《L’empire – Flavius (French)》 Chapitre un Le camp s¡¯¨¦tendait ¨¤ perte de vue, Les tentes bariol¨¦es de noires et de blancs aux couleurs du Royaume de Dauph se d¨¦coupaient contre le ciel gris, leurs toiles claquant faiblement sous le vent. La nuit commen?ait ¨¤ s¡¯installer et ?a et l¨¤ des feux cr¨¦pitaient jetant des ombres vacillantes sur le visage les soldats. Les odeurs de fum¨¦e se m¨ºlaient ¨¤ l¡¯odeur de la sueur et des mauvais repas qui ¨¦taient servis. Parmi tous les soldats, Flavius Venez juste d¡¯¨ºtre enr?l¨¦, Il venait juste de f¨ºter son 19e anniversaire la semaine derni¨¨re quand l¡¯arm¨¦e est venue le chercher au village. Apr¨¨s un entra?nement rapide de quelques jours il avait ¨¦t¨¦ envoy¨¦ en tant que fantassin dans ce camp. Son armure un peu trop grande et bossel¨¦e des coups re?us par son ancien propri¨¦taire luisait faiblement ¨¤ ses c?t¨¦s avec les lueurs des feux. Un parfum de guerre flott¨¦ dans l¡¯air et commen?ait ¨¤ asphyxier Flavius. Le camp ¨¦tait compl¨¨tement silencieux si on excluait le bruit des armures et des armes qui ¨¦taient polis. C¡¯¨¦tait un calme avant la temp¨ºte, c¡¯¨¦tait quelque chose d¡¯irr¨¦el, presque malsain mais il savait qu¡¯il n¡¯avait pas le choix point. Demain ?a serait l¡¯enfer. Flavius se tenait pr¨¨s du feu une cuill¨¨re de soupe ti¨¨de entre ses doigts tremblants, Cette soupe insipide lui pr¨¦disait les horreurs qu¡¯il allait vivre. Comme dit le dicton plus la nourriture de l¡¯arm¨¦e est mauvaise, plus l¡¯arm¨¦e est puissante. Il esp¨¦rait que ce dicton soit vrai Car il ne voulait pas que sa vie finisse si t?t. ¨¤ ses c?t¨¦s, Cassius s¡¯installa avec un grognement, son armure caboss¨¦e sous son bras. Ces ¨¦paules larges portaient les marques d¡¯un entra?nement rude, ses yeux ternes et fatigu¨¦s trahissaient d¨¦j¨¤ une ame us¨¦e et ab?m¨¦ par les combats. ? Tu te fais du souci Flavius?? demanda Cassius, sa voix basse et neutre, presque noy¨¦e par le cr¨¦pitement des flammes. Flavius hocha la t¨ºte. ?Je n¡¯ai jamais tenu je n¡¯ai jamais tenu une ¨¦p¨¦e de ma vie. Et les r¨¦cits des batailles que les v¨¦t¨¦rans m¡¯ont racont¨¦s ne m¡¯inspirent pas courage. Il y a eu beaucoup trop d¡¯hommes dans mon cas, fra?chement enr?l¨¦s qui n¡¯ont pas pass¨¦ la journ¨¦e.? Cassius reste un silencieux un instant ton souffle formant de petits nuages glac¨¦s dans l¡¯air. Puis l¡¯achat ¨¤ contre c?ur ?tu verras. On s¡¯y habitue. Survivre, c¡¯est tout ce qui compte.? Avant que Flavius ne puisse r¨¦pondre, une ombre massive s¡¯approcha, Lysandre. Plus ag¨¦, le v¨¦t¨¦ran avait le visage bard¨¦ de cicatrices, Sa derni¨¨re cicatrice, une balafre livide courant de son front jusqu¡¯¨¤ la machoire et continuant jusqu¡¯¨¤ son ¨¦paule. Il d¨¦gageait une aura de violence contenu. Sa r¨¦putation le pr¨¦c¨¦dait brave jusqu¡¯¨¤ la folie, mais prompt ¨¤ exploser comme une arquebuse mal charg¨¦e. ?Bien s?r que tu ne t¡¯habitueras!? dit Lysandre, un sourire crisp¨¦ sur ses l¨¨vres. ?Mais si tu veux survivre gamin pense surtout ¨¤ ta peau ¨¤ pour tout. Sur le champ de bataille il ne faut pas aider les autres il faut survivre m¨ºme si cela implique de voir ton meilleur ami mourir.? You might be reading a stolen