《[FR] Route vers la Force Cosmique》 Prologue and Chapter 1 Prologue 12 juin 2134, Territoire Neutre ?Et celui-l¨¤, qui c¡¯est?? demanda Albert pour la ¨¦ni¨¨me fois depuis le d¨¦but de la journ¨¦e, une photographie ¨¤ la main. Il se tenait debout devant une table d¨¦labr¨¦e, couverte de photographies d¡¯individus en tous genres. La lumi¨¨re tamis¨¦e ¨¦tait ¨¤ peine suffisante pour qu¡¯il puisse se faire une id¨¦e des clich¨¦s qu¡¯il examinait. ?Ma?r Yaruba, chef. Dernier survivant de son ethnie. Tous ses relatifs ont ¨¦t¨¦ extermin¨¦s par Hyp¨¦rion il y a presque un an aujourd¡¯hui, pour des raisons qui demeurent obscures. ? r¨¦pondit Xi Yun, une jeune femme asiatique ¨¤ la silhouette athl¨¦tique assise en face de lui, les pieds sur la table. Albert haussa un sourcil, le regard inquisiteur. ?On fait dans la charit¨¦ maintenant?? ?La charit¨¦? Il est bien vrai que ?a ne te ferait pas de mal.? lui r¨¦pondit-elle. ?Plusieurs sources m¡¯ont indiqu¨¦ que, depuis six mois, il court-circuite les transports de mati¨¨res premi¨¨res des Millians. Apparemment, il en compterait d¨¦j¨¤ six ¨¤ son actif, et l¡¯ennemi aurait mis plusieurs dispositifs en place pour l¡¯appr¨¦hender.? ?Six cargaisons sans aide ext¨¦rieure? Int¨¦ressant.? Albert r¨¦examina la photographie qu¡¯il tenait dans une main, se caressant le menton d¡¯une autre. ?Ma?r Yaruba, hein?? la photographie d¨¦peignait un jeune homme noir, ¨¦lanc¨¦, d¡¯une vingtaine d¡¯ann¨¦es. Il avait des traits ordinaires, rien qui le faisait sortir du lot, en dehors d¡¯une machoire saillante. Ce qui frappa Albert, c¡¯¨¦tait l¡¯expression de son visage. Un cocktail de na?vet¨¦ et de bienveillance. ?Es-tu s?re qu¡¯il s¡¯agit bien de lui sur la photo?? ?Affirmatif! Bien qu¡¯elle remonte ¨¤ deux ans, mes informateurs sont fiables ¨¤ 100%.? Il arrivait souvent que Xi s¡¯exprime comme les militaires d¡¯antan, lorsqu¡¯elle s¡¯adressait ¨¤ lui. Encore aujourd¡¯hui, il ¨¦tait incapable de d¨¦terminer si elle ¨¦tait s¨¦rieuse ou si elle se moquait tout simplement de lui, quoique la lueur taquine qu¡¯il apercevait parfois dans son regard lui en donnait une petite id¨¦e. ?Bien, celui-l¨¤ m¡¯int¨¦resse. Fais-moi un topo de ce que tu sais sur lui.? ?Re?u cinq sur cinq.? ¡­ Aucun doute. Elle se moquait bien de lui.

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9 octobre 2134, Territoire d¡¯Hyp¨¦rion ?J¡¯ai un visuel. Franco, tu confirmes ?? ?C¡¯est bien lui, m¨ºme s¡¯il m¡¯a l¡¯air d¡¯avoir mang¨¦ de la bouffe de Titan depuis sa derni¨¨re s¨¦ance photo. ? r¨¦pondit un homme caucasien ¨¤ la moue cynique, observant la rue ¨¤ travers le viseur d¡¯un fusil de pr¨¦cision. ?Bien. Ne le perdez pas de vue, il m¡¯a l¡¯air de pr¨¦parer quelque chose. Xi Yun, tiens-toi pr¨ºte ¨¤ intervenir.? Albert posa sa paire de jumelles sur le rebord d¡¯une fen¨ºtre. Cela faisait plusieurs jours que son ¨¦quipe et lui cherchaient l¡¯individu, et apr¨¨s de nombreuses heures ¨¤ faire le guet, ils l¡¯apercevaient enfin. Franco avait vu juste. Entre la photographie qu¡¯il avait vue quatre mois plus t?t et le jeune homme qui marchait ¨¤ pr¨¦sent dans la rue, c¡¯est comme s¡¯il s¡¯¨¦tait pass¨¦ une ¨¦ternit¨¦. La na?vet¨¦ et la bienveillance avaient laiss¨¦ place ¨¤ d¡¯autres expressions, moins ang¨¦liques. Sur