garder cela en m¨¦moire.
Il hoche la t¨ºte, approbatif, son explosion pr¨¦c¨¦dente enfin calm¨¦, puis reprend la parole d¡¯une voix un peu plus calme.
-Et je suis s?r que les jeunes d¨¦mons ici pr¨¦sent sauront t¡¯aider si jamais tu as plus de questions. Merci de ton attention, mais le temps commence ¨¤ filer, et je devrais ¨ºtre rentrer dans moins d¡¯une heure si je ne veux pas ¨ºtre soup?onn¨¦.
Et aussi vite que ?a, le voil¨¤ passer ¨¤ autre chose. La vitesse ¨¤ laquelle les ¨¦motions ¨¦voluent chez lui est un peu bizarre, mais il a l¡¯air assez sympa ? Peut-¨ºtre ? En attendant, je n¡¯ai pas sp¨¦cialement envie de le d¨¦ranger plus longtemps, et ses derniers mots sont un message assez clair, donc je ne me prive pas pour quitter la salle.
-Merci ¨¤ vous. Bonne journ¨¦e !
Je me sens un peu stupide apr¨¨s avoir dit ?a. Cet homme, qui qu¡¯il soit, n¡¯est pas vraiment mon ami, je ne le connais m¨ºme pas. Mais il me r¨¦pond, et les coins de sa capuche se d¨¦forme l¨¦g¨¨rement, me laissant apercevoir un sourire au milieu de la vague d¡¯obscurit¨¦ masquant son visage.
-Bonne journ¨¦e, gar?on.
Sahana ¨¦change quelques mots ¨¤ voix basse avec Otukk, qui me fait un petit signe alors que je sors, puis me rejoint ¨¤ l¡¯ext¨¦rieur, fermant la porte derri¨¨re elle.
-Alors ? Il est bizarre, hein ?
Elle accompagne sa question de son fameux sourire, et je lui r¨¦ponds, un peu interrogatif.
-Uhm¡ ouais, il est un peu bizarre. Mais sympa ? En tout cas, ¨¤ ce que j¡¯ai vu.
J¡¯encha?ne avec un ton un peu moqueur.
-Mais Saha, du coup, c¡¯est bien comme ?a que je dois t¡¯appeler ?
Elle me fixe et plisse un peu les yeux, simulant la col¨¨re.
-Ah non ! Tu vas pas t¡¯y mettre aussi. Je m¡¯appelle Sahana ! Pas Saha ! Compris ?
Mon sourire s¡¯¨¦largit, et je lui r¨¦ponds imm¨¦diatement.
-Compris Saha¡ na. J¡¯essaierais de ne pas l¡¯oublier.
Nous continuons ¨¤ nous chamailler pendant plusieurs minutes alors qu¡¯on se dirige tranquillement vers la sortie du souterrain. Je m¡¯amuse vraiment avec Sahana.
Une fois arriv¨¦s devant la cabane en bois, qui est toujours pos¨¦ au milieu de la salle remplie de mat¨¦riel high-tech, et qui tranche violemment avec le reste, Sahana s¡¯arr¨ºte et se tait pendant quelques instants, semblant r¨¦fl¨¦chir ¨¤ quelque chose. Je ne peux m¡¯emp¨ºcher de lui poser une question.
-Et du coup, on fait quoi, maintenant ?
-J¡¯h¨¦site un petit peu. Soit j¡¯en profite pour commencer ¨¤ rattraper ton retard en magie d¨¦moniaque, soit on va faire un petit tour de la ville. T¡¯en penses quoi.
Pour ma part, je n¡¯h¨¦site pas une seconde. Visiter la ville est important, sans doute fun et une occasion de d¨¦couvrir des choses nouvelles, mais apprendre de la magie est clairement mille fois plus int¨¦ressant. Cependant, avant que je n¡¯ai pu donner mon avis, la jeune d¨¦mone reprend la parole.
-Ouais, c¡¯est d¨¦cid¨¦. La magie, c¡¯est chiant ! Allons faire le tour de la ville !
Chapitre 5 : Un peu de magie
Finalement, je n¡¯ai pas appris de magie d¨¦moniaque, ni rien de similaire, au cours de toute ma premi¨¨re journ¨¦e parmi les d¨¦mons. J¡¯ai pass¨¦ toute la fin de l¡¯apr¨¨s-midi, et une partie de la soir¨¦e ¨¤ errer dans les rues du centre-ville de Valiute avec Sahana. Nous avons m¨ºme mang¨¦ l¨¤-bas, ¨¤ deux dans un fast-food local, puis la fatigue a fini par me vaincre, et je suis rentr¨¦ me coucher sans avoir eu le temps de revoir les autres. Je n¡¯ai finalement m¨ºme pas rencontr¨¦ tout mes camarades apr¨¨s une journ¨¦e enti¨¨re dans le groupe, mais j¡¯esp¨¨re pouvoir les voir bient?t.
Ma nuit ne fut pas sans histoire. Une succession de cauchemars troubl¨¨rent mon sommeil, revenant syst¨¦matiquement sur le bus, et donnant au monstre qui as tu¨¦ mes amis divers traits. D¡¯abord celui du vieil ange, Karel, puis le masque de monsieur A, le visage souriant de Sahana, celui d¡¯Aylin, et puis une succession de visages divers, de celui de mes parents ¨¤ celui de mon professeur de maths. Finalement, vers trois heures du matin, apr¨¨s avoir ¨¦t¨¦ r¨¦veill¨¦ au moins dix fois, je finis pas plonger dans un sommeil bien plus lourd, qui m¡¯accompagna jusqu¡¯au matin.
Je suis r¨¦veill¨¦ assez t?t, un peu avant huit heures, par les rayons du soleil passant ¨¤ travers la fen¨ºtre, dont j¡¯avais oubli¨¦ de fermer les volets durant la nuit. Surprenant que les lumi¨¨res de Valiute soient si peu visibles la nuit que je ne les ait m¨ºme pas remarqu¨¦ lors de mes r¨¦veils successifs. Je comate un peu dans mon lit avant d¡¯¨¦merger moins d¡¯une demi-heure plus tard. Je prends mon temps, une douche, je m¡¯habille et descends dans une des salles ¨¤ manger, o¨´ Sahana m¡¯avait inform¨¦ que presque tout le monde prenait son petit d¨¦jeuner.
Je rentre dans la pi¨¨ce avec un peu plus de confiance qu¡¯hier. Je me sens un peu plus ¨¤ l¡¯aise maintenant, malgr¨¦ mon l¨¦ger manque de sommeil qui se fait toujours sentir.
La salle n¡¯est, sans surprise, pas vide. Aylin est assise au bout d¡¯une table, mangeant un pain au chocolat tout en regardant quelque chose sur son t¨¦l¨¦phone, pos¨¦ sur la table. Un gar?on que je ne connais pas est en train de s¡¯affairer au niveau de la cuisine et plus particuli¨¨rement, de la machine ¨¤ caf¨¦.
Il doit s¡¯agir de Louis, le seul d¨¦mon male que je ne connais pas. C¡¯est aussi un Changeur, tout comme moi. D¡¯apr¨¨s ce que m¡¯a dit Sahana, c¡¯est un mec super sympa. Il se retourne en m¡¯entendant rentrer et je m¡¯empresse de me pr¨¦senter.
-Bonjour, Aylin. Et tu dois ¨ºtre Louis c¡¯est ?a ? Moi c¡¯est Nils.
-Ah, oui, le nouveau. C¡¯est bien ?a, ravi de te rencontrer. Tu veux quelque chose pour d¨¦jeuner ?
-Bonjour Nils.
-Euh, oui je veux bien un chocolat chaud, si ?a ne te d¨¦range pas.
-Pas de probl¨¨me, je m¡¯en occupe, tu peux t¡¯installer ici, il y a ¨¤ manger dans les placard ici, et du pain sur le plan de travail si t¡¯en veux.
Je le remercie et commence ¨¤ prendre mon petit d¨¦jeuner. Quelques minutes plus tard, il m¡¯apporte une tasse de chocolat chaud, accompagn¨¦ de deux autres tasses de caf¨¦, une pour lui et une autre pour Aylin, et il finit par prendre place ¨¤ c?t¨¦ de la d¨¦mone, qui en profite pour prendre la parole.
-Donc, Nils, ta premi¨¨re journ¨¦e s¡¯est bien pass¨¦e ? Tu as pu d¨¦couvrir un peu la ville ? Et le manoir ?
-Oui, c¡¯¨¦tait int¨¦ressant. La base secr¨¨te au sous-sol est impressionnante.
¨¤ ses mots, elle sourit, amus¨¦e, puis me r¨¦pond.
-En effet, elle surprend souvent les gens ¨¤ leur premi¨¨re arriv¨¦e ici. Cependant, maintenant que tu es install¨¦, il est temps que tu d¨¦couvres un peu ce que devenir un d¨¦mon, ou plut?t ce que devenir un de mes servants implique. Apr¨¨s le d¨¦jeuner, rejoint moi dans le salon.
* * *
Moins d¡¯une heure plus tard, et me voila d¨¦j¨¤ dans le fameux salon, assis sur un fauteuil en face d¡¯Aylin.
Nous sommes seuls dans la pi¨¨ce, mais j¡¯ai pu croiser Sahana juste avant de rentrer, et cette derni¨¨re m¡¯a souhait¨¦ bonne chance, ce qui ne me mets pas particuli¨¨rement ¨¤ l¡¯aise.
J¡¯esp¨¨re juste que ce n¡¯est pas un genre d¡¯examen, m¨ºme si c¡¯est peu probable. S¡¯ils n¡¯¨¦taient pas s?r de m¡¯accepter, ils ne m¡¯auraient pas montr¨¦ leurs passages secrets. Sauf s¡¯ils comptent me tuer ? J¡¯en doute un peu, mais toute cette attente commence ¨¤ me stresser.
Aylin me d¨¦visage sans rien dire depuis presque trente secondes, et je ne sais pas quoi dire. J¡¯attends d¨¦sesp¨¦r¨¦ment qu¡¯elle prenne la parole, et elle finit heureusement par le faire.
-Donc, Nils, tu dois avoir beaucoup de questions, j¡¯imagine, et tu en auras encore plus quand j¡¯aurais fini mes explications, mais il faut que tu me laisses finir, d¡¯accord ? Je r¨¦pondrais ¨¤ tout apr¨¨s.
-Euh, d¡¯accord.
J¡¯ai l¡¯impression qu¡¯elle s¡¯inqui¨¨te un peu pour rien. Je ne suis pas du genre ¨¤ interrompre constamment les gens, enfin je ne crois pas. Mais bon, si elle le demande. Apr¨¨s que j¡¯ai donn¨¦ mon approbation, elle hoche la t¨ºte et commence ¨¤ parler.
-Donc, comme je te l¡¯ai dis, tu es d¨¦sormais un de mes serviteurs. Le monde d¨¦moniaque est divis¨¦ en un petit nombres de clans tr¨¨s influent. Des d¨¦mons majeurs, comme moi, r¨¨gnent sur chacun des clans, et sont ¨¦paul¨¦s par nombre de d¨¦mons mineurs. Pour cr¨¦er leur clans, les d¨¦mons majeurs ont deux m¨¦thodes. Soit recruter des membres de clans inf¨¦rieurs, des descendants de d¨¦mons mineurs au service de leurs parents ou ind¨¦pendants, soit de rejoindre une des zones d¡¯affrontement avec les anges et de recruter des Changeurs qui leur deviendront fid¨¨le.
Cela soul¨¨ve beaucoup de questions. ?a veut dire qu¡¯il y ¨¤ d¡¯autre clans d¨¦moniaques ¨¤ Valiute ? Que les jeunes d¨¦mons sont les seuls combattants face aux anges ? ?a n¡¯a pas beaucoup de sens, mais je me retiens de l¡¯interrompre, et je la laisse continuer.
-Ces d¨¦mons formant leurs clans sont aussi les seuls force de combat face aux anges. Notre mission est de surveiller et contr?ler leurs agissements pour v¨¦rifier s¡¯ils ne pr¨¦parent rien de dangereux. ?a peut sembler surprenant que ce soit les jeunes d¨¦mons inexp¨¦riment¨¦ qui se battent contre les anges, mais apr¨¨s la deuxi¨¨me guerre mondiale, nous avons sign¨¦ un trait¨¦ pour limit¨¦ les affrontements globaux entre d¨¦mons et anges qui faisaient trop de d¨¦gats. En temps de guerre humaine, nous pouvions les masquer dans les bombardement et affrontements plus traditionnels, mais plus r¨¦cemment, surtout depuis l¡¯age de l¡¯information, c¡¯est plus compliqu¨¦ que ?a.
-Donc ce sont les jeunes qui se battent ? C¡¯est vraiment mieux ?