copy. Visit Royal Road for the authentic version. Tiberius, une jeune recrue Comme Flavius se tenait ¨¤ ses c?t¨¦s. ?On dit que les gens du Royaume de Fine sont des guerriers f¨¦roces et sans merci. Qu¡¯ils ach¨¨vent les bless¨¦s ennemis au lieu de les garder pour une ran?on.? Lysandre le toisa, son regard froid come la mort. ?Les Fines sont des hommes comme nous, forc¨¦s ¨¤ survivre jusqu¡¯¨¤ la prochaine bataille pour la gloire de leurs chefs. Pas une seule fois je les ai vu tuer les blesser ennemis mais ils ne les aident pas non plus. Un soldat ennemi de moins c¡¯est une chance de plus pour voir le soleil se lever. Mais le vrai danger ce n¡¯est pas eux, ce n¡¯est pas l¡¯ennemi, c¡¯est toi-m¨ºme. Si tu te crois invincible, tu es mort.? Ces paroles s¡¯enfonc¨¨rent dans la t¨ºte de Flavius comme un clou rouill¨¦ qui p¨¦n¨¨tre ¨¤ coup de masse, douloureux, tordu qui gangr¨¨ne l¡¯esprit comme la rouille gangr¨¨ne tout ce qu¡¯elle touche. Il n¡¯avait pas encore exp¨¦riment¨¦ la guerre mais il commen?ait ¨¤ pressentir l¡¯horreur. Chaque mot, chaque regard ¨¦chang¨¦s avec les autres semblait le pr¨¦parer ¨¤ un moment o¨´ une erreur, une h¨¦sitation, un exc¨¨s de confiance pourrait le faire rejoindre son p¨¨re et ses fr¨¨res engloutis par cette guerre interminable. Il la sentait arriver, cette machine infernale qui broie les ames et les corps, les faibles et les arrogants, tous sans distinctions, tous unis, tous ¨¦gaux ¨¤ ses pieds. La nuit tomba, ¨¦paisse et froide, embrassant le camp, l¡¯engloutissant dans une obscurit¨¦ refl¨¦tant l¡¯ame des v¨¦t¨¦rans, un miroir presque parfait qui d¨¦peint le futur de tout soldat confront¨¦ ¨¤ cette guerre. Les braises commen?aient ¨¤ mourir comme asphyxi¨¦es par les ombres. C¡¯est dans cette atmosph¨¨re oppressante que Flavius se couchat dans sa tente, le sol dur sous sa couverture, dernier souvenir de son p¨¨re tomb¨¦ il y a deux ans. Il ferma les yeux et son imagination commen?at le travail de sape. Les mots des v¨¦t¨¦rans tournaient en boucle dans sa t¨ºte. L¡¯excitation et la peur s¡¯entrem¨ºlaient, un m¨¦lange toxique qui l¡¯emp¨ºchaient de trouver le repos dont il avait besoin. ? Dors! ? lui dis Cassius. ?Comment peux-tu dormir avec ce qui va se passer demain?? lui r¨¦pond Flavius ?Demain sera peut-¨ºtre mon dernier jour sur terre.? ?Tu ne peux pas contr?ler ?a alors ?a ne sert ¨¤ rien de t¡¯inqui¨¦ter. Et si tu ne dors pas demain sera surement ton dernier jour.? sur ce, Cassius se tourna indiquant que la conversation ¨¦tait finie. Finalement, la fatigue l¡¯emporta sur l¡¯imagination et il sombra dans un monde de cauchemar o¨´ il voyait sa famille lui dire de ne pas venir, de ne pas les rejoindre. L¡¯aube se leva, trop t?t, trop vite, sur une terre noy¨¦e de brume, comme si les ames des morts tentaient de retenir la nuit pour emp¨ºcher leurs rangs de gonfler. L¡¯air ¨¦tait lourd, charger d¡¯humidit¨¦, collant comme un suaire invisible. C¡¯est sous se pr¨¦sage funeste que le camp se r¨¦veilla. Chapitre 1 deuxi猫me partie Le camp s¡¯¨¦veillait dans un silence oppressant, bris¨¦ seulement par le cliquetis des armures mal ajust¨¦es et le murmure ¨¦touff¨¦ des soldats. Certains tripotaient leur jaque, d¡¯autres