le visage de Ma?r, Albert pouvait d¨¦sormais entrapercevoir ce qui s¡¯apparentait ¨¤ de la haine. De la haine, et¡­ Quoi d¡¯autre? ¨¦tait-ce du d¨¦sespoir? De la culpabilit¨¦? Le jeune homme semblait tourment¨¦, et Albert n¡¯avait pas besoin de conna?tre tous les d¨¦tails de ce par quoi il ¨¦tait pass¨¦ pour comprendre que cela lui avait laiss¨¦ plus d¡¯un traumatisme. Ma?r arrivait au bout de la rue, et ils allaient bient?t perdre sa trace. ?On est sur le point de le perdre. Changement d¡¯emplacement.? ordonna-t-il ¨¤ son ¨¦quipe. Ils se trouvaient dans l¡¯appartement d¡¯un immeuble abandonn¨¦, dont les murs avaient ¨¦t¨¦ fracass¨¦s par la guerre, comme l¡¯¨¦tait la plupart du quartier dans lequel ils ¨¦taient situ¨¦s. K¨¦fil, un g¨¦ant africain d¡¯une quarantaine d¡¯ann¨¦es v¨ºtu d¡¯un cuir sombre, regardait toujours en direction de la rue par le biais de ses jumelles. Il fron?a les sourcils. ?Il se dirige vers le terrain d¡¯Hyp¨¦rion, ?a sent mauvais les gars.? ?Hyp¨¦rion?? demanda Albert, n¡¯en croyant pas ses oreilles. Petit ¨¤ petit, il commen?a ¨¤ faire le rapprochement. ?Le Hyp¨¦rion?? ?Lui-m¨ºme.? r¨¦pondit Xi Yun, qui guettait elle aussi la rue ¨¤ travers la fen¨ºtre. ?Hyp¨¦rion, premier Titan ¨¤ avoir pos¨¦ le pied sur Terre, il y a plus d¡¯un si¨¨cle. L¡¯un des quelques Titans de Rang Cosmique, si l¡¯on se r¨¦f¨¨re ¨¤ leur syst¨¨me hi¨¦rarchique. Comme vous le savez tous, Ma?r a de quoi avoir une dent contre Hyp¨¦rion. Mais de l¨¤ ¨¤ se rendre sur son territoire¡­Je ne comprends pas ce qu¡¯il compte y faire. Une id¨¦e? ? Xi Yun avait pass¨¦ les dix derni¨¨res ann¨¦es de sa vie ¨¤ ¨¦tudier les Titans, leur mode de vie et leurs codes. A une ¨¦poque o¨´ les sources d¡¯information ¨¦taient syst¨¦matiquement d¨¦truites par ces derniers, ses connaissances valaient de l¡¯or. Hyp¨¦rion. Albert n¡¯en revenait pas. Il avait envisag¨¦ beaucoup de sc¨¦narios, mais celui-ci, il ne l¡¯avait clairement pas vu venir. Qui serait assez idiot pour d¨¦lib¨¦r¨¦ment se rendre sur le territoire du Titan le plus puissant ayant foul¨¦ la Terre? ?Il en a une bonne paire le petit! S¡¯attaquer ¨¤ la r¨¦sidence du Titan supr¨ºme seul, arm¨¦ de ses deux poings et d¡¯un visage hargneux. J¡¯suis d¡¯avis qu¡¯on tient notre sauveur l¨¤, vous n¡¯pensez pas?? intervint Franco. ?Qui sait, il va peut-¨ºtre r¨¦ussir ¨¤ se le faire cet Hyp¨¦rion. Imaginez les gros titressur les transmetteurs laser : Les envahisseurs, qui n¡¯avaient fait qu¡¯une bouch¨¦e de nos puissances mondiales, d¨¦rout¨¦s par un jeune¡ªdernier survivant de son ethnie, rien que ?a ! ¡ªarm¨¦ de ses deux poings! Je sign¡ª? ?La ferme, Franco.? l¡¯interrompit Albert. ?Il faut faire vite. S¡¯il pr¨¦voit vraiment d¡¯agir contre Hyp¨¦rion, c¡¯est qu¡¯il a du cran. Ou qu¡¯il est totalement demeur¨¦, on le saura bient?t. K¨¦fil, tu connais bien les lieux, on te suit. ? Le concern¨¦ hocha la t¨ºte, le visage grave. Il avait en effet pass¨¦ son enfance dans le secteur, mais chaque fois qu¡¯Albert avait tent¨¦ d¡¯en savoir davantage, K¨¦fil avait coup¨¦ court ¨¤ la conversation. En r¨¦alit¨¦, Albert ne s¡¯¨¦tait jamais montr¨¦ trop insistant; s¡¯il y avait bien une personne qui n¡¯¨¦tait pas dispos¨¦e ¨¤ s¡¯exprimer sur son pass¨¦, c¡¯¨¦tait bien lui. K¨¦fil et lui-m¨ºme en