Le regard assassin que me porte Aylin me rappelle imm¨¦diatement ses paroles. Je n¡¯ai pas pu m¡¯emp¨ºcher, toutes ses informations sont beaucoup trop int¨¦ressante pour que je me taise. Malgr¨¦ ?a, je ne proteste pas lorsqu¡¯elle reprend son explication sans daigner r¨¦pondre ¨¤ mes questions. Je suis un peu d¨¦?u, mais je me re-concentre sur ses mots.This tale has been pilfered from Royal Road. If found on Amazon, kindly file a report.
-Nous avons donc, en tant que d¨¦mon, protecteur de la cit¨¦ de Valiute, et globalement de toute la francophonie europ¨¦enne, de la Suisse ¨¤ la Belgique, plusieurs devoirs. Nous devons d¨¦j¨¤, comme je l¡¯ai expliqu¨¦, surveiller les anges. On les soup?onne de vouloir provoquer un violent renversement mondial pour reprendre discr¨¨tement le contr?le des ¨¦tats, sur lequel nous exer?ons le plus de pouvoir aujourd¡¯hui. C¡¯est d¡¯ailleurs s?rement la seule chose les emp¨ºchant aujourd¡¯hui de se r¨¦v¨¦ler au monde ¨¤ nouveau, comme au d¨¦but du moyen-age, quand la chute de l¡¯empire romain leur avait donn¨¦ de nombreuses opportunit¨¦s d¡¯exploiter le chaos pour r¨¦pandre leur influence.
Mais ne sont-ils pas cens¨¦s vouloir une soci¨¦t¨¦ ordonn¨¦, hi¨¦rarchis¨¦, avec un syst¨¨me de castes leur permettant de dominer les hommes ? C¡¯est comme ?a que j¡¯avais compris les paroles d¡¯Aylin a leur sujet, mais on dirait bien que dans les faits, ils agissent ¨¤ l¡¯oppos¨¦ de leur propre id¨¦ologie.
-En effet, s¡¯ils se r¨¦v¨¦laient l¨¤, tout de suite, ils devraient affronter les humains et nous en m¨ºme temps, et seront sans doute vaincu. Nous nous devons de garder cet ¨¦quilibre, car sinon, cela risque d¡¯¨ºtre notre fin ¨¤ tous.
Elle prononce ces mots avec un air d¨¦pressif, en cherchant probablement ¨¤ me transmettre le plus possible la gravit¨¦, le s¨¦rieux et tout le d¨¦sespoir que cela repr¨¦senterait. ?a marche un petit peu, et je me surprends ¨¤ penser que les anges sont un risque pour notre soci¨¦t¨¦. J¡¯essayais d¡¯¨ºtre un peu impartial tant que je n¡¯avais pas de certitude sur le sort de mes camarades, mais les anges apparaissent de plus en plus comme des profiteurs, des ennemis de tous, humains et d¨¦mons, et donc certainement ceux les plus ¨¤ m¨ºme de tuer sans sourciller un bus entier de lyc¨¦ens.
-¨¤ part ?a, nous sommes aussi plus ou moins charg¨¦ d¡¯entretenir des bonnes relations avec nos alli¨¦s, Luga et Vampires, donc nous passons un certain temps avec eux, et nous les aidons et les accompagnons partout o¨´ nous le pouvons, pour renforcer nos liens, surtout avec leurs jeunes, qui sont aussi entra?n¨¦s ici.
Un air surpris appara?t sur mon visage. Je vais donc pouvoir c?toyer loups-garous et vampires. Je ne sais pas vraiment s¡¯il s¡¯agit d¡¯une bonne chose, mais avoir des informations sur ce que j¡¯ai rat¨¦ en ne les rejoignant pas, et surtout un avis un peu ext¨¦rieur sur les d¨¦mons et l¡¯accident semble une id¨¦e int¨¦ressante.
Aylin voit mon visage et souris un peu, visiblement amus¨¦, m¨ºme si je ne sais pas vraiment par quoi.
-Bref, je pense que c¡¯est le principal, pour l¡¯instant. Tu as encore beaucoup de lacunes sur l¡¯histoire et les id¨¦es de notre groupe, mais ?a ne se r¨¦glera pas en une discussion de quelques heures avec moi. Je demanderais ¨¤ Ovaalar de t¡¯amener quelques livres importants pour mieux comprendre les relations entre les peuples, et celle entre les clans. Si tu as des questions, je serais toujours disponible, et je pense que Sahana sera aussi ravie de te r¨¦pondre, donc n¡¯h¨¦site pas.
Sa mention de Sahana m¡¯interloque, j¡¯ai l¡¯impression que il y a un peu trop de sous-entendu dans cette phrase, mais je ne rel¨¨ve pas, et me contente de la remercier poliment.
-Merci pour ces informations. Je n¡¯h¨¦siterais pas ¨¤ te poser des questions. D¡¯ailleurs, ¨¤ propos de ce que tu disais tout ¨¤ l¡¯heure, sur la seconde guerre mondiale¡
-Wow, wow, calme toi, j¡¯ai dit plus tard, les questions ! Pour l¡¯instant, on a encore des trucs plus important ¨¤ faire.
Je suis un peu choqu¨¦ de son interruption un peu violente, et un peu d¨¦?u de ne pas pouvoir continuer, mais son sourire amus¨¦, qui a bien grandit en finissant cette phrase, me surprend aussi, et je ne peux me retenir de l¡¯interroger.
-Et c¡¯est quoi, les ¡®trucs¡¯ ?
-H¨¦h¨¦¡ T¡¯as d¨¦j¨¤ voulu faire de la magie ?
DE LA MAGIE ! Wow, je crois que c¡¯est le moment que j¡¯attendais le plus depuis que je suis arriv¨¦ dans ce monde un peu ¨¦trange. Une occasion de devenir un magicien, un vrai. C¡¯est beaucoup trop int¨¦ressant. Ma fascination presque enfantine pour la magie devait ¨ºtre parfaitement visible sur mon visage, car Aylin rit un peu et me fait un petit signe de la main, avant que je ne lui r¨¦ponde.
-Oui, ?a doit ¨ºtre¡ bien. Tu, euh, comment ?a fonctionne, du coup ?
Elle arr¨ºte de rire, prend un air s¨¦rieux, le m¨ºme que lors de son explication un peu plus t?t, et me r¨¦pond.
-La magie est la base de toute la puissance des d¨¦mons, et des anges. Nos magies sont tr¨¨s diff¨¦rentes, presque oppos¨¦es dans leur fonctionnement, mais pour l¡¯instant, on va se concentrer sur la notre. C¡¯est la seule que tu peux utiliser, de toute fa?on.
Elle fait une courte pause, et je vois ses mains bouger l¨¦g¨¨rement, et en moins d¡¯une seconde, la pi¨¨ce se retrouve dans une obscurit¨¦ totale. Pas un peu sombre, comme ¨¤ l¡¯ext¨¦rieur en pleine nuit, ni m¨ºme comme dans une chambre au volets ferm¨¦s, mais bien une obscurit¨¦ totale, profonde, infinie. C¡¯est comme si toute les sources de lumi¨¨re du monde avait disparut, en un instant, et que toute l¡¯obscurit¨¦ s¡¯¨¦tait rassembl¨¦ ici, juste autour de moi, pour m¡¯obscurcir ¨¤ jamais la vision et l¡¯esprit. Je commence ¨¤ paniquer un peu dans ces t¨¦n¨¨bres ¨¦ternels, mais, aussi vite qu¡¯ils ¨¦taient apparus, ceux-ci se dissipent d¨¦sormais, et la pi¨¨ce est de retour ¨¤ son ¨¦tat d¡¯avant l¡¯ombre.
Je me retourne vers Aylin, alors que mon cerveau est encore en train d¡¯essayer de comprendre les cinq derni¨¨res secondes.
-C¡¯est toi qui as fait ?a ?
Son sourire r¨¦appara?t l¨¦g¨¨rement, avant de laisser ¨¤ nouveau place ¨¤ son air s¨¦rieux.
-Exactement. C¡¯est une de nos magies, pas la plus utile mais elle est assez impressionnante. Pour ma?triser l¡¯art magique des d¨¦mons, tu dois prendre conscience du Flux en toi. Le Flux est l¡¯¨¦nergie qui transpire ¨¤ travers toute chose, ¨¤ travers tout ¨ºtre, toute vie, tout objet. Elle est pr¨¦sente partout, autour de nous, bien qu¡¯invisible au commun des mortels. Notre don, ¨¤ nous d¨¦mon, est la capacit¨¦ ¨¤ utiliser le Flux qui se trouve en nous pour cr¨¦er de la magie. Le Flux est bien plus puissant dans un ¨ºtre vivant, et nous pouvons donc utiliser le notre, mais cela a aussi un impact sur notre ¨¦tat physique. Utiliser trop notre Flux est dangereux, et peut m¨ºme ¨ºtre mortel.
Le Flux ? C¡¯est assez incroyable comment un nom de magie peut ¨ºtre ¨¤ la fois aussi ¨¦trange et aussi peu original, mais si c¡¯est dans ce monde que je vis, je vais devoir faire avec.
-Pour utiliser le Flux, et la magie d¨¦moniaque, il n¡¯y a pas beaucoup de solutions. La plus simple est de forcer ton corps et ton esprit ¨¤ le reconna?tre pour te permettre ainsi de l¡¯utiliser. Je vais donc utiliser diff¨¦rents sorts sur toi, jusqu¡¯¨¤ ce que tu y arrives.
-Attends une seconde, utiliser des sorts sur moi ? Ce n¡¯est pas dangereux ? Je vais ¨ºtre bless¨¦ ?
Son sourire s¡¯agrandit, et je l¡¯entends presque rire, mais elle me r¨¦pond s¨¦rieusement.
-Ne t¡¯inqui¨¨te pas, je vais surtout utiliser des sorts non-mortels, tout devrait bien passer.
Des sorts non-mortels ? Quoi ?
-Comment ?a, surt¡
Je suis interrompu par le retour des t¨¦n¨¨bres. Je tente de me d¨¦battre et de me d¨¦placer, mais je suis paralys¨¦, fig¨¦ sur place, et l¡¯appr¨¦hension monte alors que j¡¯imagine toute les magies dangereuses et douloureuse qu¡¯elle pourrait utiliser sur moi.
Tout commence par une sensation de froid. Je suis gel¨¦, p¨¦trifi¨¦, je ne sens plus la plupart de mes membres, et je m¡¯engourdis lentement, comme d¨¦vor¨¦ par un glacier d¨¦moniaque. Apr¨¨s ?a, et sans que le froid ne se dissipe, je sens une mont¨¦e d¡¯¨¦nergie dans tout mon corps. Je suis bouillant, je me sens puissant, fort comme je ne l¡¯ai jamais ¨¦t¨¦. Cette chaleur interne, coupl¨¦e avec le froid externe provoque une sensation douloureuse, terrible, que j¡¯essaie de chasser en hurlant, mais aucun son ne sort de ma bouche.
Et puis, ?a devient pire, une nouvelle sensation de douleur et de d¨¦sespoir m¡¯envahit. C¡¯est si ¨¦trange, car je sens que les ¨¦motions, la tristesse et la peur qui d¨¦borde en moi ne vienne que partiellement de moi, et surtout d¡¯un sortil¨¨ge utilis¨¦ sur moi, mais je ne peux m¡¯emp¨ºcher de sombrer progressivement, alors que des images de cette journ¨¦e fatidique, de ce bus plong¨¦ dans l¡¯obscurit¨¦, de ce monstre, remplisse ¨¤ nouveau mon esprit.
Je bouts de l¡¯int¨¦rieur, g¨¨le de l¡¯ext¨¦rieur, et le d¨¦sespoir d¨¦borde, suivit par la haine et la col¨¨re. Je veux ma vengeance. Je veux punir celui qui a attaqu¨¦ mes amis, celui qui a tu¨¦ tout ceux qui comptait pour moi, et je ne me laisserais pas mourir aussi b¨ºtement, au cours de ce qui ressemble de plus en plus ¨¤ une ¨¦preuve de volont¨¦.
Je me d¨¦passerais, et je les d¨¦passerais tous, et ?a commence maintenant, en surpassant toute ces magies, et en devenant le plus fort, le plus grand d¨¦mon qui ai jamais ¨¦t¨¦.
Cette ambition d¨¦vorante consume ma haine, consume ma col¨¨re, consume la peur, la tristesse, le d¨¦sespoir, et ne laisse rien d¡¯autre qu¡¯un d¨¦sir de vengeance, un sentiment du devoir qui doit ¨ºtre accompli.
Et lorsque un rayon d¡¯¨¦nergie est lanc¨¦ dans ma direction, lorsque je sens cette magie dangereuse, destructrice qui s¡¯appr¨ºte ¨¤ me frapper, je concentre toute mon attention, tout mon pouvoir, tout le Flux que je sens d¨¦sormais r¨¦sonner ¨¤ travers moi, vibrer au plus profond de mon ¨ºtre, et je d¨¦vie le rayon.