leur tassette caboss¨¦e, certains ajustaient leurs gantelets et pour les plus chanceux leur salade. C¡¯¨¦tait une marr¨¦e humaine avec un patchwork d¡¯armure anciennes et r¨¦centes mais tous dans exceptions ¨¦changeaient des regards de peurs, d¡¯excitations pour glaner ou donner un peu de courage ¨¤ leurs compagnons d¡¯infortune, ¨¤ ceux qu¡¯ils ne verront peut-¨ºtre pas le soleil se coucher. Ils ¨¦taient pr¨ºts, ou du moins le pr¨¦tendaient-ils. Quant ¨¤ Flavius, il entendait encore les cris et les appels de son cauchemar qui r¨¦sonnaient dans sa t¨ºte, d¡¯autant plus renforc¨¦ par les morceaux h¨¦t¨¦roclites de son armure dont certaines pi¨¨ces avaient appartenu ¨¤ sa famille. Le gant droit de son p¨¨re, le salade de son oncle, les bottes de son grand fr¨¨re tous plus ou moins bien ajust¨¦s sur lui. Il senti son estomac se nouer, ses jambes devenir cotonneuses, Cassius qui le regardait lui donna une grande gifle au visage. ? Si tu pars comme cela tu ne tiendras pas la premi¨¨re salve. ? Flavius, choqu¨¦ mais reconnaissant hochat la t¨ºte. Soudait, le commandant Valerius surgit au milieu des hommes, sa silhouette massive drap¨¦e dans une cape bleu profond bord¨¦ d¡¯or, son harnois brillant sous les rayons du soleil, on aurait dit une statue de muscle et de fer. Il d¨¦passait presque tous les hommes d¡¯une t¨ºte et demie. Son visage, coutur¨¦ par des d¨¦cennies de combats, restait fig¨¦, impassible, mais ses yeux d¡¯un noir profond transper?aient chaque homme comme une lame cherchant la faille, en eux. Flavius comme certains autres se recul¨¨rent devant cette aura imposante, comme s¡¯il les ¨¦crasait juste de sa pr¨¦sence. Il s¡¯arr¨ºta devant un soldat fr¨ºle recroquevill¨¦ sur son ¨¦p¨¦e. ? Les femmes n¡¯ont rien ¨¤ faire sur le champ de bataille, rentre chez toi ou sert ¨¤ l¡¯infirmerie. Il est suffisant de faire couler le sang des hommes, le tiens serait un autre fardeau ¨¤ porter. ? il lui dit. Le soldat r¨¦pond de sa voix aigue pleine de haine et de ranc?ur ? Ils ont tu¨¦ mon p¨¨re, mon mari et mes fr¨¨res. Je veux me battre pour les venger. ? ? Voyez ! Soldats ! Cette femme a plus de courage et de boule que vous ! Vous craignez pour vos vies mais elle, elle veut se battre pour ceux qui sont morts pour sa famille, pour les venger, pour donner de l¡¯espoir ¨¤ ceux qui sont encore vivants ! C¡¯est pour cela que nous sommes ici ! Pour nos morts, nos familles ceux qui sont encore vivants pour qu¡¯ils n¡¯aient plus ¨¤ souffrir ! Nous nous sacrifions pour eux, pour ceux que nous aimons, vous battre pour Dauph est le plus grand sacrifice d¡¯amour que vous pouvez faire ¨¤ pour ceux que vous aimez. Aujourd¡¯hui, vous apprendrez ce que vraiment signifie se sacrifier pour les autres ! Nous allons terminer cette guerre pour que plus jamais nos familles ne souffrent ! ? tonna Valerius, sa voix grave roulant comme un grondement de tonnerre lointain. Certains soldats, galvanis¨¦s par ces mots commenc¨¨rent ¨¤ crier son nom, puis les autres suivirent. Apr¨¨s cinq minutes d¡¯ovations, il donna l¡¯ordre de marche. Les hommes se d¨¦plac¨¨rent exalt¨¦s par ces paroles et la marche jusqu¡¯au front f?t br¨¨ve. Flavius, lui, ne se laissa pas convaincre