avaient tous les deux conscience, et les choses leur convenaient telles qu¡¯elles ¨¦taient. Ils finirent de remballer leurs quelques possessions et quitt¨¨rent le logement d¨¦labr¨¦ par un escalier auquel il manquait plusieurs marches. Albert les descendit machinalement, perdu dans ses pens¨¦es. Ne ferais-je pas mieux d¡¯envisager quelqu¡¯un d¡¯autre¨¤ recruter ? Ce gosse est tr¨¨s certainement instable, et au vu de ce qu¡¯il a travers¨¦, personne ne peut le lui reprocher. Il ne nous manque qu¡¯un seul membre pour mener ¨¤ bien notre projet, mais puis-je vraiment me permettre d¡¯avoir une inconnue dans l¡¯¨¦quation? Apparemment, il n¡¯¨¦tait pas le seul que la situation faisait douter. ?Il m¡¯a l¡¯air un brin irr¨¦fl¨¦chi ton jeune, Albert.? fit remarquer K¨¦fil, se tournant vers ce dernier et le regardant dans les yeux. ?Es-tu certain de prendre la bonne d¨¦cision? ? ?Hm.? grogna Albert, d¨¦tournant le regard. ?Attendons de le rencontrer avant de nous prononcer.? Lorsqu¡¯ils arriv¨¨rent dans la rue, il n¡¯y avait plus aucune trace de Ma?r. ?Il a bifurqu¨¦ sur la droite. C¡¯est pas bon!? s¡¯alarma Xi Yun. ?S¡¯il croise ne serait-ce qu¡¯un auxiliaire, c¡¯en est fini de lui.C¡¯en est fini de nous! ? ?Haha je r¨ºve, il va vraiment le faire?? s¡¯esclaffa Franco. Albert ¨¦tait songeur. Ce gamin valait-il la peine qu¡¯il prenne le risque de se confronter ¨¤ Hyp¨¦rion sans aucune pr¨¦paration? Rien n¡¯indiquait que ce dernier ¨¦tait pr¨¦sent sur les lieux, les Titans ¨¦tant de nature nomade, mais si les choses se passaient mal, c¡¯en ¨¦tait fini de l¡¯Organisation. Toutes ces ann¨¦es pass¨¦es ¨¤ construire son ¨¦quipe, les attaques ¨¤ petite ¨¦chelle men¨¦es dans le but de semer les graines de la r¨¦volte dans l¡¯esprit du peuple¡­ ¨¦tait-il pr¨ºt ¨¤ risquer tout ceci pour une simple recrue? Certes, dans ce contexte de domination alien, il ¨¦tait difficile de trouver des ames rebelles pr¨ºtes ¨¤ agir contre l¡¯ennemi. Mais La solution la plus sens¨¦e ¨¦tait de passer ¨¤ autre chose et de rebrousser chemin. En cherchant bien, il devrait ¨ºtre capable de trouver un autre profil d¡¯ici quelques mois. Ce soir, les cinq sens d¡¯Albert lui criaient, pour une fois, d¡¯opter pour la voie rationnelle. Malheureusement, c¡¯¨¦tait sans compter sur le fondement m¨ºme de l¡¯existence de l¡¯Organisation: Quel individu sens¨¦ se dresserait contre une puissance telle que celle des Titans et leurs technologies d¨¦vastatrices? L¡¯Organisation ¨¦tait par essence irrationnelle. En d¨¦finitive, Ma?r ¨¦tait peut-¨ºtre la personne id¨¦ale ¨¤ recruter. Il ¨¦tait temps de passer ¨¤ l¡¯action. ? Franco. Deuxi¨¨me rue ¨¤ gauche,? dit-il d¡¯un ton sec. ?Monte au dernier ¨¦tage du batiment et sois pr¨ºt ¨¤ faire usage de ton AX-50. Je compte sur toi pour nous couvrir si cela venait ¨¤ mal tourner.? ?Entendu.? r¨¦pondit Franco, par-dessus son ¨¦paule. A peine Albert avait-il eu termin¨¦ sa phrase que Franco ¨¦tait d¨¦j¨¤ parti. Il avait d¨¦j¨¤ rep¨¦r¨¦ l¡¯emplacement, r¨¦alisa-t-il. Malgr¨¦ tout son sarcasme, Franco savait rester professionnel lorsqu¡¯il le fallait. Autrement, cela ferait longtemps qu¡¯Albert se serait d¨¦barrass¨¦ de lui. Il poursuivit. ?K¨¦fil, la camionnette n¡¯est pas gar¨¦e tr¨¨s loin, pr¨¦pare l¡¯artillerie lourde et passe