D¡¯un geste, je dissipe l¡¯obscurit¨¦, et ram¨¨ne la douce lueur du soleil, r¨¦chauffant mon c?ur et la pi¨¨ce.
Je me tiens droit, fier, avec l¡¯impression d¡¯avoir accompli quelque chose. D¡¯avoir chang¨¦. D¡¯¨ºtre devenu quelqu¡¯un, et pas une simple ombre hant¨¦e par la mort. Je l¨¨ve les yeux, et me retrouve face au visage souriant d¡¯Aylin. Son sourire a changer. Il n¡¯est plus moqueur, plus amus¨¦, mais chaleureux, aimant. Elle murmure quelque mots, mais je ne les entends pas, et je m¡¯effondre, en sentant toute cette adr¨¦naline, tout ce Flux, quitter mon corps pour retourner au monde.
Je tombe.
Mais j¡¯ai r¨¦ussi.
Chapitre 6 : Entra?nement
Lorsque j¡¯ouvre les yeux, je suis sur un canap¨¦, dans un des salons de la maison. J¡¯¨¦merge lentement de mon ¨¦vanouissement, mettant quelques minutes ¨¤ comprendre ce qui m¡¯est arriv¨¦ exactement.
Je ne suis pas seul dans la salle. Sahana est assise en face de moi, et l¨¨ve les yeux de sa tablette en souriant lorsqu¡¯elle me voit me redresser.
-Alors, ?a fait quoi ?
Je mets un certain temps ¨¤ comprendre ce qu¡¯elle veut dire, mais, ¨¤ travers la nouvelle sensation traversant mon corps, le sens du Flux qui m¡¯habite maintenant, je comprends.
-Je¡ C¡¯est bizarre ? Comme avoir un sixi¨¨me sens, mais diff¨¦rent ?
Elle acquiesce, songeuse.
-C¡¯est ce que tout les Changeurs disent quand ils deviennent des D¨¦mons. Nous, les natifs, on peut sentir le Flux depuis toujours, donc ?a nous para?t plus naturel. Honn¨ºtement, je ne peux pas vraiment imaginer la vie sans ?a.
Je ne r¨¦pons pas vraiment, mais passe la dizaine de minutes suivantes ¨¤ r¨¦cup¨¦rer et ¨¤ tenter de comprendre mes nouveaux pouvoirs. Je ne suis pas tout puissant, et ma ma?trise du Flux est certainement plus qu¡¯imparfaite, mais je sens, instinctivement, que si je le veux, je peux invoquer la magie d¨¦monique.
Sahana me regarde faire pendant tout ce temps, mais lorsque je commence ¨¤ me concentrer pour invoquer une magie d¨¦monique, dont je ne connais pas vraiment l¡¯effet, elle m¡¯interrompt.
-Oh, fais pas ?a ici ! Tu veux d¨¦truire la salle ? Si tu veux faire des test, on peut aller dehors.
-Ah. Je savais pas, d¨¦sol¨¦. Ouais, allons dehors, je veux pouvoir essayer la magie.
Je la suis ¨¤ travers les couloirs de la maison, et je remarque avec surprise sur une des horloges murales qu¡¯il est d¨¦j¨¤ midi pass¨¦. Je suis rest¨¦ assez longtemps ¨¦vanoui, plusieurs heures m¨ºme, mais je n¡¯ai pas vraiment faim, donc je ne m¡¯arr¨ºte pas.
Une fois arriv¨¦s dans le jardin, la d¨¦mone me guide vers un coin de celui-ci, dans une esp¨¨ce de petit gymnase que je n¡¯avais pas eu le temps de voir hier. Je ne comprends pas pourquoi on ne va pas au sous-sol, mais je ne me plaint pas, et la suit jusqu¡¯¨¤ l¡¯int¨¦rieur du batiment.
¨¤ l¡¯int¨¦rieur, un des c?t¨¦s est recouvert de cibles, projet¨¦s sur une surface m¨¦tallique. Sahana se retourne vers moi et m¡¯explique un petit peu.
-Pour les D¨¦mons, l¡¯apprentissage de la magie est tr¨¨s, tr¨¨s instinctif. On apprend pas vraiment des sorts, c¡¯est plut?t que quand notre compr¨¦hension du monde grandit, nous d¨¦couvrons naturellement des mani¨¨res de concentrer notre magie. La premi¨¨re de ces magies, que presque tous les d¨¦mons ma?trise, est celle que tu allais utiliser dans la salle. On l¡¯appelle la Sombre Frappe. Essaie de l¡¯invoquer pour attaquer cette cible l¨¤-bas, tu comprendras.
-D¡¯accord, je vais essayer.
Je me concentre, ferme les yeux, essayant de me repr¨¦senter la cible en question. Je sens le Flux en moi se structurer, passer dans des circuits, des r¨¦seaux dont j¡¯ignorais l¡¯existence ¨¤ travers tout mon corps, puis se rassembler en deux points, au milieu de chacune de mes deux paumes. Je l¨¨ve celle-ci, instinctivement, et rouvre les yeux, h¨¦sitants. Je sens la magie se d¨¦cha?ner, je vois des grandes fl¨¨ches d¡¯obscurit¨¦ traverser l¡¯espace, comme d¨¦chirant ¨¤ travers la r¨¦alit¨¦ elle-m¨ºme. Les fl¨¨ches frappent la cible, au centre de celle-ci, puis se dissipent en un petit nuage d¡¯obscurit¨¦.
Je sens imm¨¦diatement le co?t de la magie. Je suis fatigu¨¦, presque ¨¦puis¨¦, mais j¡¯arrive ¨¤ tenir debout et ¨¤ ne pas m¡¯¨¦vanouir, cette fois. Je me tourne vers Sahana, un peu fier de moi.
-Alors c¡¯¨¦tait comment.
Elle a l¡¯air un peu surprise, mais un sourire brutal, presque carnassier, se dessine sur son visage.
-Tu es dou¨¦, tr¨¨s dou¨¦. Deux fl¨¨ches, d¨¨s ton premier tir ? Aylin avait raison, on dirait. Tu vas pouvoir ¨¦craser ces salauds d¡¯Anges.
Je suis ¨¤ moiti¨¦ rassur¨¦ par ses paroles, surtout les plus flatteuses, mais aussi ¨¤ moiti¨¦ terrifi¨¦ par ces projets de massacres d¡¯Anges, avec lequel j¡¯ai encore un peu de mal. J¡¯aurais pu ¨ºtre l¡¯un des leurs, apr¨¨s tout.
-Tant mieux. Je sais pas si je vais continuer ¨¤ m¡¯entra?ner, je suis d¨¦j¨¤ un peu fatigu¨¦. Tu fais quoi d¡¯habitude l¡¯apr¨¨s-midi, Sahana ?
La jeune fille me d¨¦visage, puis ¨¦clate de rire.
-Quand tu as ¨¦puis¨¦ ta magie est quand tu es en meilleur condition pour un peu d¡¯entra?nement, Nils. On ne bats pas la Lumi¨¨re qu¡¯avec des sorts, il faut aussi ¨ºtre en excellente forme physique. Donc cet apr¨¨m, c¡¯est entra?nement pour toi !
* * *
Je ne pensais pas que ce serait aussi ¨¦puisant. J¡¯ai pass¨¦ tout le reste de la journ¨¦e ¨¤ alterner entre lancers des fl¨¨ches magique pour m¡¯entra?ner et me faire casser la gueule par Sahana dans une suite de combat.
J¡¯ai commenc¨¦ l¡¯apprentissage de plusieurs armes diff¨¦rentes, mais quasiment que des armes de corps-¨¤-corps, ce qui m¡¯a un peu surpris, mais d¡¯apr¨¨s la d¨¦mone, les armes ¨¤ feu conventionnelles sont compl¨¨tement inefficace contre des Sonen, donc apprendre ¨¤ se battre avec des armes de proximit¨¦ ¨¦tait plus important.
Ce qui ne l¡¯a en tout cas pas emp¨ºch¨¦e de me tirer une multitude de fl¨¨ches dessus, soit disant pour m¡¯apprendre ¨¤ esquiver. Cela dit, ?a m¡¯a permit de me rendre compte de l¡¯¨¦cart flagrant entre son niveau et le mien en terme de magie. Ses fl¨¨ches ¨¦taient plus nombreuse, plus grosses, et me suivaient. C¡¯¨¦tait quasiment des missiles ¨¤ t¨ºte chercheuses.The narrative has been taken without permission. Report any sightings.
Heureusement, elle ne me frappait pas directement avec, mais elle prenait quand m¨ºme un malin plaisir ¨¤ les faire exploser juste ¨¤ c?t¨¦ de moi, pour me pousser ¨¤ tout faire pour les esquiver. Et si jamais je faiblissais un peu trop, elle sautait ¨¤ mes c?t¨¦s, et me soignait rapidement, avant de reprendre.
Au repas du soir, je n¡¯ai ¨¦cout¨¦ les conversations que d¡¯une oreille distraite, compl¨¨tement lessiv¨¦ que j¡¯¨¦tais, et je suis directement retourner dormir, apr¨¨s, fuyant le grand sourire de Sahana qui me disait bonne nuit.
J¡¯ai pass¨¦ une nuit surprenamment sans r¨ºve, et me suis lev¨¦ presque sans courbature, preuve, s¡¯il en est, de la capacit¨¦ de r¨¦g¨¦n¨¦ration incroyable des d¨¦mons. J¡¯ai ¨¤ peine eu le temps de dire bonjour ¨¤ tout le monde avant que mon bourreau, Sahana, ne me rattrape. D¨¦j¨¤ r¨¦sign¨¦, je lui ai quand m¨ºme pos¨¦ la question.
-Encore de l¡¯entra?nement ?
-Non, t¡¯inqui¨¨te, je suis pas un monstre ! Aujourd¡¯hui, on va se balader. Les Lugas ont un probl¨¨me, Aylin m¡¯a mis sur le coup, donc je me suis dit que ce serait bien de t¡¯embarquer aussi, tu pourras apprendre deux-trois trucs !
En voyant mon visage soulag¨¦, et un sourire r¨¦appara?tre sur celui-ci, elle pousse un soupir fatigu¨¦.
-Quoi ? T¡¯en voulais plus ? De toute fa?on, il va falloir t¡¯y habituer !
Je me d¨¦p¨ºche de lui r¨¦pondre, en cherchant ¨¤ changer le sujet.
-Non, non, c¡¯est tr¨¨s bien comme ?a, je m¡¯y habitue ! Donc les Lugas, tu disais ?
-Oui ! Les Chigas ont ¨¦t¨¦ particuli¨¨rement insistant et p¨¦nible cette ann¨¦e, donc j¡¯imagine que c¡¯est en rapport avec ?a, mais j¡¯ai pas plus d¡¯info, donc on verra bien. T¡¯inqui¨¨te pas, tu risques rien, je te prot¨¦gerais !
Des conflits entre les loups-garous et leur ennemis, les chiens-garous ? Ce n¡¯est pas surprenant, j¡¯imagine, mais ?a peut ¨ºtre une bonne occasion de d¨¦couvrir un peu plus ces ¨ºtres ¨¦tranges.
Apr¨¨s un rapide passage dans les souterrains, o¨´ Sahana a r¨¦cup¨¦r¨¦, assez ¨¦trangement, un petit sac ¨¤ main, et a refus¨¦ de m¡¯expliquer ce qui ¨¦tait dedans, nous avons quitt¨¦ le manoir.
Nous avons travers¨¦ une petite partie de la ville, suffisamment pour que je sois compl¨¨tement perdu, et nous sommes sortis du centre-ville pour nous diriger vers les banlieues de Valiute. Nous avons encha?n¨¦s m¨¦tro et bus, pour finalement nous arr¨ºter dans un quartier de la p¨¦riph¨¦rie de la m¨¦tropole Lilloise.
Des petits lotissements ternes bordent les grands immeubles fades construit au moins un demi-si¨¨cle auparavant. Ceux-ci ne tombent pas encore en ruine, mais les quelques fen¨ºtres bris¨¦es et les bords recouverts de tags rendent ¨¦vident leur ¨¦tat de d¨¦su¨¦tude.
Nous nous sommes enfonc¨¦s dans les lotissements, jusqu¡¯¨¤ arriver dans un cul-de-sac, o¨´ un petit nombre de maisons entourent un tout petit rond point. Le quartier est surprenamment d¨¦sert. ¨¤ part deux vieilles femmes remontant lentement l¡¯une des rues parall¨¨les, un silence assourdissant emplit l¡¯atmosph¨¨re.
Depuis que nous sommes arriv¨¦s, une sensation ¨¦trange, celle d¡¯¨ºtre observ¨¦, d¡¯¨ºtre plac¨¦ constamment sous un regard scrutateur me d¨¦range grandement. Je suis sous pression, et je sens que tout cet endroit l¡¯est aussi. Malgr¨¦ le silence, je peux presque sentir la violence et la tension dans l¡¯air.