et chaque pas faisait le rapprochait vers un point de non-retour. L¡¯atmosph¨¨re le suffocant petit ¨¤ petit en le prenant dans ses bras et le serrant comme un ¨¦tau, il savait qu¡¯il n¡¯y avait pas d¡¯¨¦chappatoire. Il put voir les ¨¦claireurs courir, essouffl¨¦s, en direction du camp des grad¨¦s. En mins de dix minutes, les rumeurs des rapports arrivent jusqu¡¯¨¤ ses oreilles, la cavalerie du royaume de Fine se d¨¦ployait sur les flancs et les fantassins se massaient sur les cr¨ºtes. L¡¯attente se faisait insupportable, l¡¯euphorie, la galvanisation des soldats ¨¦tait retomb¨¦e, tout le monde tenait son arme en priant de pouvoir voire le soleil se coucher. Le soleil commen?ait ¨¤ cuire les soldats sous leurs armures, Flavius transpirait ¨¤ grosse goutte, le fantassin ¨¤ ses c?t¨¦s ne pouvant plus tenir apr¨¨s des heures d¡¯attente sur le front se d¨¦lesta au milieu de tout le monde, cette odeur immonde rajouta ¨¤ l¡¯ambiance oppressante. Enfin, la poussi¨¨re port¨¦e par le vent indiqua que l¡¯arm¨¦e adverse arrivait. Il put voir une masse grouillante de soldats, leurs armures scintillant sous le soleil, leurs banni¨¨res claquant au vent comme des ailes de corbeaux. La cavalerie, en rangs serr¨¦s, faisait trembler la terre, un roulement sourd qui r¨¦sonnait jusque dans les os de Flavius. Son c?ur battait ¨¤ se rompre, un m¨¦lange ¨¦c?urant de peur et d¡¯adr¨¦naline lui br?lant les veines. Valerius ordonna que tout le monde se mette en formation, chaque homme ¨¤ sa place, les ordres aboy¨¦s par les officiers relayant le message claquant comme des fouets. ¨¤ ses c?t¨¦s, Cassius se tenait droit, son regard fix¨¦ sur les lignes ennemies, in¨¦branlable. ? Pas le moment de flancher, Flavius, ? murmura-t-il, sa voix basse per?ant le tumulte int¨¦rieur qui ravageait son compagnon. ? Quand le premier tombe, avance. Toujours ! ? Le signal retentit, un son de cor suivis du son des tambours, r¨¦sonna dans la pleine avant de faire place aux cris des soldats qui criaient pour se donner courage, pour chasser cette peur qui leur tordait les tripes. La bataille s¡¯ouvrit dans un fracas assourdissant, l¡¯acier heurta l¡¯acier, les larmes tranch¨¨rent les premi¨¨res ames qui tombaient en hurlant de douleurs. Le sol commen?ait ¨¤ boire ses premi¨¨res gorg¨¦es de sang, comme une ¨¦ponge avide pour la prochaine rasade. La cavalerie rugit, faisant trembler le sol et une temp¨ºte de poussi¨¨re s¡¯¨¦leva, avalant le monde dans un chaos hurlant. Flavius, dans ses pites cauchemars n¡¯avais imagin¨¦ une telle horreur, son esprit n¡¯¨¦tait pas pr¨ºt. La guerre qu¡¯il avait imagin¨¦e s¡¯effondra sous le poids d¡¯une r¨¦alit¨¦ brutale : des cris gutturaux, des lames s¡¯enfon?ant dans la chair, des corps s¡¯¨¦croulant dans la boue. L¡¯ennemi chargeait, une vague de fer et de haine, et eux aussi avan?aient, pouss¨¦s par une force qu¡¯il ne comprenait pas encore. S¡¯arr¨ºter c¡¯est se faire ¨¦craser par les soldats de derri¨¨re qui poussaient, mais aussi continuer c¡¯est se faire empaler par les lances ennemies. Ne rien faire c¡¯¨¦tait la mort, faire quelque chose c¡¯¨¦tait accueillir la faucheuse. Il n¡¯y avait pas de place pour la r¨¦flexion, r¨¦fl¨¦chir c¡¯¨¦tait