nous chercher discr¨¨tement par la rue parall¨¨le.?This book''s true home is on another platform. Check it out there for the real experience. ?Bien re?u?. ?Xi, avec moi. Il faut qu¡¯on fasse notre possible pour l¡¯arr¨ºter, quitte ¨¤ l¡¯immobiliser s¡¯il le faut.? Xi Yun acquies?a de la t¨ºte, et fon?a en direction de Ma?r. ?Albert.? Sur le point d¡¯embo?ter le pas ¨¤ Xi Yun, Albert se tourna vers K¨¦fil, qui venait de l¡¯interpeller. ?On dirait bien que tu as pris ta d¨¦cision, finalement.? ?On dirait bien.? lui r¨¦pondit-il, un sourire irresponsable aux l¨¨vres. K¨¦fil hocha la t¨ºte, ricanant, puis tourna les talons et courut en direction de la camionnette. Albert prit la direction de Xi Yun. La jeune femme ¨¦tait une gazelle. Si les Jeux Olympiques vieux d¡¯un si¨¨cle existaient encore, il ne doutait pas une seconde qu¡¯elle aurait ¨¦t¨¦ sacr¨¦e championne ¨¤ plusieurs reprises. Il courut, aussi vite que sa hanche droite le lui permettait, un exercice que cette derni¨¨re n¡¯appr¨¦ciait plus depuis plusieurs ann¨¦es. A mon age, je devrais passer mes journ¨¦es aux cara?bes, ¨¤ siroter des cocktails entour¨¦ de belles femmes. Au lieu de quoi, les cara?bes n¡¯existent plus, et je me retrouve ¨¤ courir apr¨¨s des suicidaires sur le Territoire d¡¯un monstre qui pourrait tous nous tuer d¡¯un mouvement du poignet. Titans de merde, vous finirez par me le payer. Il approcha rapidement de la bifurcation, et lorsqu¡¯il s¡¯engagea enfin dans la rue, il manqua percuter Xi Yun, qui s¡¯¨¦tait arr¨ºt¨¦e en plein milieu de la route. ?Mais qu¡¯est-ce que tu f¡ª ? Il s¡¯arr¨ºta net. A deux pas de lui se tenait Ma?r, immobile. En le voyant de plus pr¨¨s, Albert nota que le jeune homme de taille moyenne ¨¦tait plut?t fr¨ºle d¡¯¨¦paules. Il n¡¯avait pas la carrure d¡¯un soldat, mais plut?t celle d¡¯un des scribes ¨¤ la botte des Titans. Au vu des ennemis auxquels ils avaient affaire, Albert ¨¦tait forc¨¦ de reconna?tre que le petit avait du cran. Une chose l¡¯¨¦tonna, cependant. Ce fut l¡¯¨¦tat dans lequel il se trouvait. Ma?r ¨¦tait t¨¦tanis¨¦, le visage transfigur¨¦. Est-il sous le coup de l¡¯une de leurs attaques incompr¨¦hensibles? Non, c¡¯¨¦tait improbable. En y regardant de plus pr¨¨s, Albert remarqua que Ma?r tremblait de la t¨ºte aux pieds. Des larmes coulaient de ses yeux ¨¦carquill¨¦s, regardant en direction du manoir d¡¯Hyp¨¦rion, qu¡¯on apercevait ¨¤ quelques centaines de m¨¨tres. ?Je... Je n¡¯y arrive pas¡­? marmonnait-il, d¡¯une voix tremblante teint¨¦e d¡¯incompr¨¦hension. ?Je n¡¯y arrive pas¡­? D¡¯un coup, Albert sentit sa pression se relacher. Il avait compris la situation. Ma?r avait peur. Il ¨¦tait paralys¨¦ par une peur profonde, incontr?lable.
10 ao?t 2135, Territoire de Gajel Il faisait nuit noire lorsque l¡¯¨¦quipe parvint devant l¡¯entr¨¦e de la r¨¦sidence de Gajel. Cette derni¨¨re ¨¦tait parfaitement entretenue, une vision rare de nos jours. Un ¨¦norme chateau dont les murs avaient ¨¦t¨¦ repeints d¡¯un violet sombre, rappelant les couleurs des vaisseaux des Titans, entour¨¦ d¡¯un jardin dont la pelouse ¨¦tait visiblement r¨¦guli¨¨rement tondue et arros¨¦e. Le manoir faisait forte impression lorsque l¡¯on jetait un ?il aux alentours, o¨´ toutes les autres demeures n¡¯¨¦taient que ruines. Gajel ¨¦tait l¡¯un