Sahana, elle, est aussi impassible et enjou¨¦e que d¡¯habitude. Elle est compl¨¨tement inaffect¨¦ par l¡¯ambiance, et semble ne pas pouvoir s¡¯emp¨ºcher de humer une petite m¨¦lodie sur le chemin, brisant par moment le silence glacial. Lorsqu¡¯elle remarque mon regard, elle se retourne vers moi en souriant.
-Qu¡¯est ce qu¡¯il y a ? T¡¯es stress¨¦ ?
-Tu trouves pas que l¡¯ambiance est bizarre ici ? Pourquoi c¡¯est si silencieux ?
Elle affiche un air songeur et me r¨¦pond quelques secondes plus tard.
-Avec leurs probl¨¨mes r¨¦cent, ils doivent se m¨¦fier de toi, j¡¯imagine ? Mais t¡¯inqui¨¨te, ils sont super sympa !
J¡¯acquiesce, toujours en proie au doute, mais ne souhaitant pas continuer cette conversation. Apr¨¨s tout, s¡¯ils se dissimulent parce qu¡¯ils m¡¯ont vu arriver, ils doivent largement avoir la capacit¨¦ de nous entendre parler.
Nous nous arr¨ºtons finalement devant la maison au centre du rond-point, qui fait face ¨¤ la route d¡¯o¨´ l¡¯on vient. Sahana toque ¨¤ la porte, trois coups violent faisant presque trembler les murs du petit lotissement.
Apr¨¨s un petit silence, je peux entendre du bruit ¨¤ l¡¯int¨¦rieur de la maison, des discussions difficilement masqu¨¦s par les murs surprenamment fins de celle-ci. Finalement, quelqu¡¯un se d¨¦place, en plusieurs pas lourds et mesur¨¦s, et la porte s¡¯ouvre avec un grincement.
¨¤ l¡¯embouchure de celle-ci, un v¨¦ritable colosse. Un homme, large et imposant, qui ¨¤ la t¨ºte l¨¦g¨¨rement baiss¨¦ pour tenir dans l¡¯encadrure de la porte. Il nous regarde pendant une ou deux longues secondes, avant d¡¯ouvrir la bouche pour nous poser une question d¡¯une voix grave et profonde.
-Sahana ? Qu¡¯est¡¯u fais l¨¤ ? Et l¡¯aut¡¯, c¡¯est qui ?
Sahana lui r¨¦pond d¡¯un sourire rayonnant, alors que je reste silencieux, ne sachant pas quoi penser.
-Yo Towr ! Dis-moi, Raowk est l¨¤ ? Aylin m¡¯a dit que vous aviez besoin d¡¯aide ! Et lui c¡¯est Nils ! Le nouveau ! Raowk a du vous pr¨¦venir, non ?
Il h¨¦site pendant quelques secondes, ne sachant visiblement pas quoi dire. Il semble r¨¦fl¨¦chir ¨¤ nouveau pendant un petit temps, puis reprend la parole.
-Faut qu¡¯j¡¯vois avec Sorowk. J¡¯rive, ¡®tendez d¡¯vant la porte.
Et sur ces courts mots, il nous claque la porte au nez et rentre ¨¤ l¡¯int¨¦rieur de la maison. Je me tourne vers la d¨¦mone, dubitatif.
-C¡¯est normal ?a ?
-Non. D¡¯habitude, Raowk vient directement. O¨´ on nous laisse entrer, si il est absent. Quelque chose cloche. J¡¯envoie un message ¨¤ Aylin, je dois la tenir au courant.
¨¤ peine a-t-elle fini de pianoter sur son t¨¦l¨¦phone que la porte s¡¯ouvre ¨¤ nouveau. Le colosse -Towr- est de retour, mais cette fois avec de meilleures nouvelles, comme le montre la porte grande ouverte devant nous.
-Sorowk et Vorra veulent vous parler. V¡¯pouvez entrer.
Sans h¨¦siter, mais avec un sourire un peu diminu¨¦, Sahana rentre dans la maison, et je la suis.
Les couloirs sont recouverts d¡¯une tapisserie un peu banale, bien que quelque peu vieillotte. Le long, et tr¨¨s large couloir, m¨¨ne ¨¤ un grand salon, dans lequel deux canap¨¦s et trois chaises sont dispos¨¦s en cercle autour d¡¯une petite table basse. L¡¯absence de quelconque nourriture ou boissons, ainsi que les regards sombres des cinq personnes assises toute autour de la table nous indique cependant qu¡¯il ne s¡¯agit pas d¡¯un simple ap¨¦ro entre ami.
Le Luga que j¡¯avais rencontr¨¦ dans mon r¨ºve, le chasseur, avec son air f¨¦roce et sa rage envers les anges, ne fait pas partis du petit comit¨¦, ¨¤ ma grande surprise, et ?a ne fait que confirmer mes suspicions pr¨¦c¨¦dentes. Une r¨¦union entre membre visiblement important du groupe, sans le chef, ¨¤ priori chez ce dernier ? Il se passe quelque chose ici. Quelque chose que je ne vais pas appr¨¦cier.
Autour de la petite table donc, une brochette de loups-garous. Je n¡¯ai pas besoin d¡¯aide pour identifier en chacun d¡¯entre eux une f¨¦rocit¨¦ similaire ¨¤ celle de Raowk et ¨¤ celle de Towr. Towr est le plus large d¡¯entre eux cependant, tout les autres ¨¦tant d¡¯une stature plus petite, plus proche de celle des humains, voir plus petit que la moyenne pour deux d¡¯entre eux, deux femmes.
Ce sont les deux seuls de l¡¯assembl¨¦e. L¡¯une d¡¯entre elle ¨¤ l¡¯air d¡¯avoir un peu moins de trente ans, tandis que l¡¯autre a probablement ¨¤ peine mon age. Dans le groupe, un autre luga a l¡¯air plus jeune que moi. Les deux derniers sont, eux, aussi jeunes que la premi¨¨re femme. Si je ne savais pas ¨ºtre en pr¨¦sence de loups-garous, je penserais probablement qu¡¯il s¡¯agit d¡¯un groupe d¡¯¨¦tudiants, mais, encore une fois, leurs airs sombres indiquent clairement que quelque chose s¡¯est produit.
Un des lugas les plus ag¨¦, qui ressemble d¡¯ailleurs ¨¦trangement ¨¤ Raowk, mais en un peu plus large, est le premier ¨¤ s¡¯exprimer.
-Bien vous ¨ºtes enfin l¨¤. Sahana. Et toi, le nouveau c¡¯est ?a, Nils. Bienvenue.
Je m¡¯empresse de r¨¦pondre.
-Oui, c¡¯est bien ?a. Merci.
Sahana encha?ne, posant enfin la question qui me taraudait.
-Sorowk ? Il se passe quelque chose ? O¨´ est Raowk ?
Le luga ¨¦changea un regard pein¨¦ avec sa voisine, la plus ag¨¦e des deux filles. Il ravala sa salive, encore h¨¦sitant, puis finit enfin par r¨¦pondre ¨¤ Sahana.
-Il y a quatre nuits de cela, apr¨¨s son R¨ºve Profond¡ Raowk ne s¡¯est pas r¨¦veill¨¦.
Chapitre 7 : Le R锚ve Profond
-Il y a quatre nuits de cela, apr¨¨s son R¨ºve Profond¡ Raowk ne s¡¯est pas r¨¦veill¨¦.
Imm¨¦diatement, Sahana palit et recule de quelques pas, clairement choqu¨¦ de cette r¨¦v¨¦lation, quel que soit ?a signification.
Un R¨ºve Profond, hein ? Si je ne me trompe pas, mon Changement a eu lieu il y a quatre nuits, donc c¡¯est sans doute li¨¦, d¡¯autant plus que les lugas ne semblent pas vraiment au courant de mon existence. Si je devais deviner, je dirais sans doute que le R¨ºve Profond correspond ¨¤ ma vision dans mon songe, quand je les ai tous rencontr¨¦s.
Pendant que je r¨¦fl¨¦chissais ¨¤ tout ?a, sans savoir vraiment comment r¨¦agir, Sahana s¡¯empresse de reprendre la parole rapidement, d¨¦barrass¨¦ cette fois de son sourire habituel.
-Comment ?a ? Est-ce qu¡¯il est toujours vivant au moins ? Vous connaissez la cause ? O¨´ est-il ?
Elle semble avoir bien d¡¯autres questions ¨¤ poser, mais le luga, Sorowk, lui coupe la parole pour r¨¦pondre aux premi¨¨res.
-Oui, il va bien, physiquement, mais il ne s¡¯est juste¡ pas r¨¦veill¨¦. Nous avons cru d¡¯abord que le R¨ºve continuait, et nous voulions ¨¦viter d¡¯¨¦bruiter le sujet pour ne pas causer de panique, mais ?a fait maintenant quatre jours, et la pr¨¦sence du Changeur ici confirme que le R¨ºve devrait s¡¯¨ºtre arr¨ºter bien avant. Notre seul autre hypoth¨¨se est une attaque mentale, en utilisant le Changeur comme porte entre l¡¯attaquant et Raowk.
Une attaque mentale ¨¤ travers mon esprit ? Je lance un regard rempli d¡¯inqui¨¦tude ¨¤ Sahana. Si je suis contr?l¨¦ mentalement¡ Je ne sais pas ce que je ferais. Je n¡¯en ai pas l¡¯impression en tout cas.
La jeune d¨¦mone me renvoie mon regard avec presque autant d¡¯inqui¨¦tude, et elle se d¨¦place d¡¯un pas vers la droite, comme pour mettre un peu d¡¯¨¦cart entre nous, avant de se retourner vers Sorowk pour reprendre la conversation.
Ayant vu nos mouvements respectifs, et ayant a priori une bonne compr¨¦hension de la conversation, Towr, le luga massif qui nous as ouvert la porte, se positionne entre moi et l¡¯entr¨¦e, et se rapproche avec un air mena?ant.
Je panique un peu. Je ne peux pas prouver mon innocence, et je ne sais m¨ºme pas r¨¦ellement si je ne suis pas contr?l¨¦, m¨ºme d¡¯une mani¨¨re que je ne comprends pas. Au moins, si le coupable pouvait vraiment me diriger enti¨¨rement, je ne vois pas pourquoi j¡¯aurais rejoint les d¨¦mons. Apr¨¨s, cela peut faire partie d¡¯un plan plus grand.
-Comment est-ce possible ? Aucun des chefs n¡¯a ce genre de pouvoir ? Et Nils¡ il n¡¯aurait pas ¨¦t¨¦ comme ?a s¡¯il ¨¦t¨¦ contr?l¨¦.
Malgr¨¦ sa premi¨¨re r¨¦action, il semblerait que Sahana me fasse encore confiance, finalement. Alors qu¡¯elle finissait cette phrase, elle est revenue ¨¤ sa place initiale et s¡¯est m¨ºme rapproch¨¦e de moi, comme pour me manifester un soutien, soutien dont je ne connais pas encore vraiment l¡¯utilit¨¦. Est-ce que cette conversation va se transforme en interrogatoire, ou, pire, en proc¨¨s ?
Heureusement, il semblerait que les lugas soient assez d¡¯accord avec elle. Plusieurs hochent la t¨ºte, et c¡¯est la plus ag¨¦e des deux femmes qui r¨¦pond.
-Tu as raison, Sahana. Nous connaissons bien les chefs de la lumi¨¨re, et aucun d¡¯entre eux n¡¯a ce genre de capacit¨¦. Cependant, il n¡¯est pas impossible qu¡¯ils utilisent quelqu¡¯un qui ¨¤ ce genre de capacit¨¦. Ils leur suffiraient de laisser cet individu envahir le cerveau d¡¯un des trois, et d¡¯attendre le r¨ºve. Ensuite, ¨¤ l¡¯aide de la connexion cr¨¦¨¦e par le Changement, il allait pouvoir utiliser son pouvoir sur l¡¯un d¡¯entre nous.
Avec un soupir, Sorowk reprend la parole.
-Le probl¨¨me, c¡¯est qu¡¯on ne sait pas encore lequel des trois aurait pu faire ?a, ni m¨ºme qui ils auraient pu utiliser pour le faire. On a des th¨¦ories, mais rien de concret. Cette r¨¦union d¡¯urgence ¨¦tait au sujet de ce qu¡¯il faut faire apr¨¨s.
-On a ¨¦t¨¦ appel¨¦s pour vos probl¨¨mes avec les chigas, mais cette situation est clairement beaucoup plus importante. On fera ce qu¡¯on peut pour vous aider, Sorowk, Sorra.
-Merci, Sahana, mais on ne manque pas particuli¨¨rement de main d¡¯?uvres. On est nombreux ici. Et pour les chigas, ?a fait un moment qu¡¯ils nous tournent autour et ils sont de plus en plus nombreux, ces derniers temps. On les croise dans toute la ville. Honn¨ºtement, je pense qu¡¯ils sont au courant de ce qui est arriv¨¦ ¨¤ l¡¯Alpha, vu comment leur nombre a augment¨¦ dans les trois derniers jours.