mourir, alors ses instincts les plus primaires prirent le pas, le submergeant comme un raz-de-mar¨¦e. Son esprit se r¨¦duisit ¨¤ ce qu¡¯il pouvait voir, entre et sentir, au bruit m¨¦tallique des ¨¦p¨¦es, ¨¤ la n¨¦cessit¨¦ de tenir survivre. Il brandit son arme, frappant un soldat ennemi qui s¡¯empala sur son arme, la lame s¡¯enfon?ant dans la cage thoracique avec un craquement sec suivit d¡¯un bruit mou et d¡¯un jet de liquide rouge qui lui ¨¦claboussa le visage. Une bouff¨¦e d¡¯invincibilit¨¦ le traversa, fugace, avant que la v¨¦rit¨¦ ne le rattrape. Un hurlement d¨¦chira l¡¯air, suivi d¡¯un bruit humide et sinistre. Tiberius s¡¯effondra ¨¤ ses pieds, une fl¨¨che plant¨¦e dans sa gorge, le sang jaillissant en fontaine tandis qu¡¯il s¡¯¨¦touffait dans un gargouillis atroce. Son corps heurta le sol dans un bruit sourd, ses doigts griffant la terre, puis plus rien. Le chaos s¡¯amplifia, des mar¨¦es de violence engloutissant tout. Son voisin qui c¡¯¨¦tait d¨¦lestait, gisait manchot dans une embrassade mortelle avec un ennemi d¨¦capit¨¦, leurs sangs se m¨ºlant dans une fusion grotesque et le sol buvait tout cela, jamais rassasi¨¦. Les hommes continuaient de tomber ¨¦ventr¨¦s par des lames, le crane enfonc¨¦ par les masses, les torses ¨¦craser par les sabots, leurs cris de douleur se m¨ºlant au vacarme et aux cris silencieux de ceux qui les avaient pr¨¦c¨¦d¨¦s. Flavius inspira profond¨¦ment, le souffle rauque, for?ant son esprit ¨¤ rester ancr¨¦. Au loin, Lysandre taillait un sillon sanglant dans la m¨ºl¨¦e, sa silhouette massive abattant l¡¯ennemi avec une sauvagerie qui gla?ait le sang. Il souriait, un sourire sauvage comme si plus rien d¡¯autre n¡¯existait, juste cette joie sauvage de trancher, d¡¯¨ºtre encore en vie en enlevant la vie des autres, puis il disparut dans le tourbillon de la bataille. Le soleil brillait, implacable, comme jubilant sous ce spectacle, comme s¡¯il voulait ¨¦clairer ce monde de chaos pour donner la chance aux hommes de bien voir leurs ennemis pour r¨¦pandre encore plus la mort, la souffrance et le chaos. Seul l¡¯adr¨¦naline et la peur de mourir tenaient Flavius en vie. Il frappait encore et encore, il ne savait plus combien de gens il avait tu¨¦, mais ¨¦tait-ce important ? il ¨¦tait en vie et c¡¯est la seule chose qui comptait ¨¤ ses yeux. Son ¨¦p¨¦e fut d¨¦vi¨¦e par une cubiti¨¨re avec une force qui fit vibrer ses bras jusqu¡¯aux os. Une fl¨¨che siffla, fr?lant son ¨¦paule, ricochant sur son armure dans bruit m¨¦tallique qui le sortis de ses automatismes et lui coupa le souffle. Il vacilla, tomba sur un genou ce qui lui sauva la vie, ¨¤ c?t¨¦ de lui un soldat tomba, s¡¯il n¡¯avait pas mis un genou ¨¤ terre, c¡¯est lui qui serait gisant ¨¤ terre en fixant le ciel de ses yeux vides. Le sol trembla encore plus fortement, la cavalerie ennemie d¨¦ferla comme une temp¨ºte de sabot, de fer et de lumi¨¨re ¨¦blouissant et d¨¦stabilisant Flavius. Un autre soldat s¡¯¨¦croula, les bras ¨¦cart¨¦s dans une parodie grotesque de supplication, une lance plant¨¦e dans son torse, le sang ruisselant comme un fleuve noir. Puis Flavius vit ses camarades d¡¯infortune broy¨¦s sous les chevaux, leurs cris ¨¦touff¨¦s par le craquement