des rares Titans demeurant sur Terre. D¡¯ordinaire, ces derniers passaient le clair de leur temps dans l¡¯espace, ¨¤ conqu¨¦rir d¡¯autres plan¨¨tes pour les transformer en colonies, tel qu¡¯ils l¡¯avaient fait sur Terre. Apr¨¨s avoir assis leur domination sur les plan¨¨tes et ¨¦touff¨¦ toute r¨¦sistance dans le sang et la destruction, les Titans passaient le relais ¨¤ leurs Millians, de puissants ¨ºtres artificiels dot¨¦s d¡¯intelligence. Ces derniers s¡¯occupaient du maintien de l¡¯ordre des colonies de mani¨¨re neutre, n¡¯employant la force que si n¨¦cessaire. D¨¦shonor¨¦ suite ¨¤ sa d¨¦faite lors d¡¯une Galactica il y a un demi-si¨¨cle, Gajel s¡¯¨¦tait exil¨¦ sur Terre et vivait depuis dans l¡¯opulence et la luxure. Parmi les siens, il ¨¦tait consid¨¦r¨¦ comme le barreau situ¨¦ au plus bas de l¡¯¨¦chelle, sur lequel tout le monde pouvait se permettre de marcher. Ici, cependant, il avait tous les pouvoirs. Non content d¡¯avoir contribu¨¦ ¨¤ la colonisation de la Terre et au d¨¦pouillement de toutes les possessions des ¨ºtres humains, Gajel tyrannisait ¨¤ pr¨¦sent tout le territoire Ouest, raison pour laquelle l¡¯Organisation avait d¨¦cid¨¦ qu¡¯il serait leur premi¨¨re cible. Jusqu¡¯alors, cette derni¨¨re s¡¯¨¦tait content¨¦e, comme Ma?r l¡¯avait lui-m¨ºme fait seul un an plus t?t, de petites attaques sur des transports de cargaison men¨¦s par les Millians, de vols de r¨¦serves de nourriture et d¡¯armes de guerre. Ils ¨¦taient m¨ºme parvenus ¨¤ d¨¦truire une dizaine de Millians lors d¡¯une attaque au v¨¦hicule pi¨¦g¨¦, action qui leur avait d¡¯ailleurs valu l¡¯antipathie du peuple, qui voyait la gouvernance des Millians comme une faveur, compar¨¦e ¨¤ celle de leurs ma?tres Titans. D¨¦sormais, ces petites attaques appartenaient au pass¨¦. Celle d¡¯aujourd¡¯hui ¨¦tait d¡¯une toute autre ampleur. Aujourd¡¯hui, ils allaient tomber un Titan. Le plan ¨¦tait parfaitement ficel¨¦, Ma?r, tout comme le reste de l¡¯¨¦quipe, en ¨¦tait convaincu. Tel qu¡¯Albert l¡¯avait pr¨¦dit, aucun garde n¡¯¨¦tait post¨¦ devant l¡¯entr¨¦e de la r¨¦sidence de Gajel. Ce dernier ¨¦tait bien trop orgueilleux pour se pourvoir d¡¯une garde sur une plan¨¨te aussi insignifiante que la Terre. En soi, Ma?r imaginait mal comment des ¨ºtres humains pourraient fomenter une attaque ¨¤ l¡¯encontre des Titans. Pas apr¨¨s qu¡¯Hyp¨¦rion ait fait disparaitre de la surface de la Terre toutes les armes et autres outils pouvant leur servir ¨¤ combattre. Pas apr¨¨s la violence avec laquelle avaient ¨¦t¨¦ r¨¦prim¨¦es les premi¨¨res r¨¦voltes, qui s¡¯¨¦taient sold¨¦es en massacres ¨¤ sens unique. Bien s?r, c¡¯¨¦tait sans compter sur les ressources de l¡¯Organisation, et son r¨¦seau d¡¯informateurs. En effet, peu nombreux ¨¦taient ceux qui avaient le courage d¡¯ouvertement se lever et d¨¦fier le r¨¨gne des Titans. Cependant, l¡¯Organisation b¨¦n¨¦ficiait d¡¯un nombre incalculable d¡¯observateurs, pr¨ºts ¨¤ les rencarder d¨¨s lors qu¡¯ils obtenaient la moindre information susceptible de les int¨¦resser. C¡¯¨¦tait, ¨¤ leur fa?on, une mani¨¨re de combattre. Cette attaque, Albert¡ªun homme dur au visage sculpt¨¦ dans le marbre d¡¯une soixantaine d¡¯ann¨¦es¡ªleader et fondateur de l¡¯Organisation, la planifiait depuis pr¨¨s de trois ans. Durant ces trois ann¨¦es, il