Apr¨¨s l¡¯explication de Sorowk, un des autres lugas, qui ¨¦tait rest¨¦ silencieux depuis notre arriv¨¦, prend la parole d¡¯un air s¨¦rieux.
-Si, il y a une chose qu¡¯ils peuvent faire ! Aller voir L¡¯Oracle. Elle nous hait trop pour qu¡¯on puisse lui demander un service, mais vous, d¨¦mons, vous devriez pouvoir lui arracher un march¨¦ ?
L¡¯Oracle ? ?a sonne assez¡ impressionnant. Avec ce genre de nom, j¡¯imagine qu¡¯il s¡¯agit d¡¯un ¨ºtre ayant des pouvoirs de pr¨¦dictions, mais difficile d¡¯en savoir plus. Je me demande un peu dans quel camp elle est, si elle hait les lugas. Est-elle une alli¨¦e des anges ?
Mais si ses pouvoirs sont tels que leur nom le sugg¨¨re, pourquoi une oracle nous aiderait ¨¤ r¨¦soudre un probl¨¨me qui est d¨¦j¨¤ en cours ? Voyant que Sahana ne semble pas vouloir prendre la parole, j¡¯interroge moi-m¨ºme les lugas.
-Pourquoi pas, mais pourquoi un Oracle ? Je ne vois pas vraiment en quoi ?a peut nous aider.
C¡¯est la femme ag¨¦e qui me r¨¦pond, un air un peu m¨¦contente sur le visage, comme si elle ne s¡¯attendait pas ¨¤ ce que je prenne la parole.
-Plusieurs choses, en fait. D¨¦j¨¤, l¡¯Oracle conna?t les siens, et c¡¯est sans doute un d¡¯entre eux qui a permis ?a, ensuite, nous avons un conflit ¨¤ r¨¦gler avec elle. Raowk voulait aller la voir lui-m¨ºme bient?t, donc on peut faire ?a en m¨ºme temps. Enfin, et peut-¨ºtre le plus important, nous devons comprendre ce que font les chigas. Sans l¡¯alpha, on a un besoin crucial de renseignements.The tale has been taken without authorization; if you see it on Amazon, report the incident.
Sahana se tourne dans ma direction, un air interrogateur sur son visage. Je lui r¨¦ponds par un petit signe de t¨ºte, pour la pousser ¨¤ accepter. Je n¡¯ai pas tout compris mais c¡¯est sans doute une des meilleures occasions que je peux avoir pour en apprendre un peu plus sur ce monde, qui reste encore tr¨¨s, trop obscur pour moi. Elle me sourit, pour me montrer son appr¨¦ciation, puis se d¨¦p¨ºche de r¨¦pondre au petit groupe.
-Tr¨¨s bien, on va s¡¯occuper de ?a. Et si jamais on voit passer des chigas, on essayera de vous en d¨¦barrasser !
Les lugas approuvent silencieusement, et Sorowk reprend ¨¤ son tour la parole.
-Si vous le pouvez, ¨¦viter de trop communiquer sur l¡¯¨¦tat du chef. Si la Lumi¨¨re apprend qu¡¯il est incapacit¨¦, ils pourraient tenter quelque chose. Pour l¡¯Oracle, si vous pouviez trouver le coupable, ce serait parfait. En termes d¡¯offrandes on verra ce qu¡¯on peut faire. D¡¯ailleurs¡
Il laisse sa phrase mourir alors qu¡¯il rejette un long regard sur ses compatriotes. Il semble h¨¦siter, d¨¦chirer par une d¨¦cision difficile, mais se reprend et se retourne vers nous.
-Kowrr viendra avec vous. Il est suffisamment jeune, l¡¯Oracle n¡¯essaiera pas de lui faire du mal. Il sait ce que nous pouvons faire, ce que nous pouvons nous permettre, et d¨¦gotera un meilleur march¨¦.
Le plus jeune de la pi¨¨ce, un petit luga, qui n¡¯a sans doute pas plus de quinze ans, se redresse en entendant son nom, et se l¨¨ve lorsque leur chef explique sa tache. Il a l¡¯air bouillonnant, pr¨ºt ¨¤ l¡¯action.
M¨ºme s¡¯il est plus petit que le reste des loups, il d¨¦gage la m¨ºme f¨¦rocit¨¦ que ses paires, accompagn¨¦s d¡¯une certaine immaturit¨¦, qui risque, ou pas, de devenir un probl¨¨me par la suite.
Je me retiens de faire un commentaire, et me plie ¨¤ cette d¨¦cision, mais ma camarade semble avoir quelque chose ¨¤ dire, vu qu¡¯elle s¡¯empresse de reprendre la parole.
-Kowrr ? Sorowk, je ne suis pas vraiment contre, mais tu es sur qu¡¯il est assez grand ? Il ne fait m¨ºme pas sa taille adulte !
Le luga hoche la t¨ºte avec conviction. Il pose sa large main sur l¡¯¨¦paule du jeune loup, et le pousse un peu vers nous en reprenant la parole.
-Je suis sur que c¡¯est ce que Raowk voudrait. C¡¯est une occasion parfaite pour son fils d¡¯en apprendre un peu plus sur notre monde, et sur les responsabilit¨¦s, et l¡¯opportunit¨¦ que nous cherchions pour entamer une r¨¦conciliation avec l¡¯Oracle. On ne peut pas laisser des vieilles disputes brouiller nos relations avec un des ¨ºtres les plus puissants du monde.
-Tr¨¨s bien, on le prendra avec nous, mais il doit nous ¨¦couter et nous ob¨¦ir. D¡¯accord, Kowrr ?
Celui-ci r¨¦pond d¡¯une voix encore fluette, trahissant encore plus son jeune age, ¨¤ la question de Sahana.
-J¡¯ob¨¦irais, ne vous inqui¨¦tez pas ! Je ferais de mon mieux !
-Bien, il vaut mieux se pr¨¦parer, ?a peut ¨ºtre un long trajet. On a encore quelques probl¨¨mes ¨¤ ¨¦voquer, mais rien qui ne vous concernent r¨¦ellement, d¨¦mons, et vous avez sans doute aussi des choses ¨¤ pr¨¦parer. On peut se retrouver ici m¨ºme dans deux heures pour le d¨¦part ?
* * *
Cela fait maintenant presque deux heures et demi, et les lugas ne sont toujours pas pr¨ºt. Je suis assis avec Sahana sur le bord de la route, en face du petit rond-point plac¨¦ devant la maison de Raowk, et nous revoyons une derni¨¨re fois tout ce qu¡¯elle m¡¯a dit sur cet ¨ºtre, l¡¯Oracle.
D¡¯apr¨¨s ce qu¡¯elle m¡¯a expliqu¨¦, les races impliqu¨¦s dans la Grande Guerre, celle qui oppose depuis des mill¨¦naires Lumi¨¨re et T¨¦n¨¨bre, ne sont pas les seuls du monde. En r¨¦alit¨¦, il existe beaucoup d¡¯autres races de Sonens, presque une quarantaine d¡¯apr¨¨s certains compte r¨¦cent. En fait, un Changeur peut rejoindre presque n¡¯importe laquelle de ces races tant qu¡¯un repr¨¦sentant de la race en question est ¨¤ proximit¨¦ du Changeur, et accepte le R¨ºve profond.
Autour des bases anges et d¨¦mons, les autres races pr¨¦f¨¨rent ne pas intervenir, de peur d¡¯¨ºtre prit ¨¤ parti par l¡¯un des deux. De nombreuses races ont disparu ainsi au cours de l¡¯histoire, impliqu¨¦s malgr¨¦ eux dans ce grand conflit.
Mais il reste toujours des zones qui ¨¦chappent ¨¤ la surveillance, des ¨ºtres qui passent ¨¤ travers les mailles du filet, o¨´ qui arrivent ¨¤ un moment o¨´ aucun des races principales ne peut acc¨¦der au R¨ºve. Dans ces cas, ils rejoignent ce qu¡¯on appelle une ¡®race mineure¡¯, qui est un plus petit groupe de Sonen.
La plupart de ceux restant sont trop puissant ou trop important pour ¨ºtre attaqu¨¦ par les anges, d¡¯apr¨¨s Sahana, et les d¨¦mons ne sont pas du genre ¨¤ massacrer des races enti¨¨res pour le plaisir, ou au contraire trop peu nombreux pour ¨ºtre vraiment remarqu¨¦.
Elle en mentionne quelques uns, les plus connus selon elle. Les ing¨¦nieux Nains, les discret Mokaaz, des ¨ºtres proches de la nature d¡¯apr¨¨s elle, l¡¯in¨¦branlable Vieux Sage, un ¨ºtre dont l¡¯existence pr¨¦c¨¦derait tout autre Sonen, ainsi que les c¨¦l¨¨bres Esprages, et l¡¯Oracle est un membre important de cette derni¨¨re race.
D¡¯ailleurs, d¡¯apr¨¨s elle, le mot race est assez peu adapt¨¦ ¨¤ ce groupe en particulier, tant les diff¨¦rences sont grandes entre les diff¨¦rents individus de celui-ci, avec un seul majeur point commun, des pouvoirs inimaginables globalement li¨¦s ¨¤ leur esprit.
L¡¯Oracle en particulier, est quasi litt¨¦ralement immortel. Ses pouvoirs, et une partie de sa m¨¦moire se transmet ¨¤ chacune de ses morts au prochain Changeur qui Change, quel que soit la volont¨¦ de ce dernier. Tant qu¡¯il y a des Changeurs, il y aura donc un Oracle.
Ses pouvoirs sont simples, mais extr¨ºmement puissant. Celui-ci a acc¨¨s, en plus d¡¯une r¨¦serve de connaissance d¨¦passant l¡¯entendement, transmis de g¨¦n¨¦ration en g¨¦n¨¦ration, a des visions d¡¯un futur qui pourrait ¨ºtre.
Ce pouvoir, qui lui a valu, ¨¤ Delphes, le surnom d¡¯Oracle, ¨¤ cependant des limites, qui sont bien connus apr¨¨s ses si¨¨cles de vies. Tout d¡¯abord, il doit vivre les souvenirs, pas juste les voir. Ce qui veut dire qu¡¯il souffre toutes les douleurs, ressent toute les ¨¦motions, et ?a ¨¤ chaque fois qu¡¯il regarde le futur. De plus, il ne peut voyager qu¡¯une fois toute les six heures, et il ne choisit pas, loin de l¨¤, dans quel futur il regarde.
Le c?t¨¦ ¡®vivre¡¯ le futur ¨¤ , selon les dires de ma camarade d¨¦mone, bris¨¦ de nombreux Oracles dans le pass¨¦. Les traumas sont aussi transf¨¦r¨¦s ¨¤ la mort, et rare sont ceux qui ne sombrent pas dans la folie dans les ann¨¦es suivant leur Changement.
Heureusement, l¡¯Oracle actuelle est connue pour ¨ºtre une des plus stables des cinq derniers mill¨¦naires. Elle poss¨¨de ce pouvoir depuis pr¨¨s de quarante ans, selon les estimations, et poss¨¨de encore, aux derni¨¨res nouvelles, l¡¯int¨¦gralit¨¦ de sa sant¨¦ mentale.
Ses relations avec les lugas sont un peu tendus, ¨¤ cause d¡¯un conflit un peu lointain entre certains lugas et une suite d¡¯Oracles, qui a fini par la mort assez brutale de la plupart de ces Oracles. Par contre, ce conflit commence ¨¤ dater, et cet Oracle est aussi connue pour ¨ºtre assez tol¨¦rante, donc c¡¯est sans doute pour ?a que Kowrr nous accompagnera.
Enfin, demander des informations ¨¤ l¡¯Oracle n¡¯est jamais gratuit. Elle ne prend pas de camp, mais tout le monde peut faire un march¨¦ avec elle. Les termes du march¨¦ d¨¦pendent de beaucoup de choses, et il est impossible de pr¨¦voir les souhaits de l¡¯Oracle. Elle peut demander des services, des biens, o¨´ m¨ºme des personnes.
Elle me fait un peu peur, honn¨ºtement. Je ne suis pas sur de tout avoir bien compris, mais je me demande encore comment cela ?a va se passer. D¡¯apr¨¨s Sahana, il est impossible de savoir o¨´ elle est pr¨¦cis¨¦ment, elle peut ¨ºtre en train de voyager dans le monde entier.
Par contre, un autre Esprage, nomm¨¦ le Messager, voyage souvent avec l¡¯Oracle, et il sert de moyen de contact avec elle. La d¨¦mone est rest¨¦e assez ¨¦vasive sur comment ?a fonctionne exactement, mais elle m¡¯a dit de lui faire confiance.