des os et le hennissement des b¨ºtes. Il se jeta en avant, frappant m¨¦caniquement, esquivant un cavalier dont le sabre fendit l¡¯air ¨¤ un pouce de sa t¨ºte. D¡¯un mouvement d¨¦sesp¨¦r¨¦, il tenta de planter son ¨¦p¨¦e dans le flanc du chevalier mais l¡¯armure repoussa facilement le coup. Le cavalier continua sa route en fauchant les fantassins comme on fauche le foin. This book''s true home is on another platform. Check it out there for the real experience. Le sol n¡¯¨¦tait plus qu¡¯un bourbier, satur¨¦ de sang et de visc¨¨res, il avait eu sa ration, il ¨¦tait plein et commen?ait ¨¤ r¨¦gurgiter le sang qu¡¯il avait bu comme un ivrogne r¨¦gurgite son alcool. L¡¯air s¡¯¨¦paississait petit ¨¤ petit de l¡¯odeur du sang se m¨ºlant ¨¤ la poussi¨¨re. Flavius respirait cet air vici¨¦ au gout m¨¦tallique, ses bras br?laient, ses poumons ralaient, la peur s¡¯accrochait ¨¤ ses jambes remontant petit ¨¤ petit le long de son corps tel un serpent qui remonte en spirales. Il continuait de frapper, esquiver, survivant pas ¨¤ pas, seconde apr¨¨s seconde. Son regard accrocha Lysandre ¨¤ nouveau, taillant l¡¯ennemi avec une pr¨¦cision mortelle, un dieu de guerre dans cet enfer. Il riait ¨¤ gorges d¨¦ploy¨¦e en faisant jaillir des fontaines de liquide rouge, un art morbide et captivant. Ce qui valut ¨¤ Flavius de se prendre un coup de dague dans le bras, sa distraction avait eu un coup. Sous la douleur, Flavius recula, tr¨¦bucha dans la fange, d¡¯un coup de pied instinctif, il fit tomber son assaillant. Sans r¨¦fl¨¦chir, il abattit le pommeau de son ¨¦p¨¦e sur le crane de l¡¯homme, un craquement sec r¨¦sonnant alors que le corps s¡¯effondrait, inerte. Une autre vie ¨¦teinte sous ses mains qui lui permettait de continuer ¨¤ vivre. Un frisson glac¨¦ remonta son ¨¦chine, mais il n¡¯y avait pas de temps pour le doute, pas de place pour la distraction ou pour l¡¯ame dans ce charnier. La poussi¨¨re poisseuse de sang collait ¨¤ ses cheveux, ses habits, piquait ses yeux, elle brouillait tout, ses compagnons perdus dans le tumulte. La guerre l¡¯avait aval¨¦, et tout ce qui restait ¨¦tait ce tourbillon de fer, de sang et de mort. Une douleur explosa dans le dos de Flavius, une d¨¦chirure br?lante lui arracha un cri de souffrance muet. Un soldat ennemi qu¡¯il n¡¯avait pas vu l¡¯avait frapp¨¦ par derri¨¨re, le m¨¦tal mordant sa chair ¨¤ travers son plackart et jaque. Il s¡¯effondra, ses genoux heurtant la terre boueuse avec un bruit sourd, sa vision se brouillant sous une vague de points noirs et blancs. L¡¯air commen?a ¨¤ lui manquer, chaque inspiration ¨¦tait comme une lame dans ses poumons, et la terre glissante sous ses paumes sembla vouloir l¡¯avaler. Comme si les 6ames de ceux qu¡¯il avait fait tomber le tiraient vers eux. Par instinct, il roula sur le c?t¨¦, une fraction de seconde avant qu¡¯une lame ne s¡¯abatte l¨¤ o¨´ il gisait, fendant le sol dans une gerbe de boue et de sang. Le soldat qui lui avait donn¨¦ le coup d¡¯¨¦p¨¦e tentant de finir le travail, son ¨¦p¨¦e d¨¦goulinante de sang. S¡¯il ne bougeait pas, s¡¯il ne r¨¦agissait pas il rejoindrait son p¨¨re et le reste de sa famille, c¡¯en serait fini pour lui. Dans cette fange rougeatre, son histoire