avait recrut¨¦, un ¨¤ un, les membres de son ¨¦quipe. Sa toute premi¨¨re recrue fut K¨¦fil, une montagne d¡¯environ cent kilos pour un m¨¨tre quatre-vingt-quinze, rompue ¨¤ l¡¯art du combat. Par la suite, il recruta Franco, dont le talent de tireur d¡¯¨¦lite ¨¦tait aussi incompr¨¦hensible que prodigieux¡ªo¨´ avait-il pu apprendre ¨¤ tirer ainsi, dans ce monde o¨´ toutes les armes avaient ¨¦t¨¦ confisqu¨¦es par les Titans? Ensuite vint Xi Yun, une jeune biblioth¨¨que sur pattes qu¡¯il n¡¯avait, jusqu¡¯¨¤ aujourd¡¯hui, jamais r¨¦ussi ¨¤ battre ¨¤ la course. Ma?r, lui, ¨¦tait la derni¨¨re recrue, et il fut contact¨¦ bien apr¨¨s que les premiers pr¨¦paratifs de cette attaque avaient ¨¦t¨¦ mis en place. Au fil de l¡¯organisation, l¡¯¨¦quipe s¡¯¨¦tait rendu compte que le plan ne serait pas r¨¦alisable sans la pr¨¦sence d¡¯un cinqui¨¨me ¨¦l¨¦ment, et c¡¯est ainsi qu¡¯ils en ¨¦taient venus ¨¤ s¡¯int¨¦resser ¨¤ lui. L¡¯Organisation n¡¯avait pas eu ¨¤ beaucoup argumenter pour compter Ma?r parmi ses rangs. Face ¨¤ la haine incommensurable qu¡¯il ¨¦prouvait ¨¤ l¡¯¨¦gard des Titans, lui donner l¡¯opportunit¨¦ de faire partie d¡¯une conspiration visant ¨¤ tuer l¡¯un d¡¯entre eux ne pouvait pas mieux tomber. Apr¨¨s tout, il leur devait bien ?a. Lorsque les Titans avaient d¨¦barqu¨¦ sur Terre, ils avaient perp¨¦tr¨¦ massacres sur massacres, rien ne pouvant les arr¨ºter. Les puissances mondiales qui se targuaient ¨¤ l¡¯¨¦poque d¡¯¨ºtre invincibles ¨¦taient toutes tomb¨¦es les unes apr¨¨s les autres. Leurs armes nucl¨¦aires, sans effet sur les armures mystiques des Titans, avaient endommag¨¦ la Terre plus qu¡¯elle ne l¡¯¨¦tait d¨¦j¨¤, laissant appara?tre une teinte jaunatre permanente dans l¡¯atmosph¨¨re. Les forces humaines avaient ¨¦t¨¦ d¨¦vast¨¦es; la technologie alien ¨¦tait tout simplement trop avanc¨¦e, et les Titans, tout simplement trop puissants. L¡¯¨¦quipe marchait silencieusement. Chacun portait un sac sur le dos, contenant les diff¨¦rentes parties de l¡¯arme qui, Ma?r l¡¯esp¨¦rait, leur permettrait de mener ¨¤ bien leur mission. C¡¯¨¦tait suite ¨¤ un heureux hasard qu¡¯ils s¡¯¨¦taient retrouv¨¦s en possession de cette arme; trouv¨¦e lors de l¡¯une de leurs attaques de cargaisons particuli¨¨rement bien prot¨¦g¨¦e par les Millians. Cette arme, ils n¡¯avaient aucune id¨¦e de ce qu¡¯elle ¨¦tait, ni m¨ºme jusqu¡¯¨¤ derni¨¨rement, de son fonctionnement. En effet, elle n¡¯¨¦tait pas de conception humaine. La chance les avait men¨¦s vers une arme qui pourrait leur permettre d¡¯inverser la tendance. Ce ne fut n¨¦anmoins que plusieurs mois apr¨¨s qu¡¯ils l¡¯aient acquise qu¡¯ils finirent par en comprendre le fonctionnement, un jour o¨´ Franco, le plus exp¨¦riment¨¦ de tous en mati¨¨re d¡¯armes, ¨¦tait parvenu ¨¤ correctement assembler les pi¨¨ces de l¡¯engin. Il avait par la m¨ºme occasion d¨¦truit dans sa globalit¨¦ l¡¯immeuble qui se situait en face de leur refuge, ce qui les avait forc¨¦s une fois de plus ¨¤ d¨¦m¨¦nager. ?Pour la derni¨¨re fois,? r¨¦p¨¦ta Albert, ¨¤ voix basse. ?Si l¡¯on s¡¯aper?oit d¡¯une mani¨¨re ou d¡¯une autre que Gajel porte son armure, on annule tout. C¡¯est un facteur primordial ¨¤ la r¨¦ussite de notre plan. Si les choses ne se d¨¦roulent pas comme pr¨¦vu, on prend la fuite, et on r¨¦essaie