Nous finissons ¨¤ peine notre discussion que la porte s¡¯ouvre derri¨¨re nous. Je me retourne, me rel¨¨ve et regarde Sorowk et la plus vieille des deux femmes sortir, suivit par Kowrr et Towr.
Les quatre lugas ¨¦changent quelques mots sur le bas de la porte, puis Kowrr se s¨¦parent du groupe, et se dirige vers nous. Il me tend la main en me saluant de sa petite voix.
-Enchant¨¦, je suis Kowrr, le fils de l¡¯Alpha, Raowk. Ravi de te rencontrer.
Je lui serre la main, et lui r¨¦pond avec un petit sourire.
-Je suis enchant¨¦ aussi. Nils Nocquat, d¨¦mon.
Il salue ensuite Sahana, puis vient se placer ¨¤ c?t¨¦ de nous.
Sahana me fixe, un grand sourire amus¨¦ sur le visage.
-Vous ¨ºtes pr¨ºt ?
Je lui rends son sourire, tentant de dissimuler ma f¨¦brilit¨¦ et mes doutes, ne comprenant toujours pas vraiment ce qui va se passer.
-Oui.
Chapitre 8 : Le carrosse dAu Val
Nous nous alignons tout les trois en face du rond-point. Le luga, Kowrr, semble au moins aussi stress¨¦ que nous. Apr¨¨s un dernier petit regard et un sourire, Sahana commence ¨¤ parler ¨¤ voix haute, assez fort et distinctement, tout en levant un de ses bras qu¡¯elle tend vers la route devant nous.
-Terbriar Rolvis Le Messager !
Apr¨¨s cela, elle baisse la main lentement et se retourne vers nous deux.
-C¡¯est l¡¯appel traditionnel, il devrait bient?t arriver si tout se passe bien.
Je hoche la t¨ºte, retenant encore un peu ma respiration. Je ne connais pas la signification de ces phrases, loin de l¨¤, mais leur simple prononciation par mon amie a fait r¨¦sonner en moi tout mon Flux. Je l¡¯ai vu, je l¡¯ai senti vibrer ¨¤ travers moi, se d¨¦former l¨¦g¨¨rement, avant de lentement reprendre sa position initiale.
Cet appel n¡¯est clairement pas juste des paroles dans le vent. Il semble agir sur la magie m¨ºme, tout autour de nous. Et au moment o¨´ j¡¯en prends conscience, une deuxi¨¨me vague agite mon Flux, le changeant encore pour quelques instants. Sahana reprend la parole.
-Ah ! Notre message a ¨¦t¨¦ re?u. On a plus qu¡¯¨¤ attendre, maintenant.
Alors qu¡¯elle finit sa phrase, j¡¯entends un crissement un peu ¨¦trange, comme celui de bouts de bois qui racle contre le sol. Je l¨¨ve les yeux juste attend pour voir un ¨¦trange carrosse arriver ¨¤ toute vitesse et s¡¯arr¨ºter brusquement, bien trop brusquement, juste devant nous, apr¨¨s un d¨¦rapage violent mais contr?l¨¦ sur le b¨¦ton.
Il allait bien trop vite pour s¡¯arr¨ºter aussi rapidement, mais ce n¡¯est pas la seule, et m¨ºme pas la plus importante des choses ¨¦tranges l¡¯entourant.
Il est grand, aussi grand qu¡¯un petit bus, mais il n¡¯est tir¨¦ par aucun cheval. Une moiti¨¦, celle qui nous fait face est peinte d¡¯un noir si profond qu¡¯il semble absorber la lumi¨¨re m¨ºme et projeter une ombre t¨¦n¨¦breuse camouflant la lueur du soleil sur nous, avec des fen¨ºtres obstru¨¦es par du tissu de la m¨ºme couleur. Je ne peux pas bien voir l¡¯autre c?t¨¦, ¨¤ part les bords, mais ?a me suffit ¨¤ comprendre que l¡¯autre moiti¨¦ est peinte avec un blanc brillant, si brillant qu¡¯il ¨¦claire m¨ºme la chauss¨¦e derri¨¨re lui.
La porte de notre c?t¨¦ s¡¯ouvre dans un silence assourdissant, sous les regard m¨¦dus¨¦ de nos compagnons lugas et de moi-m¨ºme.
Un petit marchepied se d¨¦plie de mani¨¨re tout aussi automatique, sans intervention visible d¡¯une seule pi¨¨ce m¨¦canique, et certainement sans intervention humaine.
Sans h¨¦siter un seul instant, Sahana me prend la main, et me tire ¨¤ l¡¯int¨¦rieur de l¡¯habitacle. Je grimpe les marches lentement, encore h¨¦sitant, puis me retrouve dans ce qui ressemble ¨¤ l¡¯int¨¦rieur d¡¯une limousine.
L¡¯int¨¦rieur est grand, bien plus que l¡¯ext¨¦rieur ne devrait le permettre. Des bancs confortables sont r¨¦partis le long du v¨¦hicule, et bien plus de fen¨ºtres que l¡¯unique ¨¤ l¡¯ext¨¦rieur recouvrent la plupart des murs.
En son centre, l¡¯espace est coup¨¦ en deux par une vitre de glace donnant une vue sur l¡¯autre c?t¨¦ du v¨¦hicule. La m¨ºme dichotomie visible ¨¤ l¡¯ext¨¦rieur y est respect¨¦. L¨¤ o¨´, de notre c?t¨¦, les bancs sont d¡¯un noir profond, et l¡¯ambiance est sombre, de l¡¯autre les bancs sont d¡¯un blanc brillant et tout est tr¨¨s bien ¨¦clair¨¦.
C¡¯est d¡¯ailleurs particuli¨¨rement choquant de voir un endroit aussi ¨¦clair¨¦ ¨¤ c?t¨¦ d¡¯un endroit aussi sombre.
Toujours surpris, admirant sans un mot les merveilles de l¡¯int¨¦rieur de ce carrosse, je prends place sur un des bancs, face ¨¤ Sahana, qui m¡¯adresse toujours le m¨ºme sourire. Le luga entre dans la voiture tout aussi silencieusement et s¡¯installe un peu plus loin de nous.
Lui aussi, comme moi, explore avec attention chaque recoin, ¨¦merveill¨¦ par l¡¯ambiance magique de l¡¯endroit. Je suis rassur¨¦ de voir que je ne suis pas le seul compl¨¨tement d¨¦pass¨¦ par les ¨¦v¨¦nements.
Sahana brise finalement encore une fois le silence, dissipant aussi l¡¯atmosph¨¨re un peu g¨ºn¨¦e et perturb¨¦e qui se d¨¦veloppait entre moi et Kowrr.
-C¡¯est incroyable, hein ? Le carrosse d¡¯Au Val. Une merveille, un des seuls artefacts du monde a avoir ¨¦t¨¦ cr¨¦e par une association entre des anges et des d¨¦mons. Il sert souvent pour les rencontres officielles, mais la plupart du temps, c¡¯est les Esprages qui le gardent.
Donc c¡¯est un v¨¦hicule officiel ? ?a ne me surprend pas tant que ?a, mais c¡¯est une information int¨¦ressante.
Alors que j¡¯¨¦tudie encore cette pens¨¦e, je vois ¨¤ l¡¯ext¨¦rieur le paysage se d¨¦former ¨¤ grand vitesse, nous ¨¦loignant en une poign¨¦e de secondes ¨¤ peine du quartier des lugas. Apr¨¨s les quelques premiers instants, les fen¨ºtres s¡¯assombrissent lentement, dissimulant enti¨¨rement le paysage, qui ne semblait pas s¡¯arr¨ºter d¡¯acc¨¦l¨¦rer sous mes yeux ¨¦bahis.
Ma contemplation de ce verre obscur, qui ne renvoie pas un seul reflet, alors que la lumi¨¨re ¨¤ l¡¯int¨¦rieur du carrosse n¡¯a fait qu¡¯augmenter, surtout grace ¨¤ la brillance des fen¨ºtres oppos¨¦es, d¨¦sormais si lumineuse qu¡¯il est difficile de regarder dans leur direction, est interrompu par un toussotement discret.
Je sursaute et me tourne en un instant, me levant ¨¤ moiti¨¦, car personne n¡¯¨¦tait install¨¦ l¨¤ d¡¯o¨´ ce bruit vient, et je me retrouve face ¨¤ un homme.
Il est grand, mais tr¨¨s fin, ce qui rend assez ¨¦trangement alors qu¡¯il est assis sur un des larges si¨¨ge de cet endroit. Des longs cheveux blonds encadrent son visage dans un ¨¦trange carr¨¦, mais ce qui m¡¯intrigue le plus, c¡¯est ses habits.
Il porte un costume tr¨¨s distingu¨¦, un costard enti¨¨rement gris avec un pantalon assortit, un chapeau un peu ¨¦trange, portant deux longues plumes du m¨ºme gris que ses v¨ºtements, une de chaque c?t¨¦. Mais le plus remarquable sont ses chaussures, des grandes bottes dor¨¦es, qui semblent aussi solide que du m¨¦tal et aussi souple que du tissu, et dont les couleurs vives tranchent agressivement avec le gris de son costume.
Apr¨¨s mon premier moment de surprise, je me rends compte qu¡¯il s¡¯agit, de mani¨¨re compl¨¨tement ¨¦vidente, du Messager. Je prends la parole rapidement.
-Bonjour. Vous ¨ºtes le Messager ?
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L¡¯homme me d¨¦visage d¡¯un grand sourire. Je remarque ses yeux per?ants, d¡¯un gris glacial, qui tranche ¨¤ m¨ºme mon ame et mon esprit, lisant en moi aussi bien que dans un livre ouvert.
-En effet, nombreux sont ceux qui m¡¯appellent ainsi. Quand ¨¤ vous trois¡ hm, tu es une d¨¦mone, Sahana ? Je t¡¯ai d¨¦j¨¤ rencontr¨¦ avec ta ma?tresse, je crois, tu pourras lui transmettre mes salutations.
-Bien s?r, Messager.
-Ensuite,¡ un luga ? Et un des descendants d¡¯Awlvir, j¡¯imagine ? Si je ne me trompe pas sur les raisons de votre pr¨¦sence, tu prends beaucoup de risques en les accompagnant !
-Les torts de mon anc¨ºtres ne doivent pas assombrir ¨¤ jamais nos relations avec les Esprages. Mon p¨¨re aurait voulu que ce voyage soit aussi le d¨¦but d¡¯une possible r¨¦conciliation avec l¡¯Oracle.
-Quand au dernier, je ne pense pas t¡¯avoir d¨¦j¨¤ vu¡ Ah si ! Je vois qui tu es, le nouveau Changeur, c¡¯est ?a ? Tu as rencontr¨¦ mon fr¨¨re, il me semble ? D¨¦sol¨¦ pour ?a, notre lien ne signifie pas que j¡¯approuve ses actions.
-Votre fr¨¨re ? Comment ?a ?
J¡¯ai peur de la signification de ces derni¨¨res phrases de sa part.Est-ce qu¡¯il pourrait parler de¡ ?
-On l¡¯appelle comment aujourd¡¯hui ? Le Mercenaire ? La Mort Silencieuse ? J¡¯ai toujours d¨¦test¨¦ le dernier, d¡¯ailleurs. Enfin, celui qui t¡¯a attaqu¨¦, qu¡¯on a pay¨¦ pour ton Changement.
Quoi ? Le meurtrier¡ celui qui a tu¨¦ tous mes amis¡ Ce n¡¯est donc ni un ange, ni un d¨¦mon, mais un esprage ? Et on l¡¯a pay¨¦ pour mon Changement ? La stup¨¦faction, teint¨¦ d¡¯une nuance d¡¯horreur ¨¤ la r¨¦alisation de ce que ?a impliquait doit ¨ºtre assez visible sur mon visage, car le Messager reprend la parole juste apr¨¨s.
-Oh¡ Je vois, tu n¡¯¨¦tais pas au courant. C¡¯est surprenant, je pensais que tout le monde le savait.
Il l¨¨ve un sourcil interrogateur en direction de Sahana, perplexe. Cette derni¨¨re semble h¨¦siter un peu. Elle ¨¦vite mon regard, fais une grimace, clairement tr¨¨s mal ¨¤ l¡¯aise, puis ce d¨¦cide enfin ¨¤ r¨¦pondre ¨¤ la question implicite de l¡¯esprage.
-Je¡ On comptait en parler plus tard. Pour l¡¯instant, Aylin pensait qu¡¯il valait mieux ¨¦viter de te rappeler ce moment. De toute fa?on, la Mort n¡¯est qu¡¯un agent, ?a ne change pas le fait que ce sont les anges qui ont commandit¨¦ cet assaut !