s¡¯arr¨ºterait, et il devrait payer pour avoir pris la vie des autres pour le reste de l¡¯¨¦ternit¨¦. Le soldat ennemi lui donna un coup d¡¯¨¦p¨¦e qu¡¯il para avec son gantelet ce qui lui arracha un autre cri de douleur. Il inspira profond¨¦ment, un rale rauque, agrippa la lame et tira d¡¯un coup sec faisant perdre l¡¯¨¦quilibre au soldat qui ne s¡¯attendait pas ¨¤ ?a. Il se redressa, les jambes tremblantes, le dos hurlant ¨¤ chaque mouvement, la main en feu. Pas le temps de r¨¦fl¨¦chir. Pas le temps de mourir. Le soldat qui l¡¯avait frapp¨¦ se relevait d¨¦j¨¤, une lueur de haine dans les yeux puis de douleur m¨¦langer ¨¤ de l¡¯incompr¨¦hension. La pointe d¡¯une lance en travers du corps sortant au niveau du c?ur, un geyser ¨¦carlate jaillissant tandis qu¡¯il s¡¯effondrait, ses mains agrippant vainement la lance sa bouche gargouillant un flot de sang noir. Flavius d¨¦tourna les yeux du spectacle macabre. Pas de piti¨¦, pas de r¨¦pit, il faut avancer pour ne pas finir comme lui. Un autre tremblement de terre, suivi d¡¯un grondement terrifiant. Un cheval cuirass¨¦ de la t¨ºte ¨¤ la queue chargeait ¨¤ pleine vitesse, ses sabots martelant le sol comme des coups de tonnerre faisant gicler derri¨¨re lui de la terre rougie de sang et des morceaux de membre. Son cavalier avec une masse broyait tout sur son passage. Les yeux de Flavius s¡¯¨¦carquill¨¨rent, son corps r¨¦agissant avant son esprit. Il plongea sur le c?t¨¦, ¨¦vitant de justesse l¡¯armure de l¡¯animal et la masse au passage. Il heurta le sol, tombant sur le soldat qui lui avait ouvert le dos, roula, attrapa la lance, se releva, le c?ur battant ¨¤ lui briser les c?tes et dans un espoir vain lan?a la lance qui n¡¯atteignit pas le cavalier. Autour de lui, la bataille c¡¯¨¦tait transformer en un charnier, un tapis de corps bris¨¦s, de fer et de sang qui collait aux bottes, habits armes comme un linceul. Les hurlements des soldats, des agonisants se m¨ºlaient aux ordres rauques, au fracas des lames, au hennissement des chevaux ¨¦ventr¨¦s le tout cr¨¦ant un orchestre malsain. A ses pieds, les soldats aux regards vides certains regardant vers le ciel, d¡¯autre vers la terre, froids, encore chauds, secou¨¦s de spasmes ou fig¨¦s pour l¡¯¨¦ternit¨¦ dans sa m¨¦moire. Les soldats de Fines et de Dauph dans une embrassade mortelle et fraternelle s¡¯ajoutaient au d¨¦cor tous avec plus ou moins de pourpre leur colorants les habits et armures. Il ramassa une ¨¦p¨¦e en meilleure ¨¦tat que la sienne, un casque moins abim¨¦ et il replongea dans la m¨ºl¨¦e. Tuer pour survivre c¡¯¨¦tait sa seule strat¨¦gie. La chance l¡¯avait port¨¦ jusque-l¨¤, mais elle ¨¦tait une ma?tresse capricieuse, et il le savait. Il continua son travail m¨¦canique, son ¨¦p¨¦e s¡¯¨¦lan?ant dans un arc instinctif. La lame tranchant l¡¯air puis les chairs s¡¯enfon?ant dans les ennemis avec une facilit¨¦ ¨¦c?urante. Les hommes s¡¯¨¦croulaient, un rale s¡¯¨¦chappant de leurs l¨¨vres alors que le sol s¡¯imbibait de rouge. Flavius ressentait la br?lure dans son bras, la douleur de son dos irradiant ¨¤ chaque mouvement, mais il n¡¯y pr¨ºtait pas attention. Pas maintenant. Pas encore. Un ¨¦clat de lumi¨¨re jaillit soudain, un poignard, surgi