ult¨¦rieurement.Entendu? ? Ils marmonn¨¨rent tous leur acquiescement. Durant les d¨¦buts de la Derni¨¨re Guerre, les chercheurs avaient remarqu¨¦ que, malgr¨¦ qu¡¯ils soient naturellement beaucoup plus puissants que les ¨ºtres humains, la diff¨¦rence de puissance d¡¯un Titan avec et sans son armure ¨¦tait consid¨¦rable. Chaque Titan ¨¦tait monstrueux, fort comme mille hommes. Mais lorsqu¡¯un Titan portait son armure, il devenait invincible. Nul ne savait de quoi ¨¦taient compos¨¦es ces armures. Quel mat¨¦riau aussi fin pouvait permettre aux Titans de r¨¦sister ¨¤ la puissance d¡¯attaques nucl¨¦aires et ¨¤ leurs radiations, de d¨¦cupler leur force ¨¤ tel point qu¡¯ils ¨¦taient capables de balayer d¡¯un revers de la main des missiles balistiques faisant partie des plus puissants qu¡¯ils aient jamais cr¨¦¨¦s ? Aucun des membres actuels de l¡¯Organisation n¡¯avait assist¨¦ ¨¤ la Derni¨¨re Guerre, qui avait vu s¡¯affronter les ¨ºtres humains et les Titans. Cette derni¨¨re datait de plus d¡¯un si¨¨cle. Cependant, ils en avaient tous vu les images via les transmetteurs laser, technologie alien apport¨¦e par les Titans sur Terre, qui fonctionnait comme une forme am¨¦lior¨¦e d¡¯hologrammes. Ces images, ils les connaissaient par c?ur. Des vaisseaux gigantesques noirs et violets, transper?ant leurs avions de chasse, d¨¦truisant tout sur leur passage et tirant des lasers dignes des plus grands effets sp¨¦ciaux des films d¡¯antan. Des images de Titans ¨¦crasant des tanks ¨¤ mains nues, de secousses caus¨¦es par la puissance de leurs coups. Des sc¨¨nes d¡¯apocalypse. Ma?r avait conscience que la diffusion r¨¦guli¨¨re de ces images ¨¦tait une technique de dissuasion men¨¦e par l¡¯ennemi. Tant qu¡¯il y aurait un ¨ºtre humain pour se souvenir de l¡¯¨¦crasante sup¨¦riorit¨¦ des Titans, ils ne trouveraient jamais le courage de se soulever. Ainsi, leurs simples Millians suffisaient pour maintenir l¡¯ordre sur Terre, la menace de repr¨¦sailles planant telle une ombre sur l¡¯Humanit¨¦. Ma?r n¡¯¨¦tait qu¡¯un simple ¨ºtre humain, et comme tous les autres, il ressentait la pression de cette menace. Il la ressentait violemment. L¡¯¨¦quipe avait d¨¦j¨¤ travers¨¦ la moiti¨¦ du jardin et approchait dangereusement de l¡¯entr¨¦e du manoir. Ma?r resserra sa prise sur son arme, un fusil d¡¯assaut M4A1 n¡¯ayant encore jamais servi, afin de dissimuler ses tremblements. Chacun de ses pas ¨¦tait lourd, lui demandant davantage d¡¯¨¦nergie au fur et ¨¤ mesure qu¡¯il avan?ait. Un rapide coup d¡¯?il en direction de ses co-¨¦quipiers lui indiqua qu¡¯ils partageaient tous sa condition. Leurs visages ¨¦taient crisp¨¦s, celui d¡¯Albert plus que tous les autres. K¨¦fil prenait de grandes inspirations, comme s¡¯il s¡¯appr¨ºtait ¨¤ plonger en apn¨¦e pour le restant de ses jours. Franco, d¡¯ordinaire sarcastique, gardait le silence et regardait droit devant lui, la machoire serr¨¦e. Etonnement, celle qui paraissait le moins sous tension ¨¦tait Xi Yun. Comme ¨¤ son habitude, son visage ¨¦tait d¨¦tendu, ses mouvements pr¨¦cis et d¨¦termin¨¦s. Son regard balayait fr¨¦quemment les environs, de sorte ¨¤ ce qu¡¯aucun ¨¦v¨¦nement impr¨¦vu n¡¯¨¦chappe ¨¤ son attention. Devant cette manifestation de sang-froid, Ma?r comprit pourquoi Albert l¡¯avait recrut¨¦e; c¡¯¨¦tait