Elle a raison. Peu importe qui a commis l¡¯acte, celui-ci a ¨¦t¨¦ commandit¨¦ par quelqu¡¯un. C¡¯est eux que je dois trouver, c¡¯est sur eux que doit s¡¯exercer ma vengeance. Remarquant l¡¯absence de r¨¦action du messager, j¡¯en d¨¦duis que les anges sont bien responsables de l¡¯attaque. Je lui demande quand m¨ºme, avec l¡¯espoir d¡¯obtenir plus d¡¯informations.
-Donc les anges sont bien ceux qui ont demand¨¦ cet attaque ?
Ses yeux gris et froids me d¨¦visagent une fois de plus, mais il n¡¯attend pas pour me r¨¦pondre.
-Je ne le sais pas. Seuls mon fr¨¨re et les coupables le savent. Et, jeune homme, sache que je ne prends pas partit, dans cet guerre qui vous oppose. Les esprages ont jur¨¦ la neutralit¨¦ il y a bien des mill¨¦naires, et nous ne comptons pas briser notre serment.
-Jur¨¦ neutralit¨¦ ? Pourquoi ? ¨¤ qui ?
En entendant mes questions, il sourit tristement.
-Ce n¡¯est pas le moment pour ces questions. Nous sommes arriv¨¦s ¨¤ destination. Descendez, et ne vous perdez pas en chemin.
Avant d¡¯avoir pu ajouter le moindre mot, je me retrouve debout sur un petit chemin de terre. Le carrosse a enti¨¨rement disparu, et mes deux camarades se trouvent ¨¤ mes c?t¨¦s.
Je reste compl¨¨tement d¨¦stabilis¨¦ pendant une poign¨¦e de secondes, alors que mon cerveau tente difficilement de s¡¯adapter ¨¤ la situation.
Nous sommes litt¨¦ralement au milieu de nulle part. Des champs verdoyants, mais qui n¡¯ont pas l¡¯air d¡¯¨ºtre cultiv¨¦s s¡¯¨¦tendent ¨¤ perte de vue autour de nous, sur un terrain compl¨¨tement plat.
Devant nous se dresse la seule anomalie dans cette ¨¦tendue verte. Une petit maison de campagne, un plain-pied assez petit, encadr¨¦ par des haies d¡¯un vert un peu plus sombre que celui des prairies avoisinante.
Un unique chemin m¨¨ne ¨¤ la maison, et s¡¯arr¨ºte juste derri¨¨re nous dans l¡¯autre sens. Il serpente jusqu¡¯¨¤ une petite porte en bois qui a l¡¯air de flotter entre deux portions de la haie. Derri¨¨re la porte, le chemin reprend, circulant entre de nombreuses fleurs d¨¦corant un petit jardin, puis ¨¤ la porte d¡¯entr¨¦e de la maison.
Je me retourne vers mes deux compagnons de voyage. Sahana semble ¨ºtre toujours en train de regarder au loin, tandis que Kowrr reste sto?que et silencieux, visiblement encore un peu intimid¨¦ par la disparation de notre v¨¦hicule.
-Sahana ? On est au bon endroit ?
-Oui ! J¡¯ai d¨¦j¨¤ vu cette maison, c¡¯est bien celle de l¡¯Oracle. Mais je me demande un peu pourquoi le Messager ce comportait comme ?a. Il a toujours ¨¦t¨¦ moins¡ exp¨¦ditif que ?a.
Elle agite sa main autour d¡¯elle, pour indiquer que par ¡®?a¡¯ elle entendait ¡®nous abandonner sans un mot¡¯.
-En tout cas, on est arriv¨¦, et ?a n¡¯a pas pris longtemps. Bon, petit avertissement avant d¡¯aller voir l¡¯Oracle. Faites attention, ne quittez jamais le chemin, d¡¯accord ?
-Le chemin ? Pourquoi ? On devrait r¨¦ussir ¨¤ ne pas se perdre, non ?
Je lui r¨¦ponds, un peu amus¨¦. Le jardin est minuscule, et l¡¯herbe a une hauteur raisonnable. Pour se perdre ici, il faudrait ¨ºtre minuscule ou vraiment stupide.
Sahana me r¨¦pond tr¨¨s s¨¦rieusement.
-Non. Ne sous-estime jamais la magie, Nils. En tout cas, ne sort pas du chemin. Toi aussi, Kowrr.
-J¡¯avais compris.
Malgr¨¦ sa r¨¦ponse d¡¯un air d¨¦cid¨¦, le jeune luga semble de plus en plus anxieux. Quand ¨¤ moi, les derni¨¨res paroles de Sahana m¡¯ont bien refroidi. Je me demande un peu quel genre de magie attend ceux qui sorte de ce chemin, et aussi, et surtout, pourquoi appliquer ce genre de magie dans un jardin aussi petit, o¨´ il est si facile de rester en s¨¦curit¨¦.
Les paroles du messager, et la petite discussion que nous avons eu dans le carrosse me trotte toujours dans l¡¯esprit aussi. J¡¯avais tellement de questions ¨¤ poser¡ J¡¯esp¨¨re avoir des occasions de le revoir, et qu¡¯il acceptera de me r¨¦pondre.
En attendant, j¡¯ai, non, nous avons, une mission. D¨¦couvrir ce qui est arriv¨¦ au bien-aim¨¦ chef des lugas, et je compte bien faire de mon mieux pour les aider. Apr¨¨s tout, c¡¯est un peu de ma faute, et je sais que les autres y pensent, m¨ºme si personne ne me l¡¯a vraiment dit directement
Et si possible, alors j¡¯interrogerais ¨¤ mon tour l¡¯Oracle, car elle aussi peut m¡¯apporter des r¨¦ponses.
Une fois mon objectif en t¨ºte, je me d¨¦cide ¨¤ ne pas attendre plus longtemps. Les deux autres sont autour de moi, et ne semblent pas d¨¦cid¨¦s ¨¤ prendre le premier pas, alors je m¡¯en charge.
Je remonte lentement, avec appr¨¦hension et doute, le chemin. Arriv¨¦ devant le premier portail, j¡¯utilise le heurtoir accroch¨¦ sur la porte. Il ne produit aucun son, mais le portail s¡¯ouvre lentement, magiquement, et je peux continuer mon trajet.
Il ne me faut qu¡¯une poign¨¦e de secondes pour arriver jusqu¡¯¨¤ la porte, mais j¡¯ai l¡¯impression que cela a dur¨¦ une ¨¦ternit¨¦. Je ressens une ¨¦trange fascination, une attirance malsaine envers les nombreuses plantes bordant le sentier, mais je me retiens, et j¡¯arrive ¨¤ ne pas m¡¯arr¨ºter.
Ma parano?a, venu de la remarque sur la magie de cet endroit par Sahana, m¡¯a permis de me pr¨¦parer ¨¤ toute sorte de distractions, et ses fleurs sont un pi¨¨ges assez grossier.
Je me demande une fois de plus qui, et pourquoi, on utiliserait ce genre de choses, mais j¡¯interromps mes pens¨¦s lorsque je m¡¯arr¨ºte devant la porte d¡¯entr¨¦e.
Un petit coup d¡¯?il derri¨¨re moi me permet de voir que Sahana et Kowrr me suivent tout les deux, l¡¯air inchang¨¦ par la magie du jardin. Je pousse un long soupir sous le regard confiant et encourageant de la d¨¦mone, qui accompagne ce dernier d¡¯un hochement de t¨ºte pressant, m¡¯invitant ¨¤ continuer.
J¡¯agis donc, en levant la main pour toquer ¨¤ la porte. Mais, avant que je puisse effectuer l¡¯action, cette derni¨¨re s¡¯ouvre dans le m¨ºme silence presque parfait, et je vois, devant moi, l¡¯Oracle.
Une femme, ¨¤ peine plus petite que moi, enti¨¨rement recouverte de rides ne dissimulant cependant pas un grand sourire brillant, se tient en face de moi, et prend la parole d¡¯une voix douce, mais ag¨¦e.
-Bienvenue, Nils Nocquat.
Chapitre 9 : La proph茅tie
-Bienvenue, Nils Nocquat.
Je reste immobile, alors qu¡¯une multitude de questions se succ¨¨dent et se bousculent dans ma t¨ºte. Avant que je n¡¯ai le temps de bredouiller une demi r¨¦ponse h¨¦sitante, elle se tourne aussi vers mes deux camarades, et s¡¯adresse ¨¤ eux cette fois.
-Sahana Kara, Kowrr fils de Raowk, Bienvenue aussi ¨¤ vous deux. N¡¯h¨¦sitez pas, entrez !
Nous la suivons en silence ¨¤ l¡¯int¨¦rieur de la petite maison. Loin du palace que j¡¯imaginais pour un ¨ºtre aussi puissant qu¡¯elle est cens¨¦e ¨ºtre, l¡¯endroit est aussi normal que l¡¯ext¨¦rieur le sugg¨¨re. Nous entrons dans un petit salon, avec un canap¨¦ un peu ab?m¨¦, une petite table en verre fr?lant le sol et un fauteuil grand et confortable, affubl¨¦ d¡¯un accoudoir sur lequel repose le plus gros livre que j¡¯ai jamais vu.
Le livre est si gros que je ne vois d¡¯autre explication que la magie pour expliquer comment il tient sur l¡¯accoudoir. Il doit faire au moins vingt mille pages, et si le sigle IX reposant sur l¡¯immense dos signifie ce qu¡¯il a l¡¯air de signifier, la collection compl¨¨te doit ¨ºtre facilement la plus longue ?uvre, encyclop¨¦die incluse, jamais ¨¦crite dans l¡¯histoire de l¡¯humanit¨¦.
En laissant les hyperboles de c?t¨¦s, je ne suis clairement pas le seul ¨¤ m¡¯¨¦merveiller de la taille gargantuesque de l¡¯ouvrage, si l¡¯on en croit le visage choqu¨¦ de Kowrr. Sahana, elle, semble bien plus habitu¨¦ que nous ¨¤ ce genre de ph¨¦nom¨¨ne, car elle ne cille pas une fois, et elle prend la parole pour interroger notre h?te, qui se tient silencieuse ¨¤ nos c?t¨¦s.
-Merci de nous avoir accueillis, Oracle. Si vous connaissez nos noms, j¡¯imagine que vous savez d¨¦j¨¤ tout de la raison de notre visite ?
La femme balance la t¨ºte de droite ¨¤ gauche, r¨¦futant l¡¯assomption initial de la jeune d¨¦mone, puis r¨¦pond, toujours en arborant le grand sourire doux qu¡¯elle porte depuis notre entr¨¦e dans cette maison.
-Malheureusement, je ne sais pas tout, jeune fille, je ne suis que l¡¯Oracle, celle qui voit les futurs possibles. Et vous ¨ºtes tout les trois suffisamment impliqu¨¦ dans nombre de ces futurs pour que j¡¯apprenne ¨¤ vous conna?tre au travers de certaines de mes visions.
Elle marque un temps de pause pour nous balayer du regard, jusqu¡¯¨¤ s¡¯arr¨ºter au moment o¨´ nos yeux se croisent. Elle me fixe, et je vois dans ces yeux, dont la couleur jaune pale me rappelle ¨¤ chaque instant le fait qu¡¯elle, comme moi, n¡¯est pas humaine, un ¨¦trange m¨¦lange de col¨¨re et de compassion. Et lorsqu¡¯elle reprend finalement la parole, son regard ne se d¨¦tache pas, me paralysant toujours plus.
-Surtout Nils Nocquat, ici pr¨¦sent. Jouer la d¨¦cision de sa vie ¨¤ pile ou face ? Tes actions ont ¨¤ elle seule malmen¨¦ des g¨¦n¨¦rations d¡¯Oracles. Toute vision du futur confuse et vague, et la moiti¨¦ des pr¨¦dictions inutilisable aujourd¡¯hui! Enfin, maintenant que cette ¨¦tape est pass¨¦e, tout va un peu mieux.
J¡¯essaie de comprendre les implications des paroles de l¡¯esprage. Mon jeter de pi¨¨ce, ma d¨¦cision de laisser au hasard ce choix a une si grande influence sur le futur ?
-Je¡ Je ne pensais pas que c¡¯¨¦tait si important. Mais du coup, vous devez savoir quelque chose, ais-je fait le bon choix ?
Elle pousse un soupir, dans lequel je d¨¦tecte un peu trop de piti¨¦ pour mon plaisir, mais elle me r¨¦pond imm¨¦diatement apr¨¨s.
-Mon gar?on, il n¡¯y avait pas de bonne d¨¦cision. Enfin, j¡¯imagine que ce que tu demande, c¡¯est qui a attaqu¨¦ tes amis ? Je ne peux pas r¨¦pondre ¨¤ ?a. Je ne peux pas me permettre de trop agir, malheureusement.
Je ne lui r¨¦ponds pas, car je m¡¯y attendais. ?a ne va pas ¨ºtre aussi simple, on dirait. En attendant, la pr¨¦caution qu¡¯elle semble mettre dans chacune de ses phrases m¡¯inqui¨¨te un peu, sans parler de son avis sur l¡¯absence de bonne d¨¦cision. Je commence s¨¦rieusement ¨¤ avoir l¡¯impression que, pour elle au moins, je suis important, tr¨¨s important, et ?a m¡¯inqui¨¨te.