de nulle part, fondant vers son visage. Il n¡¯eut pas le temps de parer. La lame glac¨¦e lac¨¦ra sa joue, une ligne de feu s¡¯ouvrant dans sa peau, le sang chaud coulant imm¨¦diatement, gouttant sur son menton. La douleur le fit tituber, sa vision s¡¯obscurcie momentan¨¦ment sous le choc. Son adversaire ne lui laissa pas le temps de se reprendre, un autre coup l¡¯atteignit au flanc, le monde tangua, un voile gris mena?ant de l¡¯engloutir, mais une ombre bougea devant lui. Un soldat de Dauph, grand comme une montagne s¡¯interposa avec une rapidit¨¦ brutale. Son ¨¦p¨¦e rouge de sang scintillante sous le soleil avant de plonger dans le torse de l¡¯assaillant qui s¡¯effondra sans bruit, telle une marionnette dont on aurait coup¨¦ les fils, son sang se m¨ºlant ¨¤ la boue. Flavius haleta, ses poumons br?lant ¨¤ chaque respiration. Il ¨¦tait vivant. Par miracle, par hasard, grace ¨¤ cet inconnu. Le soldat se tourna vers lui, leurs regards se croisant une fraction de seconde. Pas un mot, juste un ¨¦change muet, une reconnaissance brute, un reste d¡¯humanit¨¦ dans cet enfer. Puis l¡¯homme repartit, un cri de guerre jaillissant de sa gorge alors qu¡¯il repoussait un autre ennemi, son ¨¦p¨¦e d¨¦goulinant de sang frais. Il ne cherchait ni gratitude ni gloire, juste la prochaine cible, le prochain souffle, lui aussi tu¨¦ pour survivre. Flavius porta une main tremblante ¨¤ sa joue, puis ¨¤ son flanc, le sang collant ¨¤ ses doigts, ses forces diminuant ¨¤ chaque battement de c?ur qui expuls¨¦ du sang hors de son corps. Il se secoua la t¨ºte pour faire partir le brouillard qui s¡¯insinuait dans son esprit, attrapa un morceau de tissus sur un cadavre qui n¡¯avait pas de terre et se l¡¯enroula autour du ventre pour limiter le saignement. Il se redressa, pas le temps de s¡¯attarder, pas le temps de c¨¦der, la bataille continuait, impitoyable, il devait avancer pour ne pas mourir. Le sol ¨¦tait devenu un bourbier immonde o¨´ chaque pas faisait des bruits de succion comme si le sol r¨¦clamait plus de sang, plus de morts, plus d¡¯ames. Il ¨¦tait jonch¨¦ de corps certains encore tressautant dans leurs derniers instants, d¡¯autres fig¨¦s dans des poses grotesques, les yeux vitreux tourn¨¦s vers un ciel indiff¨¦rent. Les ventres ouverts exhibaient fi¨¨rement leurs entrailles ajoutant des odeurs de billes, d¡¯acides gastrique, et d¡¯excr¨¦ments ¨¤ l¡¯odeur de la poussi¨¨re et du sang. Les bruits des armes s¡¯entrechoquant, les cris d¡¯agonie des hommes et des chevaux, les sabots ¨¦crasant indiff¨¦remment les chairs et le sol formaient une cacophonie qui lui vrillait le crane. ? Arriverais-je ¨¤ survivre ¨¤ cela ? combien serons-nous encore en vie ce soir ? ? tels ¨¦taient les questions que Flavius se posait en regardant le massacre. ? Comment les hommes peuvent-ils ¨ºtre heureux d¡¯aller ¨¤ la guerre ? ? Il serra sa lame, ses jointures blanchissant sous l¡¯effort. Pas de retour en arri¨¨re. Pas d¡¯¨¦chappatoire. Juste la guerre, le massacre, et lui, un pion sanglant dans ce cruel jeu pour les puissants. Il fallait continuer pour ne pas finir engloutis sous la terre. Encore un pas, encore un coup, ne pas penser, ne pas ressentir de douleur, avancer ou mourir.