un ¨¦l¨¦ment de poids dans l¡¯¨¦quipe. Alors qu¡¯ils approchaient de la r¨¦sidence, des bruits parvinrent progressivement jusqu¡¯¨¤ eux. Des ¨¦clats de voix, accompagn¨¦s d¡¯une l¨¦g¨¨re musique aux consonnances ¨¦tranges. Ce soir, Gajel ¨¦tait certainement accompagn¨¦ de ses prostitu¨¦es. Plus ils se rapprochaient, plus les bruit se faisaient retentissants, et plus l¡¯atmosph¨¨re ¨¦tait pressante. A quelques m¨¨tres du manoir, Albert, situ¨¦ en t¨ºte du groupe, leva deux doigts en l¡¯air. C¡¯¨¦tait le signe leur indiquant de s¡¯arr¨ºter. La premi¨¨re ¨¦tape s¡¯¨¦tait d¨¦roul¨¦e sans accroc. Sur un signe de t¨ºte d¡¯Albert, ils pos¨¨rent leur sac au sol et en d¨¦ball¨¨rent le contenu, plusieurs pi¨¨ces m¨¦talliques dont certains blocs ¨¦pais d¡¯un m¨¦tal noir et rouge, longs d¡¯une cinquantaine de centim¨¨tres. Franco prit les choses en main et commen?a ¨¤ les assembler, pendant que le reste de l¡¯¨¦quipe faisait le guet. Ma?r observa le manoir, d¡¯une soixantaine de m¨¨tres de haut. Vu de pr¨¨s, il ¨¦tait gigantesque. Deux piliers de marbre immenses ¨¦taient positionn¨¦s devant l¡¯entr¨¦e, aux deux extr¨¦mit¨¦s de la porte. La couleur sombre des murs du manoir lui donnait une atmosph¨¨re gla?ante. C¡¯est donc dans ce genre d¡¯endroit qu¡¯aiment vivre les puissants de ce monde? Une grande r¨¦sidence pour un grand pouvoir, hein? Mair reporta son attention sur Franco. L¡¯assemblage de l¡¯arme paraissait complexe. La plupart des parties de l¡¯arme s¡¯emboitaient assez facilement, mais certaines petites pi¨¨ces aux formes ¨¦tranges rendaient la tache plus ardue. Avec un dernier clic, Franco finit d¡¯achever de monter l¡¯arme. Une fois assembl¨¦e, elle mesurait plus de deux m¨¨tres de long, impossible ¨¤ manier seul. C¡¯¨¦taient K¨¦fil et Franco, les plus ¨¤ l¡¯aise avec les armes ¨¤ feu, qui allaient se charger de l¡¯utiliser. Xi Yun, Ma?r et Albert allaient faire en sorte de leur cr¨¦er une ouverture. Jusqu¡¯ici, tout va bien. Se rassura-t-il. Nos actions d¡¯aujourd¡¯hui auront des r¨¦percussions gigantesques, qui redonneront espoir ¨¤ l¡¯Humanit¨¦ tout enti¨¨re. Elles compteront pour mon peuple, qui me verra de l¨¤ o¨´ il est. pensa-t-il, sa derni¨¨re pens¨¦e lui nouant la gorge. Il redressa la t¨ºte, clignant des yeux pour ne pas laisser couler les larmes qui les avaient remplis. Regardez-moi, P¨¨re, M¨¨re. Je ne vous d¨¦cevrai pas. Plus jamais. Ses pens¨¦es lui avaient redonn¨¦ du courage, le soulageant d¡¯une partie de sa peur. Pourtant, la pression que Ma?r ressentait ne s¡¯estompait pas. Bien au contraire, il lui sembla qu¡¯elle s¡¯amplifiait. Il avait de plus en plus de difficult¨¦ ¨¤ effectuer chaque pas, de plus en plus de mal ¨¤ respirer. L¡¯atmosph¨¨re ¨¦tait devenue lourde, pesante. Que se passe-t-il? Il regarda en direction des membres de l¡¯¨¦quipe, qui eux aussi paraissaient avoir du mal ¨¤ avancer. Serait-ce la pr¨¦sence de Gaj¡ª Il se stoppa net. Un flash soudain lui traversa l¡¯esprit, le paralysant de la t¨ºte aux pieds. Des images d¨¦fil¨¨rent en cascade devant ses yeux. Sa m¨¨re lui criant de fuir. Son p¨¨re, portant son fusil de chasse devant la porte de la maison, face ¨¤ l¡¯ennemi. Sa s?ur, morte ¨¤ ses pieds. Cette pression. Hyp¨¦rion. Hyp¨¦rion ¨¦tait ici. Ils allaient tous mourir.