Au vu de ma puissance actuelle, je doute de pouvoir ¨ºtre important ¨¤ cause de ma puissance ou de mon talent. ?a ne laisse pas beaucoup de possibilit¨¦s, seulement deux, soit il m¡¯arrive un truc tragique qui provoque des choses qui me d¨¦passe, de la m¨ºme mani¨¨re que la mort d¡¯un seul homme, bien qu¡¯archiduc, avait provoqu¨¦ la premi¨¨re guerre mondiale, m¨ºme si aujourd¡¯hui il me semble clair qu¡¯ange et d¨¦mon avait plus d¡¯une main l¨¤-dedans, soit je fais un truc stupide, comme l¡¯homme qui a tu¨¦ l¡¯archiduc en question.
Dans les deux cas, il y a peu de chance que tout se passe bien pour moi dans le futur.
-Et donc, vous ne pouvez rien me dire, sur ce que je dois faire ?
-Pas grand-chose, je le crains. Mais ?a ne me dit pas pourquoi vous ¨ºtes tous les trois l¨¤, aujourd¡¯hui.
Elle se tourne cette fois vers Sahana, qui jusqu¡¯¨¤ pr¨¦sent se contentait d¡¯¨¦couter la conversation avec un int¨¦r¨ºt ¨¦vident, visiblement passionn¨¦e et intrigu¨¦e par notre petit ¨¦change.
Quelques minutes plus tard et Sahana, lui a d¨¦j¨¤ fourni des explications d¨¦taill¨¦s sur notre situation, avec mon assistance et parfois celle du luga, et aussi un petit caf¨¦ fourni par l¡¯Oracle, qui nous a laiss¨¦ nous asseoir sur le canap¨¦, prenant place sur le fauteuil et passant l¡¯enti¨¨ret¨¦ de la conversation occup¨¦e ¨¤ feuilleter son gigantesque livre.
¨¤ part ?a, l¡¯esprage est rest¨¦ tr¨¨s silencieuse, se contentant d¡¯un hochement de t¨ºte ¨¤ intervalles r¨¦guliers. Finalement, apr¨¨s toute cette discussion, elle s¡¯arr¨ºte sur une des pages de son livre, lit pendant une dizaine de secondes dans le m¨ºme silence, et reprend la parole.
-Bon, je pense avoir trouv¨¦ mes visions de ce futur. Je devrais pouvoir vous aider un petit peu. Quand au conflit avec les lugas, je pourrais accepter leurs excuses de l¡¯alpha en personne si vous le sauvez. Ou de son successeur sinon. J¡¯ai des choses ¨¤ lui demander, et seul un descendant adulte d¡¯Awlvir pourra me donner les r¨¦ponses que j¡¯attends.If you stumble upon this narrative on Amazon, it''s taken without the author''s consent. Report it.
Elle prend une grande inspiration, nous d¨¦visage un par un ¨¤ nouveau, laissant l¡¯appr¨¦hension monter lentement. Je sais d¨¦j¨¤ ce qu¡¯elle va nous demander. Les lugas nous avaient pr¨¦venus, apr¨¨s tout.
-Cependant, vous n¡¯ignorez sans doute pas que je demande une offrande pour mes services, et aujourd¡¯hui, je ne ferais pas exception. J¡¯ai deux requ¨ºtes ¨¤ vous faire. D¡¯abord, ¨¤ toi, Nils. Enterr¨¦ au milieu du plus grand parc de votre ville, Valiute, se trouve un anneau magique. Je veux que tu le trouves, et que tu me le ram¨¨ne. Ne t¡¯inqui¨¨tes pas, cette tache n¡¯est pas urgente, tu pourras le garder jusqu¡¯¨¤ notre prochaine rencontre, qui ne sera sans doute pas de sit?t. Ensuite, Sahana. Je veux une ¨¦quipe de briseur de sorts pour quelques jours. Vois avec ta ma?tresse. Enfin, Kowrr, je veux, comme je l¡¯ai d¨¦j¨¤ dit, la pr¨¦sence du futur alpha dans cette maison d¨¨s son retour ou sa nomination. Nous sommes d¡¯accord ?
J¡¯acquiesce sans h¨¦siter, la requ¨ºte de l¡¯Oracle semblant ¨ºtre une tache simple ¨¤ r¨¦aliser, et l¡¯id¨¦e d¡¯utiliser et de poss¨¦der un anneau magique, m¨ºme si c¡¯est seulement temporaire rends cette tache toujours plus int¨¦ressante. Kowrr fait de m¨ºme dans les secondes qui suivent, ce qui ne m¡¯¨¦tonne pas, vu que la pr¨¦sence de Raowk dans cette maison ¨¦tait d¨¦j¨¤ presque certaine. Sahana, elle, est plus h¨¦sitante, et elle prend la parole pour interroger notre h?te sur ses intentions.
-Des briseurs de sorts ? Pourquoi auriez vous besoin d¡¯eux, des anges vous attaquent ?
Je l¨¨ve un sourcil dans sa direction, lui demandant du regard ce que sont ces ¡®briseurs de sorts¡¯ dont ils parlent. Probablement une contre-mesure ¨¤ la magie ang¨¦lique, mais j¡¯aimerais avoir plus de d¨¦tail. Mon amie ne me r¨¦pond pas imm¨¦diatement, concentr¨¦e sur le visage de l¡¯esprage, qui semble ¨¤ son tour h¨¦siter.
-Je ne peux pas en dire plus, et j¡¯ai d¨¦j¨¤ ¨¦nonc¨¦ mes prix. Si tu veux une proph¨¦tie maintenant, accepte le march¨¦.
La d¨¦mone semble tortur¨¦e. Peu importe qui sont ces briseurs de sorts, ils doivent ¨ºtre vraiment important pour qu¡¯elle prenne autant de temps ¨¤ se d¨¦cider. Elle finit par lacher un soupir et acquiescer.
-D¡¯accord, tu auras tes briseurs de sorts, mais pas plus de trois jours !
C¡¯est au tour de l¡¯Oracle d¡¯approuver leur deal, et elle le fait sans h¨¦siter.
-Trois jours ce sera donc. Bien, maintenant que le march¨¦ est conclu, j¡¯ai besoin d¡¯un peu de temps. Je vais faire une derni¨¨re pr¨¦diction, pr¨¦parer la proph¨¦tie que je dois vous livrer, et je vous dis tout. Vous pouvez rester ici, profitez des gateaux et du caf¨¦, je vous rejoins bient?t.
Sur ces mots, elle se l¨¨ve tranquillement et quitte la pi¨¨ce sans un bruit, emportant, ¨¤ ma grande surprise, l¡¯¨¦norme livre avec elle. Elle le porte comme s¡¯il ¨¦tait aussi l¨¦ger qu¡¯une plume.
D¨¨s son d¨¦part de la salle je me tourne vers Sahana, toujours un air interrogateur sur mon visage.
-Elle est toujours comme ?a ?
-C¡¯est aussi ma premi¨¨re rencontre avec elle, mais elle semble un peu diff¨¦rente de ce qu¡¯on m¡¯a dit. Elle conna?t nos noms, et c¡¯est assez inqui¨¦tant. C¡¯est rare, et ceux ¨¤ qui ?a arrive ont rarement une existence joyeuse.
Un silence pesant tombe sur cette derni¨¨re phrase de la d¨¦mone. Je ne peux m¡¯emp¨ºcher de m¡¯inqui¨¦ter, de ressasser en boucle quelques sc¨¦narios horribles expliquant son attitude envers moi. Et quelques uns moins horrible. Mais apr¨¨s une poign¨¦e de minutes dans le silence, certainement pas interrompu par le luga, qui a l¡¯air de vouloir garder autant de distance avec nous qu¡¯il le peut, je reprends la parole, esp¨¦rant quelques clarifications.
-Et donc, c¡¯est quoi des briseurs de sorts ?
-Ils sont, hm, des d¨¦mons tr¨¨s talentueux, ¨¤ qui on a appris ¨¤ manier le Volvar, qui est une s¨¦rie d¡¯artefacts d¨¦tectant et d¨¦truisant les cercles magiques des anges. Le probl¨¨me, c¡¯est qu¡¯on a qu¡¯une poign¨¦e de ces artefacts, et leurs tarifs sont tr¨¨s, tr¨¨s ¨¦lev¨¦s.
-Les cercles magiques des anges ? Ce truc dont on a parl¨¦ en cours, qui leur permet de cr¨¦er des zones avec des effets, c¡¯est ?a ?
-Exactement. Et ?a peut ¨ºtre tr¨¨s puissant, et surtout tr¨¨s grand. Une partie de la hi¨¦rarchie d¨¦monique pense m¨ºme qu¡¯il y en a des centaines dans chacune des grandes villes du monde, pr¨ºts ¨¤ ¨ºtre d¨¦clench¨¦s, pour la prochaine fois o¨´ les anges vont se rebeller. Mais bon, les briseurs ont bien cherch¨¦s, et rien trouv¨¦s, donc pas vraiment besoin de s¡¯inqui¨¦ter.
Je passe le reste de la demi-heure ¨¤ en apprendre un peu plus sur ces cercles, et sur tout les effets qu¡¯ils peuvent avoir, passant de la r¨¦g¨¦n¨¦ration ¨¤ la destruction totale, d¡¯un simple buff ¨¤ un poison cibl¨¦ sur les d¨¦mons.
Je suis presque un peu surpris que les d¨¦mons puissent rivaliser avec autant de pouvoirs, et tous aussi puissant, mais c¡¯est aussi vrai que les anges sont tout sauf rapides quand ils cr¨¦ent leur sort, ce qui balance sans doute les combats, ou au moins les a balanc¨¦, dans le pass¨¦.
Apr¨¨s cette petite discussion, quelques blagues et un tour rapide de quelques autres sujets, tout sous le regard aussi silencieux qu¡¯inquisiteur du loup, l¡¯Oracle revient dans la salle, une expression un peu sombre sur le visage. Dans ses mains, deux livres.
Tout d¡¯abord, elle tient ce qui semble ¨ºtre un autre tome de l¡¯encyclop¨¦die, le XII, ainsi qu¡¯un autre, beaucoup plus petit, affubl¨¦s d¡¯un titre de mauvais augure : ¡®Grands proph¨¦ties du XXI-¨¨me si¨¨cle : Le Projet A¡¯.
Elle pose le plus grand sur l¡¯accoudoir, laiss¨¦ vide depuis qu¡¯elle a enlev¨¦e l¡¯autre livre, et ouvre le deuxi¨¨me ¨¤ peu pr¨¨s au milieu.
Elle nous d¨¦visage une derni¨¨re fois tous, alors que je tremble presque d¡¯anticipation. Je veux savoir ce qu¡¯elle a vu, ce qui lui donne cet air sombre, la raison pour laquelle elle conna?t mon nom. Tant de choses.
Elle finit par prendre la parole, et d¡¯une voix bien plus grave qu¡¯avant, ¨¦nonce la proph¨¦tie.
Avec chacun de ses mots, la maison vibre, r¨¦sonne, les meubles tremblent et nous sommes parcourus de secousses. Chacune de ses phrases est ponctu¨¦e par un violent bruit d¡¯¨¦clair, qui me font tous sursauter. L¡¯¨¦coute me fait passer ¨¤ travers tant d¡¯¨¦motions que je ne sais plus quoi penser.
Je ne me sens pas pr¨ºt ¨¤ l¡¯¨¦couter, pas pr¨ºt ¨¤ la comprendre, mais la proph¨¦tie se grave dans mon esprit, dans ma m¨¦moire, se transforme presque imm¨¦diatement en un souvenir permanent, et j¡¯ai la sensation ¨¦trange que d¨¦sormais, je ne pourrais jamais l¡¯oublier, mais je pourrais tr¨¨s bien ne jamais la comprendre.
Cette oracle, cette pr¨¦diction, est la suivante :
*
Lorsque arrivera le victorieux
Celui qui lib¨¦rera ou condamnera les peuples.
Lorsque tombera la pi¨¨ce
Celle qui sauvera ou d¨¦truira le monde.
Lorsque le ¦Ø¦Ì¦Ð¦Ñ¦Å recouvrira les Sonens
Ceux qui apporteront le sang et les larmes.
En ce dernier jous, l''As ne pourra qu''¨ºtre vaincu par le Fou,
Les hommes ne pourront qu''¨ºtre aid¨¦s par les Sonens,
L''Ange ne pourra qu''aider le D¨¦mon.
En ce dernier jour, si vivre vous d¨¦sirez,
avec l''Ennemi vous devrez pactiser.
Pour devenir un monstre, il faudra en sauver un.
Pour devenir un dieu, il faudra en tuer un.
Et attendre la FIN.
*